Comme Jésus… (Jean 17.11-19)

Image par Pexels de Pixabay

Version audio ici

Selon Médiamétrie, cette semaine les Français auront passé en moyenne 24h30 de leur temps devant la télé, en raison de 3h30 par jour. C’est une moyenne qui ne prend pas en compte le temps passé sur les autres types d’écrans, comme les tablettes ou smartphones.

Selon un chercheur français en neuroscience interrogé par France info, compte tenu de ce temps passé devant la télé, en une semaine, les Français auront donc été exposés à environ 2450 publicités, sachant que la publicité ne se limite pas aux spots publicitaires télévisés, mais aussi à tout ce qui est aperçu dans la presse, à la radio, au cinéma, sur YouTube, sur l’affichage d’un bus que vous voyez passer, etc.

Si l’on compte l’exposition aux marques, ce chercheur estime à 15 000 expositions par jour en moyenne. Il ne parle pas seulement des publicités, mais des stimuli commerciaux. Par exemple, lorsque vous croisez quelqu’un avec la virgule de Nike sur son T-shirt, il le compte comme un stimuli commercial.

Lorsque vous regardez un film où on utilise un ordinateur Apple, c’est un stimuli commercial.

15 000 expositions c’est une moyenne, à mon avis les gens à la campagne sont moins exposés, mais il ne faut pas croire que nous sommes à l’abri.

Alors que j’étais en train de réfléchir à cette intro pour ma prédication, je regardais autour de moi et je vois le logo de Canon sur mon imprimante à ma gauche, je vois une ramette de papiers avec le logo Intermarché, je vois un carton avec le logo Pampers car c’est dans ce carton que je range les recharges de cartouche d’encre, je vois une crème de la marque Uriage posée sur le bureau à ma droite, je vois la boite de mes lunettes avec le logo Direct Optique, je vois la marque de mon ordinateur juste devant moi et je vois même sur un livre le logo d’Excelsis, une maison d’édition chrétienne qui fait aussi librairie en ligne.

Nous sommes entourés de messages marketing, et le message que l’on veut nous faire comprendre, c’est qu’en achetant telle ou telle marque, nous aurons plus de confort, nous aurons une imprimante de meilleure qualité ou des couches de meilleure qualité, et notre vie sera donc meilleure.

Aucune publicité ne nous dira qu’en achetant leur marque, notre vie sera parsemée d’épreuves et de difficulté. Aucune publicité ne nous dit qu’en achetant leur marque, nous serons détestés.

Nous sommes entourés de messages publicitaires, et lorsque nous témoignons, nous sommes peut-être tentés de présenter la foi chrétienne comme une publicité : ce serait plus facile de dire qu’avec Jésus, notre vie deviendrait plus confortable, plus paisible et plus facile.

Nous aurions envie  de dire que Dieu est tellement cool qu’il approuve tous nos choix pourvus que nous nous sentons bien.

Est-ce vraiment ainsi que nous pouvons présenter la foi chrétienne ? Comment Jésus parle-t-il de la vie de disciple ?

C’est ce que je vous propose de voir dans l’Évangile de Jean, au chapitre 17, versets 11 à 19.

Les paroles que Jésus prononce font partie d’une longue prière qui précède son arrestation et sa crucifixion.

Dans cette prière, il prie pour ses disciples, il annonce son départ vers Dieu le Père, il annonce l’envoi du Saint-Esprit qui continuera d’accompagner les disciples en son absence.

Et voici ce qu’il dit vers la fin de sa prière :

11 Désormais je ne suis plus dans le monde, mais eux, ils sont dans le monde, tandis que je vais vers toi. Père saint, garde-les en ton nom, ce nom que tu m’as donné, afin qu’ils soient un comme nous.
12 Lorsque j’étais avec eux [dans le monde], je les gardais en ton nom. J’ai protégé ceux que tu m’as donnés et aucun d’eux ne s’est perdu, à part le fils de perdition afin que l’Écriture soit accomplie.
13 Maintenant je vais vers toi et je dis ces paroles dans le monde afin qu’ils aient en eux ma joie, une joie complète. 14 Je leur ai donné ta parole et le monde les a détestés parce qu’ils ne sont pas du monde, tout comme moi, je ne suis pas du monde. 15 Je ne te demande pas de les retirer du monde, mais de les préserver du mal.
16 Ils ne sont pas du monde, tout comme moi, je ne suis pas du monde. 17 Consacre-les par ta vérité! Ta parole est la vérité.
18 Tout comme tu m’as envoyé dans le monde, je les ai moi aussi envoyés dans le monde, 19 et je me consacre moi-même pour eux afin qu’eux aussi soient consacrés par la vérité.

Dans cette prière, Jésus annonce son départ, notamment au verset 11 : « Désormais je ne suis plus dans le monde, mais eux, ils sont dans le monde, tandis que je vais vers toi. »

Jésus s’en va, mais ses disciples restent et ce sont eux qui continueront sa mission.

Mais avant de parler de mission, Jésus demande à Dieu de garder ses disciples en son nom, il lui demande de les consacrer. C’est la première chose que j’aimerais relever dans ce texte.

[1. Consacrés comme Jésus]

Tout comme Jésus a été consacré, il demande à Dieu de consacrer ses disciples.

Consacrer quelqu’un, c’est le mettre à part en vue d’un objectif particulier.

Par exemple, quand on dit qu’une personne s’est consacrée à son métier toute sa vie, cela signifie qu’il a tout donné pour son travail. Même lorsqu’il était en vacances, sa pensée était au travail.

Jésus souhaite que nous soyons consacrés à Dieu et il l’exprime de plusieurs manières dans sa prière.

Tout d’abord, au verset 11, il fait cette demande au Père : « Père saint, garde-les en ton nom, ce nom que tu m’as donné, afin qu’ils soient un comme nous. »

Ici, c’est la seule fois dans tout l’Évangile selon Jean, que le Père est appelé Père saint.

La Sainteté, c’est la pureté de Dieu, c’est sa perfection, sa luminosité.

Jésus parle de son Père comme étant le Père Saint, certainement pour dire que c’est à lui que nous devrions ressembler. Il est l’exemple parfait.

Jésus demande au Père saint de garder ses disciples en son nom, c’est-à-dire dans son nom.

Le nom de Dieu c’est une expression qui fait référence à Dieu lui-même, à sa nature.

Jésus souhaite que ses disciples soient gardés auprès de Dieu et en Dieu. Il souhaite qu’ils ne s’éloignent pas de Dieu.

À la fin du verset il termine en disant : « afin qu’ils soient un comme nous ».

Jésus souhaite que ses disciples soient unis à lui et donc à Dieu. Cela nous rappelle le texte de prédication de la semaine dernière où Jésus affirme qu’il est le cep, c’est-à-dire le pied de vigne. Et nous, nous sommes les sarments, les branches rattachées au pied de vigne.

Lorsque nous sommes attachés au cep, la sève coule en nous et nous portons du fruit.

C’est de cette unité qu’il parle, l’attachement à Jésus qui nous permet d’être attachés à Dieu, d’être consacrés à Dieu.

Jésus dit au verset 12 que pendant qu’il était sur terre, il s’est efforcé de garder ses disciples dans le nom du Père. Maintenant qu’il s’en va, il demande à Dieu de continuer de les garder.

Concrètement, au verset 15, il demande ceci au Père : « Je ne te demande pas de les retirer du monde, mais de les préserver du mal. »

Le mot « mal » dans le texte grec peut aussi faire référence au malin, au diable. Il me semble que les deux traductions sont à prendre en compte.

Le mal est présent dans le cœur de l’homme et le malin essaie de nous détourner de Dieu.

Le diable est malin, il ne faut pas croire qu’il agit de manière directe, il peut aussi agir de manière détournée. Il ne va peut-être pas nous dire : abandonne Jésus.

Il va plutôt nous dire : « continue de croire en Jésus, mais regarde dans l’Église tout ce qui ne va pas, et regarde telle personne comment elle est agaçante, et si tu consacrais un peu plus de temps pour toi, pour tes propres envies, tu n’es pas obligé d’être tous les jours à l’Église, ce qui compte c’est ta relation avec Dieu ».

Le malin est malin, son but est de nous éloigner de Dieu et de diviser l’Église.

Lorsque mes enfants jouent avec un objet dangereux, par exemple avec une branche d’acacia épineuse et pointue, une manière de les éloigner du danger serait de leur dire : « lâchez ce bâton, il est dangereux, vous pouvez vous faire mal ».

Je ne comprends pas pourquoi, lorsqu’on leur dit : n’y touchez pas, ça leur donne encore plus envie d’y toucher. J’aurai beau leur dire de lâcher le bâton, en fait ils auront encore plus envie de jouer avec.

Alors avec Aude, on a trouvé une technique. Au lieu de leur demander de lâcher le bâton, on va leur donner envie de jouer à autre chose, et là ça marche mieux. On détourne leur attention en leur donnant un autre jouet, et là ils lâchent plus facilement le bâton.

Et on leur explique ensuite calmement que le bâton était dangereux, et qu’il faut bien regarder que les objets ne soient pas coupants ou pointus avant de jouer avec.

Le diable ne veut pas nous éloigner des dangers, mais de Dieu, et pour cela, il va nous proposer une tonne d’autres choses qui auront l’air plus attirantes. Son plan, c’est que nous abandonnions nous-mêmes Jésus petit à petit, sans nous en rendre compte, sans qu’il ait à nous le demander.

C’est à cause de cela que Jésus prie, afin que nous soyons gardés dans le nom de Dieu, auprès de Dieu, et que les manœuvres du malin ne nous atteignent pas.

Et comment Jésus demande à Dieu de nous consacrer ?

 Verset 17 : « Consacre-les par ta vérité! Ta parole est la vérité. »

Les publicités basent leur argumentation sur le confort et le plaisir. Achetez telle marque d’ordinateur et votre vie sera meilleure.

Pour Jésus, ce qui va faire l’adhésion des disciples, ce qui va les rendre consacrés à Dieu, c’est la vérité, la Parole de Dieu révélée dans la Bible.

Lorsque la Parole de Dieu est annoncée, certains vont la rejeter et d’autres vont y reconnaître la vérité. Nous n’avons pas à enrober l’Évangile avec des arguments publicitaires, c’est la vérité qui touchera les gens.

C’est de la vérité que nous devons nous nourrir afin de rester attachés et consacrés à Dieu. Et ce n’est pas en comptant sur nos propres capacités que nous allons y arriver, mais en comptant sur l’aide de Dieu, c’est d’ailleurs pour cela que Jésus prie, car il s’en remet à Dieu, il confie ses disciples au Père.

La deuxième chose que j’aimerais relever, qui va de pair avec la consécration, c’est la joie.

[2. Joyeux comme Jésus]

Être consacré à Dieu par la vérité constitue la vraie joie. C’est ce que Jésus dit au verset 13 :

« Maintenant je vais vers toi et je dis ces paroles dans le monde afin qu’ils aient en eux ma joie, une joie complète. »

Ce qui procure la joie aux disciples, c’est de savoir qu’ils sont auprès de Dieu et dans la vérité.

Jésus qualifie cette joie de joie complète, par opposition aux joies éphémères que nous pouvons avoir durant notre vie terrestre. Cela ne signifie pas que nous ne devons pas jouir de ce que Dieu nous offre ici-bas, mais ce n’est pas là que se trouve la vraie joie.

La joie du disciple augmente au fur et à mesure que nous sommes proches de Dieu, c’est une joie qui surpasse les épreuves.

N’oublions pas que Jésus prononce cette prière juste avant d’être trahi, méprisé en public, torturé et crucifié sur la croix. Malgré ces souffrances, la joie d’être consacrés à Dieu l’emporte.

Jésus ose parler de joie complète dans une situation difficile et éprouvante. Puissions-nous aussi trouver cette joie dans l’attachement au Père.

La troisième chose que je relève dans ce texte est aussi liée à la consécration, c’est que Jésus envoie ses disciples dans le monde, tout comme lui a été envoyé.

[3. Envoyé dans le monde comme Jésus]

Jésus exprime cela au verset 18 : « Tout comme tu m’as envoyé dans le monde, je les ai moi aussi envoyés dans le monde »

Jésus a été envoyé par le Père pour révéler la vérité sur Dieu, afin que quiconque croit en lui reçoive la vie éternelle.

Jésus a accepté cette mission, c’est pour cela qu’il dit au verset 19 :

« Je me consacre moi-même pour eux afin qu’eux aussi soient consacrés par la vérité. »

Jésus se consacre lui-même dans le sens où il s’est approprié la mission que le Père lui a confiée, afin de faire connaître la vérité aux disciples. Ensuite, à leur tour, ils seront consacrés à Dieu puis envoyés.

Dans la Bible, lorsque Dieu consacre quelqu’un, il le fait toujours en vue d’une mission.

Une fois que les disciples sont attachés à Jésus et au Père, Jésus va les envoyer en leur donnant son Saint-Esprit.

À deux reprises dans notre texte, aux versets 14 et 16, Jésus précise ceci : « Ils ne sont pas du monde, tout comme moi, je ne suis pas du monde. »

Les disciples ne sont pas du monde, car ils appartiennent désormais au peuple de Dieu, et ils sont envoyés en tant que missionnaires dans le monde. Leur présence, leur témoignage et leur proclamation appellent d’autres personnes du monde à rejoindre le peuple de Dieu, c’est-à-dire l’Église, la communauté des disciples consacrés à Jésus.

Jésus les envoie dans le monde sans cacher que cette mission est périlleuse. Jésus a été envoyé pour révéler la vérité et la vérité ne plaît pas à tout le monde. Jésus sera maltraité, détesté et mis à mort, c’est aussi le risque auquel est exposé tout disciple de Jésus.

C’est mon quatrième et dernier point.

[4. Détesté dans le monde comme Jésus]

Voici ce que Jésus dit au verset 14 : « Je leur ai donné ta parole et le monde les a détestés parce qu’ils ne sont pas du monde, tout comme moi, je ne suis pas du monde. »

La consécration apporte une joie complète. Mais être envoyé dans le monde, c’est aussi être exposé au rejet.

La vérité n’est pas toujours facile à entendre, car elle remet en question, elle bouscule, elle demande de l’humilité.

Parfois j’entends des gens critiquer les chrétiens, ils disent que les chrétiens sont orgueilleux, car ils disent avoir la vérité.

Tout d’abord, nous ne possédons pas la vérité, nous la recevons. Celui qui possède la vérité c’est Dieu, et Dieu a choisi de la révéler au monde par Jésus et ses disciples.

Ensuite, je trouve qu’il faut faire preuve d’humilité pour recevoir la vérité qui vient de Dieu, car les hommes ont tendance à se faire leur propre vérité. Chacun veut avoir sa vérité, car chacun veut avoir raison, chacun veut se rassurer créant une croyance qui confirme son mode de vie.

Mais lorsque la vérité concernant Jésus est exposée, cela dérange, il y a alors deux issues : soit on reconnaît que Jésus expose bien la vérité et on la reconnaît avec humilité, soit on la rejette.

Jésus a été rejeté par ses contemporains et il a fini sur la croix. Il ne cache pas que la vie de disciple est facile. Le sort que le monde a réservé à Jésus est aussi le sort de beaucoup de disciples.

[Conclusion]

Pour conclure, Jésus ne présente pas la foi chrétienne comme les publicités présentent leur produit. Il ne met pas en avant le confort de vie, le plaisir éphémère et la facilité. Il met en avant la joie malgré les épreuves et la vérité.

Être consacrés à Dieu et être dans la vérité constituent déjà une grande joie. Et nous savons que cette joie sera parfaite lorsque nous serons auprès de Dieu.

En attendant, restons attachés à Dieu, prions pour qu’il nous protège du malin, et consacrons-nous à la mission qu’il nous confie, soyons des témoins du Christ, envoyés dans le monde.

Christian Huy

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.