C’est pour cela que j’ai été envoyé… (Luc 4.31-44)

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Nous abordons ici un texte un peu délicat en cette période marquée par la maladie, un texte où Jésus opère des guérisons. Que faire des tous les textes où Jésus guéri abondement les malades, dans un contexte où chaque jour, des milliers de personnes meurent à cause de la maladie ? Une maladie qui touche le monde entier, les riches comme les pauvres, les croyants comme les non-croyants.

Passons-nous à côté de quelque chose ? Pourquoi Dieu n’opère-t-il pas des guérisons en masse aujourd’hui comme au temps de Jésus ? La Bible dit-elle vrai ? Les maladies en question étaient-elles vraiment des maladies ? Ou était-ce simplement des pathologies psychosomatiques, c’est-à-dire, des maladies liées au moral et à la psychologie, où il suffirait que la tête aille mieux pour que le corps aille mieux ?

Il y a eu beaucoup de débats autour de ces questions dans la première moitié du XXe siècle, à un moment de l’histoire où la confiance de l’homme en lui-même était en forte croissance. À cette époque, les avancées technologiques et médicales nous donnaient l’impression que l’on pouvait tout savoir sur le corps et l’univers ; qu’un jour, l’homme serait capable de rendre ce monde plus agréable à vivre, avec moins de famine, moins de maladies, moins de guerres, moins de religions, moins de Dieu.

Actuellement nous sommes en train de nous rendre compte que l’homme ne sait pas tout et ne peut pas tout faire, malgré toute l’intelligence dont il dispose. En tant que chrétiens, nous avons néanmoins cette certitude que Dieu est là, nous pouvons lui faire confiance, car il tient notre destinée entre ses mains. Il tient tout dans ses mains, mais nous ne sommes pas appelés à la passivité. Il nous invite à le découvrir toujours plus à travers sa révélation et à agir selon sa volonté.

C’est ce que je vous propose de faire, dans une certaine mesure, en lisant l’Évangile selon Luc, chapitre 4, versets 31 à 44.

31 Il descendit à Capernaüm, ville de la Galilée, et il les enseignait le jour du sabbat.
32 On était frappé par son enseignement, car il parlait avec autorité.
33 Dans la synagogue se trouvait un homme qui avait un esprit démoniaque impur. Il s’écria d’une voix forte:
34 «Ah! Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth? Es-tu venu pour nous perdre? Je sais qui tu es: le Saint de Dieu.»
35 Jésus le menaça en disant: «Tais-toi et sors de cet homme.» Le démon jeta l’homme au milieu de l’assemblée et sortit de lui sans lui faire aucun mal.
36 Tous furent saisis de frayeur, et ils se disaient les uns aux autres: «Quelle est cette parole? Il commande avec autorité et puissance aux esprits impurs, et ils sortent!»
37 Et sa réputation gagna toute la région.
38 En sortant de la synagogue, il se rendit à la maison de Simon. La belle-mère de Simon avait une forte fièvre et on lui demanda d’intervenir en sa faveur.
39 Il se pencha sur elle, menaça la fièvre, et la fièvre la quitta. Elle se leva immédiatement et se mit à les servir.
40 Au coucher du soleil, tous ceux qui avaient des malades atteints de diverses maladies les lui amenèrent. Il guérit chacun d’eux en posant les mains sur lui.
41 Des démons aussi sortirent de beaucoup de personnes en criant et en disant: «Tu es [le Messie,] le Fils de Dieu.» Mais il les reprenait sévèrement et ne leur permettait pas de parler, parce qu’ils savaient qu’il était le Messie.
42 Quand il fit jour, il sortit et se retira dans un endroit désert. Une foule de gens se mirent à sa recherche et arrivèrent jusqu’à lui; ils voulaient le retenir afin qu’il ne les quitte pas,
43, mais il leur dit: «Il faut aussi que j’annonce aux autres villes la bonne nouvelle du royaume de Dieu, car c’est pour cela que j’ai été envoyé.» 44 Et il prêchait dans les synagogues de la Galilée.

Jésus est dans une ville appelée Capernaüm, il enseigne et il fait des miracles. Il chasse des démons et il guérit des malades. Au centre de ce texte, nous avons la guérison de la belle-mère de Simon, Simon qui deviendra l’apôtre Simon Pierre. Je vous propose de nous intéresser d’abord à ce miracle.

1. Jésus guérit

On peut remarquer que l’apôtre Pierre, Simon Pierre, a une belle-mère, et il désire qu’elle aille mieux. Ce que je veux relever, c’est surtout que l’apôtre – en tout cas celui que Jésus choisira comme apôtre – est marié. Ce n’est pas un détail sur lequel on s’attarde beaucoup, mais certains apôtres étaient mariés, ils avaient une vie de famille. On pense même que leurs épouses les accompagnaient parfois lors des déplacements avec Jésus. Si l’on fait bien attention aux Évangiles, on peut remarquer que les femmes sont assez présentes.

Certains pensent que la belle-mère de Pierre pourrait être simplement une deuxième épouse de son père. Mais un autre texte confirme que les apôtres étaient mariés, dans la première lettre de Paul aux Corinthiens, chapitre 9, verset 4 et 5. Dans le contexte, l’apôtre Paul fait savoir aux Corinthiens qu’il est tout à fait convenable et même souhaitable de rémunérer les pasteurs et missionnaires, afin que ceux-ci puissent avoir les moyens de se nourrir et même de voyager en couple pour les besoins de la mission. Voici le texte (1 Corinthiens 9.4 et 5) :

« N’avons-nous pas le droit de manger et de boire? N’avons-nous pas le droit d’emmener avec nous une sœur qui soit notre femme, comme le font les autres apôtres, les frères du Seigneur et Pierre ? »

L’apôtre Paul mentionne bien ici les épouses des apôtres, dont l’apôtre Pierre. Je souhaitais relever ce détail, car on imagine parfois les apôtres comme des gens très différents du reste du peuple, alors qu’ils avaient une vie de couple et de famille, ainsi qu’une vie professionnelle, ce ne sont pas des hommes tombés du ciel. Jésus a choisi des hommes ordinaires. L’apôtre Paul parlera aussi de la légitimité du célibat dans d’autres textes, mais ce n’est pas la question d’aujourd’hui.

Simon Pierre a une belle mère et Jésus la guérit de manière très simple. À l’époque de Jésus, les guérisseurs employaient un tas d’ustensiles et de formules magiques pour essayer de guérir des gens. Ici, la pratique de Jésus contraste avec tous les autres guérisseurs, il dit un mot, et la maladie s’en va.

Suite à cela, une foule de personnes lui amène des malades afin qu’il les guérisse. Le texte précise qu’ils ont attendu le coucher du soleil, car c’était un jour de sabbat. Selon la tradition juive de l’époque, il était interdit de faire des efforts le jour du sabbat, et transporter des malades était un effort, c’est pour cela qu’ils ont attendu le coucher du soleil. Jésus remettra en question de genre d’interdit par la suite.

En tout cas, Jésus manifeste son pouvoir sur la maladie. Ce pouvoir, il le détient toujours, il est capable de nous guérir des maladies. Alors pourquoi ne le fait-il pas systématiquement ? Le reste du texte nous permet de répondre en partie à cette question, nous allons y venir.

Jésus guérit des malades, c’était notre premier point. Et il chasse aussi des démons, c’est notre deuxième point.

2. Jésus chasse les démons

Ce qui peut nous nous interroger, c’est qu’à deux reprises, des démons proclament que Jésus est l’envoyé de Dieu.

Verset 34 : «Ah! Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth? Es-tu venu pour nous perdre? Je sais qui tu es: le Saint de Dieu.»

Et verset 41, les démons disent : «Tu es [le Messie,] le Fils de Dieu.» À chaque fois, Jésus leur demande de se taire, de ne pas en parler.

Pourquoi leur interdit-il de révéler son identité, d’autant plus que Jésus est vraiment le messie ? Voici quelques raisons que nous pouvons avancer :

Tout d’abord, ce n’est pas aux démons d’annoncer la venue du Christ. Jésus fait bien de ne pas laisser la parole aux démons pour proclamer quoi que ce soit.

Ensuite, Jésus ne voulait pas que les gens le considèrent comme un sauveur à la manière des hommes. Il ne voulait pas que l’on fasse de lui un roi géopolitique. Il dira par la suite : « mon royaume n’est pas de ce monde » (Jean 18.36). Pour comprendre vraiment qui est Jésus et quel est son royaume, le peuple a d’abord besoin d’être remis en question afin de renouveler sa vision du messie.

Enfin, Jésus voulait que le peuple comprenne par lui-même qui il était, avec l’aide du Saint-Esprit, non pas avec l’aide de démons. Notre confiance en Jésus doit être basée sur une foi personnelle, sur une compréhension réelle de qui est Jésus, non pas sur les paroles de démons.

À propos des démons, nous pouvons être étonnés par la quantité de personnes possédées lorsque nous lisons les Évangiles. Il semble que chaque époque est marquée par des maux particuliers. À l’époque de Jésus, il y avait beaucoup de personnes possédées, beaucoup d’infirmes et de lépreux.

Aujourd’hui, dans notre société occidentale, beaucoup sont touchées par des addictions et des détresses psychologiques. Et le monde souffre actuellement à cause du coronavirus.

À chaque époque, ses fléaux spécifiques. Mais le texte d’aujourd’hui nous enseigne que Jésus a tout pouvoir. Il a autorité sur les démons et sur les maladies. Nous pouvons donc prier et demander l’intervention de Dieu.

Cependant, les guérisons ne sont pas systématiques. Nous pouvons tout demander à Dieu, mais c’est à lui qu’appartient la réponse. Et lorsque Dieu permet la maladie, il ne faut pas forcément accuser un manque de foi de la personne qui prie. De la même manière, il ne faut pas toujours lier une maladie et un péché en particulier. Nous sommes tous soumis à la fragilité de notre corps sur cette terre.

Dans la Bible, nous avons l’histoire de Job qui était un homme juste. Dieu parlait de lui comme étant un homme extrêmement obéissant. Pourtant, Dieu a permis qu’il soit touché par toute sorte de malheurs et de maladies.

Oui, Dieu l’a guéri par la suite, oui, il a été rétabli, mais seulement pour un temps, car le livre de Job nous apprend qu’il est mort à l’âge de 140 ans. Quand bien même Dieu nous guérirait d’une maladie, notre corps terrestre reste défaillant et nous partirons un jour.

Le texte d’aujourd’hui met en évidence un Jésus qui fait des miracles, mais aussi un Jésus qui ne se laisse pas accaparer.

Nous avons parlé des guérisons et des démons chassés. Parlons maintenant de la place de l’enseignement dans la mission de Jésus.

3. Jésus enseigne la Bonne Nouvelle

Après avoir fait tant de miracles, Jésus se retire dans le désert, pour être à l’écart. Mais la foule le rattrape et lui demande de rester avec eux. Je les comprends, j’aurais fait la même chose.

Moi aussi j’aurais voulu que Jésus reste toujours dans les parages. Ils ont parmi eux un homme qui peut chasser les démons et guérir tous les malades, il ne faut évidemment pas le laisser partir. Mais Jésus les quitte, comment leur explique-t-il son départ ?

Versets 43 et 44 : «Il faut aussi que j’annonce aux autres villes la bonne nouvelle du royaume de Dieu, car c’est pour cela que j’ai été envoyé.» 44 Et il prêchait dans les synagogues de la Galilée.

Jésus ne se laisse pas retenir, car il n’est pas venu avant tout pour guérir des malades, il est venu avant tout pour annoncer la Bonne Nouvelle du royaume de Dieu.

« Car c’est pour cela que j’ai été envoyé » dit-il.

Il ne faut pas tirer de conclusions hâtives à partir de ce texte. Jésus n’est pas quelqu’un qui nous quitte quand il le veut. La Bible dit qu’il est toujours avec nous par son Esprit. Mais dans notre récit, Jésus devait physiquement se rendre dans d’autres villes pour annoncer l’Évangile, car c’était sa mission à ce moment-là.

Le plus important n’était pas que des gens soient guéris de maladies, le plus important était qu’ils accueillent le royaume de Dieu, car c’est là où l’on trouvera la santé, la paix et la vie en abondance.

C’est comme si en venant dans le monde, Jésus avait apporté un peu d’eau avec lui, pour soulager notre soif. Mais son but n’était pas de nous apporter juste un verre d’eau, son but était de nous amener à la source.

Cette source de vie se trouve dans le royaume, auprès du Père. Jésus nous invite à le suivre pour y parvenir. Ce chemin est difficile, car il commence sur terre, une terre qui souffre. Mais ce chemin tortueux abouti dans le royaume de Dieu, cela vaut le coup d’emprunter cette voie malgré les difficultés.

Conclusion

Pour conclure, j’aimerais que l’on s’arrête sur cette phrase de Jésus au verset 43. Jésus doit partir annoncer la Bonne Nouvelle ailleurs, « car c’est pour cela que j’ai été envoyé », dit-il.

Si Jésus ne reste pas avec les habitants de Capernaüm, ce n’est pas pour les éviter ou leur refuser de l’aide. C’est parce qu’il veut aller jusqu’au bout de sa mission, une mission qui sauvera le monde de ses péchés et de la mort.

Et nous, quelle est notre mission ?

Rechercher la santé et un certain confort est tout à fait légitime. Je remercie Dieu pour ma santé et celle de ma famille. Je remercie Dieu, car j’ai un endroit où dormir, j’ai de quoi me vêtir et me nourrir.

Mais Jésus nous interpelle dans ce récit, car il donne priorité à sa mission, et cela nous rappelle qu’il nous a aussi confié une mission.

Quelle est notre vocation ici-bas ? N’est-ce pas de rendre gloire à Dieu ? De le mettre en avant dans notre vie ?

Il s’agit de témoigner de l’Évangile, mais pas seulement. Il s’agit aussi d’être un bon gérant de ce que le Seigneur nous confie : la création, nos frères et sœurs en Christ et en humanité, notre famille, notre Église, notre argent, notre temps.

Que Dieu fasse reposer sa grâce sur nous, qu’il nous accorde sa protection, et surtout, que son Esprit nous guide dans la mission qu’il nous confie. Que toute la gloire lui revienne.

Prière

Notre Père, tu es le Dieu souverain, souverain sur les démons et la maladie, souverain sur notre vie. Nous nous confions en toi et te remettons notre destinée.

Que ton Esprit fasse grandir en nous notre confiance en toi et notre paix, malgré les épreuves.

Nous voulons encore te remettre cette situation de pandémie qui fait tant de victimes dans le monde. Sois aux côtés de ceux qui souffrent, révèle-toi à eux comme étant le Dieu souverain, le Dieu glorieux, le Dieu de l’espérance.

Merci, car tu es notre rocher et nous voulons nous appuyer entièrement sur toi.

Amen

Une réponse sur “C’est pour cela que j’ai été envoyé… (Luc 4.31-44)”

  1. J’ai particulièrement été touché par cette phrase:
    « […] son  but n’était pas de nous apporter juste un verre d’eau, son but était de nous amener à la source. »
    Merci Christian.

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