Exclu mais restauré (Matthieu 8.1-4)

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Il y a quelques années, j’ai assisté à une rencontre avec des pasteurs et des responsables d’Églises de différentes unions d’Églises. On en est venu à discuter d’aide sociale et de témoignage de l’Évangile. À un moment donné, l’un des responsables a dit qu’il n’était pas favorable que l’on parle de l’Évangile aux personnes qui sont aidées. Il a dit : « il ne faut pas profiter de la position de faiblesse des gens que l’on aide pour leur présenter l’Évangile ».

Cette parole m’a fait beaucoup réfléchir. Lorsque nous aidons une personne en difficulté, et qu’en même temps, nous témoignons de notre foi, est-ce que nous profitons de la faiblesse de cette personne ?

Je ne pense pas, et j’ajouterai qu’il ne devrait jamais y avoir de profit personnel à annoncer l’Évangile.

Si une personne devient chrétienne et vient fréquenter l’Église, je serai évidemment très heureux, mais je ne devrais jamais voir cela comme un profit. Et si cette personne devient chrétienne et choisi d’aller dans une autre Église fidèle aux Écritures, je devrais être tout autant heureux.

Nous ne sommes pas une entreprise qui cherche de nouveaux clients. Les autres Églises ne sont pas des concurrents. Nous sommes une Église qui accueille tous ceux que le Christ appelle à lui à travers sa Parole et le témoignage de sa Parole.

Cela dit, nous devons faire attention à la manipulation. Il y a des personnes en difficulté psychologique ou des personnes âgées qui n’ont plus trop le sens du raisonnement. Évidemment, nous ne devons pas les pousser à faire des choses contre leur volonté.

Je pense aussi que si nous conditionnons notre aide, ce n’est pas approprié. Imaginons que nous allons en ville pour distribuer de la nourriture aux sans-abris et que nous leur disons : nous vous donnons de la nourriture, mais en échange, vous venez à l’Église. Là je trouverais que ce n’est pas une bonne chose.

Mais lorsque nous faisons le bien autour de nous, nous le faisons aussi en tant que chrétiens, en tant que disciples du Christ, en tant que témoin.

Il ne s’agit pas de marteler l’Évangile ni de sortir des discours appris par cœur de manière artificielle. Il s’agit d’être authentique, de refléter naturellement qui nous sommes, c’est-à-dire, des enfants de Dieu. Nous ne devrions pas chercher à tout prix de convaincre l’autre, mais nous ne devrions pas cacher notre foi non plus.

Afin d’aller plus loin dans notre réflexion, nous allons maintenant lire la Parole de Dieu.

Tous les ans nous participons à la journée du SEL, le Service d’Entraide et de Liaison. Une association qui vient en aide aux populations pauvres un peu partout dans le monde.

Cette année, le texte de prédication proposé pour ce culte se trouve dans l’Évangile selon Matthieu, au chapitre 8, les versets 1 à 4. Il s’agit de la guérison, ou plutôt la purification d’un lépreux.

1 Lorsque Jésus fut descendu de la montagne, une grande foule le suivit. 2 Alors un lépreux s’approcha, se prosterna devant lui et dit: «Seigneur, si tu le veux, tu peux me rendre pur.» 3 Jésus tendit la main, le toucha et dit: «Je le veux, sois pur.» Aussitôt il fut purifié de sa lèpre.
4 Puis Jésus lui dit: «Fais bien attention de n’en parler à personne, mais va te montrer au prêtre et présente l’offrande que Moïse a prescrite, afin que cela leur serve de témoignage.»

D’après le document fourni par le SEL, nous sommes invités à suivre l’exemple de Jésus. Accueillir notre prochain, l’écouter, l’aider et l’accompagner. Je suis totalement d’accord avec cet encouragement tiré du texte. Cela dit, j’aimerais ce matin aborder le texte sous un angle complémentaire, en me concentrant aussi sur ce que Jésus fait et que nous ne pouvons pas faire.

Commençons par la situation initiale du malade.

[1. Le lépreux est exclu – Jésus l’accueille]

À l’époque de Jésus, la lèpre désignait plusieurs types de maladies de peau et non pas seulement la lèpre en elle-même. La personne qui en souffrait était doublement peinée. Non seulement elle subissait cette maladie visible de tous, mais en plus, elle était exclue de la société.

La lèpre est contagieuse, mais ce n’est pas seulement pour cela que les malades étaient exclus. C’était aussi une question d’impureté rituelle. Les lépreux étaient déclarés impurs vis-à-vis de la loi de Moïse. Ils ne pouvaient plus être approchés par les gens du peuple, ils ne pouvaient plus se rendre au temple, ils devaient vivre isolés.

Pendant les périodes de confinement en 2020, nous avons vécu des périodes d’isolement. Et actuellement nous vivons une période de crainte. Dès qu’une personne tousse à côté de nous, on se demande si c’est le Covid, dès qu’une personne éternue ou se mouche, on n’est pas tranquille, on a le Covid en tête.

Pour le lépreux c’était encore pire, ils étaient identifiés et on en avait peur.

Selon la loi de Moïse décrite dans le livre du Lévitique, les gens qui avaient des maladies de peau devaient être isolés tout le temps de leur maladie. Et si c’était la lèpre, elle était considérée comme incurable, donc ce temps d’isolement pouvait durer toute leur vie.

Le lépreux de notre texte est un exclu, mais Jésus l’accueille. Au verset 2, l’homme s’approche et Jésus ne fuit pas, il se tient devant lui.

Ces détails nous invitent à voir en Jésus celui qui accueille même ceux qui sont indésirables. Il accueille tout le monde, même les exclus.

Peut-être avez-vous déjà eu ce sentiment d’être exclu pour une raison ou une autre. Jésus n’est pas dans l’exclusion, il est dans l’accueil de tous.

Pourtant, on l’accuse souvent d’exclure, on accuse par exemple la Bible de propager un discours exclusif, comme quoi le salut et la grâce de Dieu ne seraient que pour une certaine catégorie de personne.

Mais si l’on regarde la Bible, Jésus était le plus inclusif de tous les religieux de l’époque. Il est même plus inclusif que tous ceux qui se revendiquent comme étant inclusifs.

Seulement, Jésus ne force personne. Cela rejoint ce que l’on disait au début. Jésus ne nous manipule pas. Il ne rejette pas ceux qui viennent sincèrement à lui, mais est-ce que tout le monde veut venir à lui ?

Jésus est bien l’envoyé de Dieu, envoyé pour l’humanité. Dans le texte, Jésus était là et le lépreux s’approche et il se prosterne. Il y a cette démarche de sa part.

[2. Le lépreux se prosterne – Jésus le touche]

Cet homme a une certaine conscience de la puissance de Jésus, il l’appelle même « Seigneur ».

Il est vrai que le mot « seigneur » peut aussi se traduire « maître » ou tout simplement « monsieur ». Mais en traduction, lorsque l’on veut traduire un mot, il y a souvent plusieurs possibilités, on doit donc regarder le contexte.

Dans le contexte, l’homme est à terre, il se prosterne, il est certainement à genoux et incliné, dans une position d’humilité. Il sait donc que Jésus n’est pas un homme comme les autres.

Il y a aussi cette phrase qu’il prononce au verset 2 : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me rendre pur. »

Ce n’est pas une simple demande, c’est une confession. Il confesse que Jésus a le pouvoir de le purifier.

Ainsi, lorsque le lépreux appelle Jésus « Seigneur », il le considère bien comme étant son Seigneur, l’envoyé de Dieu.

Je me dis que si cet homme était si réceptif à la voix de Dieu, si cet homme avait une telle foi et une telle espérance, c’est parce qu’il savait qu’il ne pouvait pas s’en sortir lui-même.

L’épreuve l’a rendu humble, sa maladie l’a poussé à se tourner vers le seul qui soit capable de le purifier.

Autrement dit, sa position de faiblesse lui a donné une certaine lucidité sur son état, sur son besoin de Dieu, de Jésus.

Je ne dis pas que toutes les personnes éprouvées ont cette lucidité ni que les personnes qui vont bien ne l’ont pas. Mais je constate que souvent, l’épreuve nous rend réceptifs à Dieu d’une manière différente, peut-être plus intense.

La Bible nous enseigne que c’est lorsque nous nous reconnaissons comme faibles que la force de Dieu peut se manifester en nous.

Comment nous considérons-nous ce matin ? Y a-t-il que les pauvres et les éprouvés qui sont faibles ? Finalement, les plus faibles ne sont-ils pas les plus forts ? Ceux qui n’ont pas besoin d’aide…

Ne faut-il pas beaucoup de courage et beaucoup de force pour reconnaitre notre impuissance.

Ces réflexions m’amènent à me demander si finalement, lorsque j’aide quelqu’un, est-ce que je le considère comme dans une position de faiblesse ? Mon prochain que j’aide est-il plus faible que moi ? Ne suis-je pas au moins aussi faible que lui devant Dieu ? Car lui comme moi avons tout autant besoin de la grâce de Dieu.

Le lépreux s’est prosterné et il a confessé sa foi : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me rendre pur. »

Que fait Jésus à ce moment-là ?

Il le touche. Le narrateur insiste sur ce point. Jésus étend la main et le touche. L’intouchable est touché.

Par ce geste, les religieux considéraient que Jésus se rendait rituellement impur. On ne devait pas toucher un lépreux, mais Jésus l’a fait en signe de communion, de bienveillance et d’accueil inconditionnel.

Ce geste est accompagné d’une parole au verset 3 : «Je le veux, sois pur.»

[3. Le lépreux est purifié – Jésus l’a bien voulu]

Et le narrateur précise que « aussitôt » il fut purifié de sa lèpre.

Le verbe purifier va au-delà de la guérison. L’homme est réintégré dans la société, il peut à nouveau être en communion avec les siens, et peut maintenant se rendre au temple.

Le miracle de Jésus est plus qu’une simple guérison, Jésus a restauré cet homme dans tous les domaines de sa vie.

Au nom de quoi Jésus a-t-il accompli cette purification ?

Au  nom de lui-même. C’est parce qu’il l’a bien voulu. Il a bien dit : «Je le veux, sois pur.»

Cette parole qui s’est accomplie immédiatement nous en dit long sur sa personne.

Jésus agit en notre faveur non parce que nous le méritons, non parce que nous nous apitoyons devant lui, mais parce qu’il le veut. Le lépreux l’avait d’ailleurs bien compris.

Il ne s’est pas approché de Jésus avec un long argumentaire, il n’a pas mentionné une liste de raisons pour lesquelles Jésus devrait l’aider. Il s’est prosterné en confessant que Jésus avait le pouvoir de le purifier s’il le voulait.

En purifiant cet homme, Jésus a montré qu’il était le messie et qu’il était Dieu.

Quelques versets plus loin, au verset 17, le narrateur précise que Jésus a fait ces miracles en conformité avec ce que le prophète Esaïe annonçait : « Ainsi s’accomplit ce que le prophète Esaïe avait annoncé: Il a pris nos faiblesses et il s’est chargé de nos maladies. »

L’objectif du narrateur dans tout l’Évangile est de nous montrer que Jésus est bien le messie promis par les prophètes de l’Ancien Testament.

Après cette guérison, Jésus demande quelque chose d’étonnant à l’homme guéri.

Verset 4 : Puis Jésus lui dit: «Fais bien attention de n’en parler à personne, mais va te montrer au prêtre et présente l’offrande que Moïse a prescrite, afin que cela leur serve de témoignage.»

L’homme purifié devient un témoin particulier…

[4. Le lépreux est un témoin – Jésus l’a envoyé]

Il ne doit parler de cette guérison à personne, sauf au prêtre, afin que cela serve de témoignage.

Son témoignage consiste à témoigner à certains, mais pas à d’autres. Comment le comprendre ?

À l’époque de Jésus, le peuple attendait un Messie politique et un Messie faiseur de miracle. Mais Jésus n’est pas venu avant tout pour cela.

Les miracles ne sont que des signes, signes qu’il est Dieu. Mais le but ultime de sa venue, c’est le salut des nations, c’est le pardon des fautes de l’humanité.

Si l’homme avait témoigné au peuple, il aurait conforté leur vision erronée du messie qui était erronée.

Le peuple voyait Jésus comme un faiseur de miracles et comme un progressiste, un rabbi qui se permettait de transgresser les codes religieux de l’époque. Par exemple, il touchait les lépreux et il guérissait le jour du sabbat.

Par ailleurs, les autorités religieuses attendaient un Messie politique et un Messie moraliste, dur, strict et punisseur. Un tel messie ne pouvait pas toucher un lépreux ni guérir le jour du sabbat.

Si l’homme ne devait pas témoigner tout de suite au peuple, c’était pour qu’ils n’aient pas une vision erronée du messie.

Et s’il devait témoigner auprès des religieux, c’était pour leur montrer que le messie est bien l’homme qui touche les lépreux et guéri le jour du sabbat.

Dans les deux cas, l’envoyé de Dieu ne correspond pas aux attentes des gens. Le messie n’est pas un messie selon nos attentes, mais selon les promesses des prophètes.

Jésus est avant tout venu pour porter mes péchés, c’est ce que précise le narrateur au verset 17 : « Ainsi s’accomplit ce que le prophète Esaïe avait annoncé: Il a pris nos faiblesses et il s’est chargé de nos maladies. »

Jésus est venu pour me transformer à son image, me sauver, me purifier, afin que je puisse être en sa présence.

L’homme purifié a pu aller au temple, symbole de la présence de Dieu.

Pour conclure, comment ce texte nous invite à aider notre prochain ?

[Conclusion]

Évidemment, nous sommes invités à être attentifs à ceux qui sont exclus à cause de leur isolement, leur statut social ou leur pauvreté. Nous sommes invités à agir comme Jésus : accueillir, écouter, agir et accompagner.

Mais n’oublions pas que nous ne pouvons pas faire tout ce que Jésus fait. Nous ne pouvons pas restaurer les gens dans tous les domaines. Nous ne pouvons pas les connecter à Dieu par nos propres capacités. Nous ne pouvons pas les sauver de leurs fautes. Nous ne pouvons pas leur donner la vie éternelle.

L’aide sociale est très importante, mais ce n’est qu’une infime partie de l’aide dont les gens ont besoin.

Nous devons nous y consacrer avec la direction de Dieu, c’est certain. Mais ce que nous ne pouvons pas faire, Jésus peut le faire. Nous sommes donc invités avant tout à amener les gens à rencontrer le messie. C’est une raison doit nous pousser à témoigner du Christ à tous. Aux pauvres et aux riches.

Vis-à-vis de Dieu, tout le monde est dans une position de faiblesse, même nous.  Lorsque je témoigne de Jésus à mon prochain, je suis un faible qui témoigne à un autre faible. Et je le fais pour lui, pas pour un quelconque profit.

Que le Seigneur nous guide dans notre manière d’aider notre prochain, faisons-le par amour de l’autre et surtout pour la gloire de Dieu.

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