Ça pousse bien ? (Luc 8.4-15)

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Nous poursuivons notre série de prédications sur l’Évangile selon Luc et nous arrivons aujourd’hui au chapitre 8, versets 5 à 15.

5 «Un semeur qui sortit pour semer sa semence. Comme il semait, une partie de la semence tomba le long du chemin; elle fut piétinée et les oiseaux du ciel la mangèrent.
6 Une autre partie tomba sur un sol pierreux; quand elle eut poussé, elle sécha, parce qu’elle manquait d’humidité.
7 Une autre partie tomba au milieu des ronces; les ronces poussèrent avec elle et l’étouffèrent. 8 Une autre partie tomba dans la bonne terre; quand elle eut poussé, elle produisit du fruit au centuple.» Après cela, Jésus dit à haute voix: «Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.»

Ce récit est une parabole de Jésus. Si vous êtes familiers avec la Bible, vous connaissez certainement cette histoire et sa morale. Ce qui est bien avec ce texte, c’est que Jésus en donne l’explication à ses disciples dans les versets qui suivent. Nous allons la lire dans quelques instants.

Avant cela, j’aimerais partager quelque chose avec vous. En tant que prédicateur, c’est typiquement le genre de texte que l’on redoute. Pourquoi ? Parce que c’est un texte tellement connu dans nos Églises, tellement prêché, tellement bien expliqué par Jésus, que l’on se demande ce que l’on va pouvoir annoncer de plus.

Mais à ma grande surprise, en méditant sur ce texte, j’ai redécouvert l’Évangile. J’oserai même dire que j’ai découvert à quel point cette parabole est puissante. Elle ne laisse pas indifférent l’auditeur, ou le lecteur.

Lisons maintenant l’explication de Jésus  (v. 9-15) :

9 Ses disciples lui demandèrent ce que signifiait cette parabole. 10 Il répondit: «Il vous a été donné, à vous, de connaître les mystères du royaume de Dieu; mais pour les autres, cela est dit en paraboles, afin qu’en voyant ils ne voient pas et qu’en entendant ils ne comprennent pas.
11 Voici ce que signifie cette parabole: la semence, c’est la parole de Dieu.
12 Ceux qui sont le long du chemin, ce sont ceux qui entendent; puis le diable vient et enlève la parole de leur cœur, de peur qu’ils ne croient et soient sauvés.
13 Ceux qui sont sur le sol pierreux, ce sont ceux qui, lorsqu’ils entendent la parole, l’acceptent avec joie; mais ils n’ont pas de racine, ils croient pour un temps et abandonnent au moment de l’épreuve.
14 Ce qui est tombé parmi les ronces, ce sont ceux qui ont entendu la parole, mais en cours de route ils la laissent étouffer par les préoccupations, les richesses et les plaisirs de la vie, et ils ne parviennent pas à maturité.
15 Ce qui est tombé dans la bonne terre, ce sont ceux qui ont entendu la parole avec un cœur honnête et bon, la retiennent et portent du fruit avec persévérance.

Dans cette partie du discours, Jésus s’adresse spécialement à ses disciples.

Des paroles troublantes et cryptées

Il prononce des paroles assez troublantes au verset 10 : « Il vous a été donné, à vous, de connaître les mystères du royaume de Dieu; mais pour les autres, cela est dit en paraboles, afin qu’en voyant ils ne voient pas et qu’en entendant ils ne comprennent pas. »

Jésus annonce qu’il y a deux types de personnes :

D’une part, il y a les disciples, à qui les mystères du royaume de Dieu sont révélés. D’autre part, il y a les autres. Pour les autres, les révélations sont dites en paraboles, afin qu’en entendant ils ne comprennent pas. Pourquoi Jésus parle de manière à ne pas être compris ?

Quand je prépare une prédication, j’essaie de faire en sorte que mon message soit compréhensible par le plus grand nombre. Je passe une bonne partie de mon temps à réfléchir sur la manière de dire les choses pour que ce soit accessible.

Mais Jésus, lui, parle en parabole pour que tout le monde ne puisse pas comprendre ! C’est assez troublant. Connaissez-vous le cryptage à l’ancienne de canal + ?

Comme vous le savez certainement, la chaine canal + est payante. Pendant un certain temps, tout le monde pouvait capter cette chaîne, mais la plupart du temps, tout était brouillé. C’était d’ailleurs frustrant parce qu’on pouvait deviner ce qui passait à la télé, mais l’image et le son étaient brouillés. Pour avoir la netteté, il fallait payer, il fallait louer le décodeur de canal +. Aujourd’hui la chaîne reste payante et pour la regarder il faut s’abonner. Jésus, pour sa part, n’utilisait pas le cryptage de canal +, mais il utilisait des paraboles. Pour les comprendre, il faut décoder.

Cela nous surprend parce que la mission de Jésus était d’annoncer l’Évangile à tout le monde, sans distinction. Pourquoi parler de mystère révélé à certains et pas à d’autres ?

En fait, dans cette parole, Jésus cite le prophète Esaïe. Le prophète parle de la part de Dieu et il annonce un jugement à l’encontre du peuple d’Israël. Ce peuple s’est endurci. Quand bien même il entendra la parole de Dieu, il ne comprendra pas.

Pour comprendre, il faut avoir un cœur ouvert à Dieu. Celui qui ferme son cœur ne peut pas comprendre. Du coup, ce n’est pas exactement comme canal +. Les paraboles sont accessibles si et seulement si celui qui entend écoute avec un cœur disposé.

Cela est cohérent avec cette parole de Jésus au verset 8 : «Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.» C’est aussi cohérent avec le message même de la parabole. Quel est ce message justement ?

Personnellement, pendant très longtemps, je comprenais ce texte de la manière suivante : il y aurait 4 types de terrains qui illustrent 4 types de personnes :

Quatre types de personnes

La première catégorie de personne refuse la parole de Dieu et elle n’est pas sauvée. Le texte au verset 12 parle bien du diable qui vient enlever ce qui a été semé dans leur cœur, de peur qu’elles ne croient et soient sauvées. Le salut est en jeu ici.

La deuxième catégorie de personnes accepte la parole de Dieu avec joie, mais cela ne dure qu’un temps. Leur foi est superficielle, mais au bout d’un moment ces personnes abandonnent leur foi. C’est ce que l’on peut déduire du verset 13 : ils croient pour un temps et abandonnent au moment de l’épreuve.

La troisième catégorie de personnes accepte la parole et croit. Ces personnes croient en Dieu, elles ont la foi. Mais cette foi cohabite avec d’autres préoccupations. Pour moi cette troisième catégorie de personne désignait des chrétiens, mais des chrétiens qui ne s’engagent pas. Ce seraient des gens qui croient, mais qui ne vont pas plus loin.

Par exemple : des chrétiens qui ne participent pas à la vie d’une Église, des chrétiens qui ne témoignent pas. Des chrétiens qui croient que Jésus est leur sauveur, mais cela n’a pas trop de répercussions dans leur vie quotidienne.

Ces personnes seraient comme des gens qui passent l’examen avec juste la moyenne, 10 sur 20. Ils croient donc ils sont sauvés, même s’ils ne sont pas trop engagés.

Enfin, la 4e catégorie de personnes désigne ceux qui croient et qui pratiquent, ils portent du fruit.

Pendant un certain temps, j’interprétais la parabole ainsi. Aujourd’hui, je me rends compte que j’étais dans l’erreur. Tout ce que je viens de vous dire n’est pas entièrement juste. Jésus veut nous enseigner tout autre chose.

Un seul bon terrain

Dans cette parabole, il n’y a qu’un seul terrain qui soit bon, c’est le 4e. Si l’on regarde bien le texte, le mot « bon » est utilisé uniquement pour le 4e terrain.

Verset 8 : Une autre partie tomba dans la bonne terre; quand elle eut poussé, elle produisit du fruit au centuple.

Verset 15 : Ce qui est tombé dans la bonne terre, ce sont ceux qui ont entendu la parole avec un cœur honnête et bon, la retiennent et portent du fruit avec persévérance.

La seule terre qui vaille la peine, c’est celle qui permet à la semence de croitre et de produire des fruits. Je vais peut-être vous choquer, mais Dieu ne veut pas des convertis. Il ne veut pas juste des personnes qui croient. Il veut des disciples, des personnes qui s’engagent, qui témoignent, qui pratiquent des œuvres bonnes. En résumé, des personnes qui portent du fruit.

Jésus n’a jamais dit : allez faites de toutes les nations des convertis. Il a dit : allez faites de toutes les nations des disciples. La parabole met en scène un semeur qui sème. À quoi bon semer si ce n’est pour récolter ?

Imaginez que vous plantez deux plants de tomates. Vous avez un plant qui ne donne que des feuilles, et un autre qui donne des feuilles et beaucoup de fruits. Honnêtement, de quel plant serez-vous le plus satisfait ?

Lorsqu’un semeur sème, c’est pour avoir des fruits. Dans cette parabole, Jésus nous invite à être un terrain fertile. Jésus nous invite à accueillir favorablement la parole de Dieu. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. Mais le message va plus loin. Nous sommes appelés à accueillir la parole de Dieu, mais pas seulement. Cette parole doit aussi être écoutée et mise en pratique. Il souhaite que notre semence grandisse et porte du fruit.

Porter du fruit

Par la même occasion, cette parabole nous indique aussi ce qui pourrait nous empêcher de porter du fruit, surtout à travers l’image du 3e terrain. Dans ce terrain-là, pourquoi la semence ne peut-elle plus pousser correctement ? C’est à cause des préoccupations, des richesses et des plaisirs de la vie. Quel est le point commun entre ces trois choses ?

Ces trois choses peuvent nous pousser à être égocentriques, c’est-à-dire à  être centré sur soi, à penser à nous en premier. Mais pour porter du fruit, Dieu doit avoir la première place dans notre vie. Cela signifie que ma vie ne devrait pas être centrée sur moi, mais sur Dieu.

Le seul moyen de porter du fruit, c’est d’être théocentrique et non pas égocentrique. Dieu en premier et le reste en deuxième. Mon objectif n’est pas mon bien-être, mais c’est de produire des fruits pour le semeur, pour Dieu.

Évidemment, les préoccupations ne sont pas à ignorer, les richesses ne sont pas à rejeter, les plaisirs de la vie ne sont pas mauvais en soi. Mais faisons attention que toutes ces choses ne deviennent pas plus importantes que Dieu.

Lorsque nous souffrons de solitude, lorsque nous sommes malades, lorsque nous sommes préoccupés ou déprimés, lorsque nous subissons une injustice, naturellement nous cherchons à sortir de la souffrance. Ce n’est pas une mauvaise chose, cependant, cette recherche peut devenir plus importante que Dieu.

Si nous voulons porter du fruit, nous devrions être préoccupés non pas d’abord par notre bien-être, mais par les fruits à produire pour Dieu.

Ce choix est difficile, il paraît fou aux yeux du monde, mais Jésus n’a jamais dit que la vie de disciple serait facile. Au contraire, il a dit que son chemin est étroit et tortueux. Il a dit que celui qui veut marcher à sa suite doit porter sa croix.

L’apôtre Paul parle de l’Évangile comme un message fou, insensé. Il définit le chrétien comme celui qui a été crucifié avec Christ. Cela signifie que le chrétien laisse sa vie à Dieu, il ne vit plus pour lui, mais pour Dieu, il est théocentrique, je dirais même christocentrique.

Suivre Jésus implique de prendre le chemin qu’il a pris. Ce que je dis peut vous paraître dur, vous pensez peut-être que cela ne vaut pas la peine de suivre Dieu ! Mais en se disant cela, on sous-entend que l’on cherche un intérêt à suivre Dieu. Et donc on tombe dans l’égocentrisme. Cela dit, celui qui met vraiment Dieu en premier trouvera l’épanouissement, même s’il vit des situations compliquées.

Reprenons la comparaison avec le terrain et avec la plante. Une plante épanouie, c’est une plante qui produit des fleurs, des fruits et qui se multiplie. Les connaisseurs diront qu’une plante qui produit des fleurs c’est peut-être aussi une plante qui souffre, qui se sent menacée et donc elle produit des graines pour se multiplier. Ce n’est pas faux.

Mais pourquoi cette plante veut à tout prix produire des fleurs et se reproduire ? Parce que c’est sa vocation. Une plante est faite pour grandir, fleurir, produire des graines et se reproduire.

Si l’on prolonge l’image, je pense qu’une plante qui se sent trop à son aise pour produire des fleurs, c’est finalement une plante qui s’est laissée aller par le confort et qui a perdu de vue sa vocation. Un peu comme la semence du troisième terrain qui arrête de croître à cause des richesses et des plaisirs de la vie. Une plante épanouie, c’est bien une plante qui produit des fruits. Et nous, quelle est notre vocation sur terre ? Pour quelle mission avons-nous été créés ?

C’est pour glorifier Dieu en premier, c’est pour produire des fruits. Si nous accomplissons cette mission, nous serons comme une plante épanouie, même dans la maladie, même dans la solitude, même dans l’injustice, même dans la pauvreté.

Pour conclure, j’aimerais dire quelques mots sur les fruits.

J’ai beaucoup parlé de fruits, mais que représentent ces fruits dans la parabole ?

Justement, je trouve cela très intéressant que cela ne soit pas explicité. Si Jésus avait décrit ce que sont ces fruits, nous pourrions avoir deux types de réactions :

Nous pourrions appliquer les instructions de Jésus en nous disant : ça y est, j’ai atteint l’objectif, je suis en train de produire des fruits pour Dieu. Mais est-ce que le cœur y est ?

Ou alors, nous pourrions ne pas accepter ce que Dieu nous demande et le prendre pour un être légaliste et sectaire.

Par exemple, imaginons que Jésus avait dit : « je veux que ceux qui me suivent participent au culte absolument tous les dimanches, sans faute. » Certains appliqueraient peut-être cette recommandation en se disant : « comme je vais au culte, c’est bon, je suis en règle, je suis quelqu’un de bien, je fais la volonté de Dieu. » D’autres se demanderaient certainement : « c’est quoi ce Dieu légaliste ? »

En fait, aucune de ces deux réactions n’est la bonne. Dieu nous invite à penser à lui en premier dans toutes nos décisions et cela ne se résume pas à une liste de chose à faire, mais c’est un discernement permanent.

Lorsque nous mettons Dieu en premier dans notre vie, nous prenons nos décisions non plus en visant notre bien-être, mais les fruits que Dieu nous appelle à produire.

En se posant par exemple les questions suivantes :

  • Quels sont les choix qui honorent le plus Dieu ?
  • Est-ce que cette décision m’aidera à grandir dans la foi ou est-ce qu’au contraire, cette décision pourrait freiner mon engagement pour Dieu ?
  • Comment honorer Dieu dans ma manière de me comporter avec mes proches et mes collègues ?
  • Qu’est-ce que je souhaite pour ma famille ? Quelle est sa finalité ?
  • Qu’est-ce que je souhaite le plus pour mes enfants ou mes petits enfants ? Qu’ils aient un métier prestigieux, qu’ils réussissent en société, ou alors, qu’ils deviennent disciples de Jésus, quel que soit leur métier ?

La parabole du semeur est une parabole qui nous bouscule plus qu’on ne le pense. Jésus nous enseigne que la bonne terre est uniquement celle qui produit des fruits. Que Dieu nous donne un cœur bon et sincère, pour produire des fruits avec persévérance.

Christian Huy

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