Vous avez dit Eglise ? (1 Pierre 2.1-14)

Prédication audio de Joachim Brunel, le 8 mai 2022

Voilà déjà un peu plus de 8 mois que je suis arrivé dans cette église de Gaubert pour vivre mon stage de dernière année de fac de théologie. Pendant ce stage, j’ai la joie, jour après jour, de découvrir cette communauté que nous formons, les liens que nous avons et que nous tissons, ainsi que toutes les choses que nous partageons. Quelle joie de vivre cette communion qu’est l’Église.

Mais si ce matin, je me tourne vers vous et je vous demande qu’est-ce que l’Église ? J’imagine que je vais avoir plein de réponses différentes. Allez, essayons, qu’est-ce que l’Église ? Certains vont me dire, un bâtiment, une communauté, une famille, le peuple de Dieu, le corps du Christ, le temple du Saint-Esprit, … La liste peut être encore longue.

Et si je vous demande quelle est votre vision de l’Église de manière générale ? Est-elle positive ou négative ? Je pense que suivant nos vécus, nos expériences, les choses que nous pouvons entendre à droite et à gauche, notre vision sera bien différente. Mais ce qui est certain, c’est que l’Église n’est pas parfaite. Un sondage de 2019, réalisé à propos de l’Église catholique, disait que 56% des Français en avaient une mauvaise image. Et je crois que cette vision pourrait s’appliquer au minimum dans une moindre mesure aux Églises chrétiennes en général.

Mais alors, revenons à nos questions. Qu’est-ce que l’Église ? Quel est son but ?

L’apôtre Pierre, dans sa première lettre écrite aux chrétiens d’Asie mineur semble venir nous questionner sur ce sujet justement. On se rappelle qu’au début de sa lettre Pierre, pour encourager ces chrétiens qui vivaient des épreuves, leur a rappelé combien la foi vaut le coup d’être vécue, car Jésus vient tout changer dans nos vies en nous donnant une espérance. Il s’est ensuite appuyé sur cette espérance pour développer le projet de vie des chrétiens offert par Dieu.

Dans notre texte de ce matin, Pierre nous propose un dernier élément du projet de Dieu, un élément plus communautaire.

Lisons 1 Pierre 2.4-10 :

« 4 Approchez-vous du Seigneur, la pierre vivante rejetée par les êtres humains, mais choisie et précieuse aux yeux de Dieu. 5 Laissez-vous bâtir, vous aussi, comme des pierres vivantes, pour construire un temple spirituel. Vous y formerez une communauté de prêtres appartenant à Dieu, vous lui offrirez des sacrifices spirituels, qu’il accueillera avec bienveillance par Jésus Christ. 6, Car il dit dans l’Écriture : « Voici que je place en Sion une pierre d’angle ; je l’ai choisie, elle est précieuse, et celui qui met sa foi en elle ne sera jamais déçu. »

7 Cette pierre est d’une grande valeur pour vous, les croyants ; mais pour les incroyants, comme le dit l’Écriture : « La pierre que les bâtisseurs ont rejetée est devenue la pierre d’angle. »

8 Et ailleurs, il est dit encore : « C’est une pierre qui fait trébucher, un rocher qui fait tomber. » Ces personnes trébuchent parce qu’elles refusent d’obéir à la parole de Dieu, et c’est ce qui devait leur arriver.

9 Mais vous, vous êtes la lignée choisie, la communauté royale de prêtres, la nation qui appartient à Dieu, le peuple qu’il a fait sien. Il vous a appelés à passer de l’obscurité à son admirable lumière, afin que vous alliez annoncer ses œuvres magnifiques. 10 Autrefois, vous n’étiez pas un peuple, maintenant vous êtes peuple de Dieu ; autrefois, vous étiez privés de bonté, mais maintenant la bonté de Dieu vous a été accordée. »

Qu’est-ce que l’Église ? Voilà un texte bien dense et pas évident à comprendre pour essayer de répondre à cette question. Il faut noter que le mot église n’est pas présent dans le passage. Vous allez sûrement penser, mais Joachim pourquoi alors tu nous parles d’Église depuis tout à l’heure… En fait, même si le mot Église n’est pas présent, beaucoup d’éléments peuvent se rapporter à celle-ci. Pierre s’adresse à ses lecteurs à la deuxième personne du pluriel, donc à un groupe de chrétiens. Il va utiliser des mots tels que communauté, temple, les croyants. Tout cela me porte à croire que Pierre nous donne des indications sur l’Église, sur la dimension communautaire du projet de Dieu.

Oui le projet de Dieu est communautaire, et ce n’est pas une nouveauté. Déjà, tout au long de l’Ancien Testament, nous voyons Dieu qui se choisit un peuple, le peuple d’Israël pour que ce dernier devienne une bénédiction pour les autres nations. Malheureusement tout ne se passe pas comme prévu, le peuple se détourne de Dieu et va même finir par se retrouver en exil. Mais le projet de Dieu ne s’arrête pas à ces contretemps, il continue. C’est ce que Pierre veut nous montrer dans notre passage très marqué par l’Ancien Testament. On y trouve trois citations, deux du prophète Esaïe et une d’un Psaume. On y fait référence à Sion, au temple, aux prêtres, aux sacrifices, et même au peuple élu. Tous ces éléments renvoient à l’histoire du peuple d’Israël.

En utilisant ces thèmes, Pierre veut nous montrer que l’Église n’est pas une création qui vient de nulle part. Elle est la continuité, d’une certaine manière, du peuple d’Israël. Le verset 9 reprend une promesse faite au peuple pendant l’Exode : « Mais vous, vous êtes la lignée choisie, la communauté royale de prêtres, la nation qui appartient à Dieu, le peuple qu’il a fait sien ». Oui l’Église se place dans la continuité du peuple d’Israël, mais il y a une nouveauté… Ce peuple nouveau se réunit autour du Seigneur Jésus-Christ, Dieu lui-même qui est venu sur cette terre pour nous sauver par son don sur la croix, dont nous nous sommes rappelés à Pâques. Quelle grâce, quelle bonne nouvelle autour de laquelle l’Église se rassemble.

[1.  L’Église : un élément de l’Évangile]

Car oui Jésus est le fondement de l’Église, et par lui, l’Église devient même un élément de l’Évangile. Elle n’est pas, comme on pourrait surement l’imaginer, un ajout, une institution que les apôtres ou même d’autres hommes auraient voulu créer de toute pièce. Mais, aussi imparfaite qu’elle puisse être, l’Église est un des éléments du plan de salut de Dieu pour le monde. Je ne sais pas si on s’en rend compte !

L’Église fait partie du plan de construction de notre architecte divin, pensé de toute éternité. Dieu a imaginé son église autour de Jésus-Christ, la pierre principale, la pierre d’angle de son édifice.

Jésus, qui a été rejeté par les hommes au point d’être cloué sur une croix, ne l’a pas été par Dieu son Père qui l’avait choisi pour devenir cette pierre d’angle. En architecture, la pierre angulaire de la fondation est toujours la première pierre à être mise en place. Puisque l’angle des murs et le niveau des rangées de pierres en découlent, la pierre d’angle doit être parfaite. Or, Jésus est parfait, celui qui s’est conformé totalement à la volonté de son père, qui a obéi jusqu’à mourir sur cette croix. Il est le seul à n’avoir pas péché, à ne pas avoir de faute. Il a été tellement parfait, lui, Dieu parmi nous, qu’il a pris tous nos péchés et toutes nos fautes sur lui. Il l’a fait pour que nous puissions entrer dans ce nouveau peuple de Dieu, dans ce temple que Dieu veut créer. Sans Jésus, sans l’œuvre de Dieu, il n’y aurait pas de pierre d’angle, et donc pas de temple.

Mais cette pierre d’angle n’est pas une pierre comme les autres, c’est une pierre vivante, la pierre vivante. En lisant cela, j’ai envie de demander à Pierre s’il a vraiment suivi ses cours de SVT, de biologie ou de science naturelle. Une pierre vivante… En voilà une belle contradiction. On m’a toujours dit que les minéraux n’étaient pas vivants. D’ailleurs, si vous prenez une pierre comme celle qu’on trouverait dans un mur, on voit tout de suite que ça n’a rien de vivant. C’est lourd, ça ne risque pas de bouger et ça ne grandit pas, ça n’a pas de vie. Il n’y a rien de moins vivant qu’une pierre !

Pourtant, Pierre le déclare : Jésus est la pierre vivante. Il est vivant, car il est ressuscité. C’est le plus grand miracle fait par Dieu. Jésus a vaincu la mort à laquelle tout être vivant est promis. Et ce qui est encore plus fou, c’est que par sa mort et sa résurrection, Jésus entraine avec lui tous ceux qui vont mettre leur confiance en Lui, tous ceux qui vont croire en Lui. En croyant, eux aussi vont devenir, nous aussi nous devenons par Lui des pierres vivantes pour former le temple spirituel de Dieu.

[2. L’Église : un temple spirituel]

Et c’est cet accomplissement que Pierre proclame. Le temple de la nouvelle alliance, l’Église, est un temple spirituel. Ce temple n’est pas un bâtiment. Il est une communauté faite d’hommes et de femmes, de toutes les générations depuis 2000 ans, qui se sont attachés au Christ. Cette communauté n’est plus constituée simplement par ceux d’Israël qui sont restés fidèles à Dieu, mais elle s’ouvre à tous les croyants parmi les nations. Pierre affirme ici de manière radicale que ceux qui croient en Jésus-Christ, qu’ils soient juifs, païens, grecs, romains, de Gaubert, de La Loupe, d’Orgères ou d’ailleurs, tous constituent une nouvelle nation, un nouveau peuple qui vit au bénéfice de l’œuvre de Jésus Christ. Par Lui, ils deviennent les pierres vivantes du temple spirituel de Dieu.

Ce temple est la nouvelle maison de Dieu, le lieu où le Seigneur demeure sur la terre par l’Esprit-Saint. Oui, Jésus après sa mort a envoyé son esprit reposer et être en tous ceux qui croient en lui, être dans toutes ces pierres vivantes, être en nous chers amis. Nous formons tous ce temple, nous sommes tous une partie de ce temple spirituel.

Les pierres vivantes ne sont pas appelées à rester dans l’isolement ou le désordre, à être entassées en tas ou dispersées dans un champ. Non chacun doit trouver sa place une maison spirituelle, dans une communauté, vivre l’unité avec ses frères et sœurs. Pierre nous rappelle l’importance de la communion fraternelle. Et je crois qu’il est toujours bon de s’en rappeler. Malgré l’imperfection de l’Église, malgré l’imperfection de mes frères et sœurs (pas ici rassurez-vous), malgré mon imperfection, la communion que l’on trouve dans l’Église est précieuse. Souvent on dit qu’un chrétien isolé est un chrétien en danger. Et je crois que c’est vrai, car le plan de Dieu quand on vient à Jésus est que nous entrions en relation les uns avec les autres, non seulement dans notre propre génération, mais aussi en nous unissant aux croyants de toutes les générations, qui ont eux aussi été intégrés au grand projet de construction de Dieu.

L’église n’est donc pas un bâtiment comme les autres, elle est là où chacun, où chaque chrétien se trouve, là où ils se réunissent même à deux ou trois. Elle est là, vivante, car elle repose sur Jésus le Christ ressuscité. Par Lui, elle devient un édifice de pierres vivantes, liées les unes aux autres par l’Esprit de Dieu, un édifice dont la construction de l’architecte Dieu le père n’est pas encore terminée. Un peu comme la Sagrada Familia à Barcelone, cette église pensée par Gaudi qui est, il me semble, toujours en travaux et dont j’ai parfois l’impression que la construction ne se terminera jamais. Pourtant, l’Église de Jésus-Christ, ce temple spirituel terminera sa construction à la fin des temps, quand Jésus reviendra.

[3. L’Église : une mission commune]

Mais en attendant, l’Église reste une mission commune que nous partageons. Sa mission, c’est ce que Pierre appelle les chrétiens à être. Car avant de faire, l’Église doit être. Elle doit être une sainte communauté de prêtres, une nation qui appartient à Dieu. Son rôle est d’être en relation avec son Dieu. Comment faire ? En nous approchant du Seigneur, la pierre vivante, c’est l’invitation de Pierre au verset 4 « Approchez-vous du Seigneur, la pierre vivante ». Être proche de Jésus, c’est ce que Dieu nous appelle à vivre à chaque instant individuellement et en Église. Le but principal d’une Église, ce n’est pas de remplir ses bancs le dimanche, d’avoir le meilleur pasteur, les meilleurs musiciens. Non son but, sa mission, la mission qui nous est donnée, c’est de glorifier le Seigneur, de vivre et manifester l’amour de Dieu. Ou, pour utiliser les termes de notre passage : c’est d’offrir à Dieu des sacrifices spirituels qu’il accueillera avec bienveillance.

Dans ce cadre, le culte garde une place centrale. Il ne consiste pas seulement à écouter et à répondre à la parole de Dieu, mais aussi à élever son nom de Dieu et à l’adorer, car il nous a fait connaître sa bonté en nous faisant passer de l’ombre à son infinie lumière.

Pierre nous rappelle que de nombreuses pierres doivent rejoindre encore cet édifice, de nombreuses pierres sont encore dans l’ombre, sans vie, ou du moins en recherche de la vie. Et dans ce cadre, le rôle des pierres vivantes déjà présente et assemblée autour du Christ, notre rôle, c’est de vivre pleinement dans la dépendance de Dieu, en nous laissant être transformés et guidés par Lui. Tout cela pour que chaque jour l’Église lui ressemble un peu plus, mais aussi pour que chaque jour, par son reflet du Seigneur, elle en annonce ses œuvres magnifiques. Car la pierre vivante, Jésus, posée en travers du chemin de l’humanité dans sa course vers l’avenir ne peut pas simplement être enjambée par nos contemporains. Elle vient toujours questionner celui qui la rencontre.

Alors, oui Dieu nous appelle à partager la bonne nouvelle de la grâce en Jésus-Christ autour de nous, cette bonne nouvelle du salut, cette bonne nouvelle dont l’Église fait partie. En annonçant cette bonne nouvelle, nous pouvons avoir la confiance que des pierres sans vie, seules sur le chemin pourront découvrir cette vie en Jésus, être transformées par notre architecte céleste, rejoindre l’édifice des pierres vivantes, rejoindre ce temple spirituel, tout cela pour sa gloire seule.

Oui que nos vies, que notre Église puisse s’approcher de cette pierre vivante pour que chaque jour, elle soit cette louange pour Dieu et pour qu’elle le reflète dans ce monde.

Amen 

Chant : tous unis dans l’esprit

Sainte Cène :

Dans le chant que nous venons de chanter, une des paroles d’un couplet disait : « À la table du roi, nous partageons le même pain ». Jésus dans il a institué la Cène l’a fait avec ses disciples, les personnes avec qui il était le plus proche. Ce repas était un repas de communion, une communion qui annonçait celle qui allait nous être ouverte par la mort et la résurrection de Jésus. Nous nous rappelons de cela quand nous partageons la Sainte Cène. Oui Christ s’est donné pour que nous puissions vivre cette communion avec Dieu, pour que nous puissions nous approcher de cette pierre vivante. C’est lui qui nous unit à Lui mais aussi entre nous.

Que nous puissions nous lever pour partager ce pain et ce vin en signe d’engagement dans notre communion avec le Christ, mais aussi les uns avec les autres dans l’Église….

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