Quelle réputation ? (Apocalypse 3.1-6)

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Cette semaine, en faisant faire les devoirs à mon fils, je lui expliquais quelle était ma méthode de travail lorsque j’étais à l’école, au lycée et même à la fac.

Pour apprendre une leçon, je prenais une feuille blanche et j’écrivais de mémoire tout ce que je savais sur la leçon.

Ensuite, je regardais le cahier de leçon et je comparais avec ma feuille. Je corrigeais les erreurs et je complétais en ajoutant ce que j’avais oublié.

Une fois cette étape terminée, je recommençais avec une nouvelle feuille blanche. Je faisais cela jusqu’à ce que je sois capable de reproduire la leçon entièrement.

Cette manière de procéder, c’est ma mère qui me l’avait apprise, c’est aussi comme ça qu’elle me faisait apprendre les poésies. Elle avait elle-même hérité cette méthode de ses enseignants et ses parents. J’ai même l’impression que c’était la manière d’apprendre d’une certaine époque.

Lorsque je prenais des leçons de piano, à chaque fois que je faisais une erreur, ma prof me disait : recommence depuis le début. Et à chaque erreur, elle me disait : recommence depuis le début.

Cette méthode est remise en question aujourd’hui. Manifestement, elle semble dépassée et ne pas correspondre à tous les profils d’élèves. Mais il faut reconnaître que pour certaines personnes, ça marche très bien.

Quoi qu’il en soit et quelle que soit la méthode, qu’elle soit ancienne ou moderne, nous apprenons efficacement lorsque nous corrigeons nos erreurs ou nos oublis. Mais pour connaître nos erreurs et nos fautes, il faut un correcteur, il faut un professeur qui nous dise : ici tu as fait une faute, il faut la corriger.

Comment peut-on progresser si personne ne nous dit nos erreurs ?

Je parle de cela, car ce matin nous allons continuer l’Apocalypse, et dans ce livre, un Jésus dit : «  moi, je reprends et je corrige tous ceux que j’aime ». Ce n’est pas le passage de ce matin, mais je trouve intéressant de mettre en évidence cette phrase.

De nos jours, lorsque l’on parle de correction, c’est très mal connoté. Imaginons qu’une personne dise à un enfant : « je vais te donner une bonne correction », on comprend qu’elle va lui donner une bonne fessée, voire plus.

La plupart du temps, ce genre de correction est motivé par la colère et non par la pédagogie.

Le passage de ce matin n’est pas une incitation à ce genre de correction, ce n’est d’ailleurs pas le sujet. De plus, il est évident que Dieu ne cautionne pas la maltraitance. Ne prenons pas la pratique humaine pour la calquer sur la pratique de Dieu.

Lorsque Dieu dit qu’il reprend et corrige, ce n’est pas de la maltraitance, ce n’est pas non plus un excès de colère non maîtrisée. C’est de la bienveillance, à l’image d’un professeur qui souhaite voir son élève progresser, dans le but de rendre meilleur et plus épanoui.

Il y a quelques semaines nous avons commencé une série de prédications sur l’Apocalypse. Le début du livre mentionne 7 Églises à qui Jésus s’adresse. Il leur exprime leurs points forts et leurs points faibles, afin qu’elles corrigent ce qu’il faut corriger et afin qu’elles soient encouragées.

Il ne faut surtout pas oublier que ce livre a été écrit dans un contexte difficile pour les Églises. La plupart sont persécutées par les juifs et les autorités romaines. Les chrétiens sont fortement éprouvés. L’intention de Jésus, c’est de les encourager, de les édifier, de les fortifier, mais aussi de les avertir des dangers, y compris des dangers que leurs comportements impliquent.

Nous avons déjà abordé les lettres pour les Églises d’Éphèse, de Smyrne, de Pergame et de Thyatire.

Aujourd’hui, nous abordons la lettre à Sardes, en Apocalypse 3. Versets 1 à 6 :

1 Ecris à l’ange de l’Église de Sardes: ‘Voici ce que dit celui qui a les sept esprits de Dieu et les sept étoiles: Je connais tes oeuvres. Je sais que tu passes pour être vivant, mais tu es mort.
2 Sois vigilant et affermis le reste, qui est sur le point de mourir, car je n’ai pas trouvé tes oeuvres parfaites devant mon Dieu.
3 Rappelle-toi donc comment tu as accepté et entendu la parole, garde-la et repens-toi. Si tu ne restes pas vigilant, je viendrai comme un voleur, sans que tu saches à quelle heure je viendrai te surprendre. 4 Cependant, tu as à Sardes quelques personnes qui n’ont pas souillé leurs vêtements; elles marcheront avec moi en vêtements blancs parce qu’elles en sont dignes.
5 Le vainqueur sera habillé de vêtements blancs; je n’effacerai pas son nom du livre de vie et je le reconnaîtrai devant mon Père et devant ses anges.
6 Que celui qui a des oreilles écoute ce que l’Esprit dit aux Églises.’

Dans cette lettre, Jésus se présente comme celui qui a les 7 Esprits de Dieu.

Ces 7 esprits représentent le Saint-Esprit, qui est présent dans chacune des Églises. L’Esprit lui permet de voir tout ce qui se passe, il connait la situation de chaque Église, il peut voir la réalité qui se cache derrière les apparences.

Pour Sardes, il voit que l’Église semble vivante, mais elle est morte.

Le Seigneur tient aussi les 7 étoiles. Que ce soit pour les 7 Esprits, les 7 étoiles ou tout autre symbole, presque tous ces symboles nous sont expliqués dans le livre même ou dans l’Ancien Testament.

Pour comprendre l’Apocalypse, nous avons besoin de l’Ancien Testament qui nous fournit la plupart des explications sur les images utilisées.

Au chapitre 1, nous avions lu que les 7 étoiles représentent les 7 anges des 7 Églises.

Vous avez remarqué que le chiffre 7 revient souvent, c’est le chiffre de la plénitude, c’est le chiffre de Dieu, c’est aussi le chiffre de ce qui appartient à Dieu.

Les 7 anges sont à disposition des Églises pour encourager les membres fidèles à persévérer dans la foi.

L’Église de Sardes ne reçoit pas de compliment, en revanche, Dieu lui fait un reproche au verset 1 :

« Tu passes pour être vivant, mais tu es mort. »

On pourrait aussi traduire : « Tu as une renommée, celle d’être vivant, mais en réalité, tu es mort. »

Cette Église avait une renommée, une réputation, mais aux yeux de Dieu, ses œuvres sont comme mortes.

[1. La réputation]

Cela nous interpelle sur notre attachement à la réputation, autrement dit, le regard extérieur.

En tant que responsable de cette Église, je fais de mon mieux pour que le message biblique soit accessible et compréhensible, et je sais qu’il y a toujours des progrès à faire. Nous devons présenter l’Évangile avec sensibilité, avec conviction et douceur, avec bienveillance et vérité.

Mais nous ne pouvons pas éviter que le message choque, car un Dieu qui devient un homme, c’est choquant. Un Dieu qui meurt, c’est choquant. Un Dieu qui offre son pardon aux méchants, c’est choquant. Un Dieu qui fait grâce même aux meurtriers s’ils se repentent, c’est choquant. Un Dieu qui se met en colère, c’est choquant. Un Dieu qui nous demande de respecter certaines valeurs, c’est choquant dans une société où tout est permis. Un Dieu qui juge, c’est choquant.

Faut-il éviter tous ces sujets qui concernent les trois quarts de la Bible ? Ou faut-il annoncer le message sans tenir compte de la manière dont cela va être perçu ?

Je pense que la réponse se trouve entre les deux. Il faut éviter tout excès dans un sens ou dans l’autre.

Annonçons l’Évangile, la Bonne Nouvelle de ce Dieu qui a tant aimé ce monde, qu’il a donné son fils, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle. Ce verset parle d’amour et de perdition avec équilibre.

L’auteur ne cache pas la vérité, Dieu jugera le monde, la perdition est bien une possibilité. Mais Dieu a tant aimé le monde, qu’il a envoyé son fils pour nous offrir le moyen d’échapper à cette perdition, il nous offre le salut et la vie.

Jean 3.16 est une belle illustration de l’équilibre à avoir.

Pour revenir à la réputation, celle-ci ne devrait pas être notre préoccupation première. Notre préoccupation devrait être l’amour de notre prochain. Un amour qui nous pousse à dire : ne prenez pas le chemin qui mène à la mort, mais prenez le chemin qui mène à la vie.

[2 Une Église vivante en apparence]

Cette Église de Sardes semble vivante en apparence, mais en réalité, elle est morte.

Qu’est-ce qu’une Église vivante ?

Lorsque j’étais dans le sud, un homme m’a dit qu’il ne venait pas à l’Église libre, car pour lui, une Église devrait être vivante.

Il sous-entendait alors que notre Église n’était pas vivante.

Et lorsque j’ai discuté sur ce qu’il entendait par « vivant », j’ai compris que pour lui, un culte devait être un moment festif, avec des danses, des cris de joie, des chants où l’on frappe dans les mains, des prédications où le prédicateur n’hésite pas à s’exclamer et à crier pour faire entendre le message biblique.

Nos Églises libres manquent certainement d’expression dans leurs cultes. Mais est-ce que c’est cela être vivant ?

L’Église de Sardes avait la réputation d’être vivante, elle avait peut-être un programme bien rempli, les cultes étaient peut-être festifs et expressifs, les membres devaient être très actifs, il devait y avoir une assemblée en nombre important.

Mais selon les critères de Dieu, cette Église n’était pas vivante, en réalité, elle était mourante.

Contrairement à d’autres Églises, Jésus ne mentionne aucune qualité, même pas la foi, la persévérance, la bonne doctrine ou l’amour.

Ne cherchons pas à devenir une Église selon les critères humains, cherchons à devenir conformes à ce que Dieu veut.

Quel est le conseil donné à l’Église de Sardes ?

Verset 3 : « Rappelle-toi donc comment tu as accepté et entendu la parole, garde-la et repens-toi. »

[3. Rappelle-toi comment tu étais au début]

Le Seigneur leur demande de se comporter comme lorsqu’ils se sont convertis !

Cela peut nous étonner, car dans la Bible, la sagesse est souvent liée à la vieillesse. D’ailleurs, dans la vision de Jean au chapitre 1, Jésus a les cheveux blancs, signe de sagesse.

Mais Jésus leur demande d’agir et de vivre leur foi comme au tout début, lorsqu’ils étaient jeunes convertis.

Pour les membres de cette Église, l’expérience des années ne les a pas fait  progresser, mais régresser. Je dis bien que c’est le cas pour cette Église de Sardes, je ne dis pas que c’est le cas de toute personne âgée ou expérimentée.

Finalement, les années d’expérience ne nous rendent service que si l’on prend la bonne direction.

Ce verset 3 nous questionne aussi sur notre propre vie spirituelle.

Les années que nous accumulons peuvent être bénéfiques lorsque nous vivons selon la volonté de Dieu. Il faut souvent du temps pour travailler notre patience, notre humilité, notre bonté. L’expérience peut nous rendre sages d’année en année.

Je suis reconnaissant pour toutes les personnes qui sont un encouragement et un enseignement pour les autres, parfois simplement par leur manière d’être. Il n’y a pas forcément besoin de grands discours et de grands actes visibles. La simple manière d’être peut refléter beaucoup de choses.

Alors pourquoi Jésus demande-t-il aux chrétiens de Sardes de s’inspirer plutôt de leur jeunesse ?

Certainement parce que les jeunes convertis ont aussi quelque chose à nous apprendre. En fait, toutes les générations ont quelque chose à nous apprendre.

Les jeunes convertis sont en découverte de la foi, et donc ils en parlent avec passion, ils découvrent les trésors contenus dans la Bible et ils s’en émerveillent.

Lorsque mes enfants reçoivent un nouveau jeu, ils sont excités, ils sont joyeux et ils le manifestent. Ils en parlent et ils jouent avec pendant des heures. Ils veulent même dormir avec.

Avec le temps, ce même jouet va perdre de son intérêt jusqu’à même devenir un simple objet que l’on garde dans un tiroir et que l’on oublie.

Jésus n’est pas un vieux jouet, mais il risque d’être traité ainsi si notre foi n’est pas nourrie par la Parole de Dieu, par l’Esprit, par la prière et par la communion.

Dieu demande aux chrétiens de Sardes d’être comme de nouveaux convertis, avec l’enthousiasme et la soif du début.

Ressemblons-nous à de jeunes convertis ?

On reproche parfois aux jeunes chrétiens d’être trop directs dans le témoignage, on leur reproche de toujours vouloir tout changer dans l’Église, d’être trop enthousiastes et peut-être trop critiques envers les vieilles traditions.

Mais peut-être que nous aurions besoin de redevenir comme des enfants dans la foi, afin d’être toujours émerveillés par l’amour infini de Dieu.

[4. Je viendrai comme un voleur]

Toujours au verset 3, Jésus dit quelque chose d’étonnant, il dit qu’il viendra comme un voleur.

« Si tu ne restes pas vigilant, je viendrai comme un voleur, sans que tu saches à quelle heure je viendrai te surprendre. »

Jésus n’est pas un voleur, mais il prend l’exemple d’un voleur, car ce genre de personne ne prévient pas quand il vient.

Pour utiliser une autre image plus contemporaine, on pourrait aussi dire que Jésus viendra comme un contrôleur de métro ou de bus. Ils ne sont pas malveillants mais ils  viennent par surprise. Ayant vécu pas mal d’années à Paris, j’ai déjà été contrôlé. Cela n’arrive pas souvent, mais juste assez pour surprendre et rappeler qu’il y a des contrôles.

Si l’on n’a pas notre ticket de métro, on aura une amende.

Jésus invite les chrétiens de Sardes à avoir en tête que Jésus reviendra pour juger le monde. On ne sait pas quand exactement, mais il reviendra. Ailleurs dans les Évangiles, Jésus demande à ses disciples de veiller chaque jour et à chaque heure.

Celui qui attend Jésus ne sera pas surpris. Celui qui est en règle n’aura pas à avoir peur de quoi que ce soit.

En guise de conclusion, j’aimerais mentionner les vêtements blancs.

[Conclusion]

Ce sont les versets 4 à 6 :

4 Cependant, tu as à Sardes quelques personnes qui n’ont pas souillé leurs vêtements; elles marcheront avec moi en vêtements blancs parce qu’elles en sont dignes.
5 Le vainqueur sera habillé de vêtements blancs; je n’effacerai pas son nom du livre de vie et je le reconnaîtrai devant mon Père et devant ses anges.
6 Que celui qui a des oreilles écoute ce que l’Esprit dit aux Églises.’

Les personnes qui n’ont pas souillé leurs vêtements, ce sont les personnes qui sont restées propres dans leur cœur, celles qui ne se sont pas détournées de Dieu. Cette image est empruntée au prophète Esaïe.

Jésus promet que ceux qui n’ont pas souillé leurs vêtements marcheront avec lui avec des vêtements blancs. Ce vêtement blanc symbolise la pureté de leur obéissance.

De plus, à l’époque de l’auteur, le vêtement blanc était porté lors du cortège triomphal de l’empereur romain.

Jésus est en train de dire que l’empereur ultime, l’empereur triomphant, c’est lui. Et les vainqueurs sont ceux qui auront persévéré jusqu’à la fin.

Il n’effacera pas leur nom du livre de vie. Ce livre de vie est mentionné plusieurs fois dans la Bible et notamment dans l’Apocalypse. C’est le livre où figure le nom de tous les enfants de Dieu. Jésus en parle pour dire qu’il n’est pas question d’effacer leurs noms.

En fait, il prend le contre-pied d’une pratique qui avait lieu chez les juifs. Lorsqu’un juif devenait chrétien, son nom était radié des registres de la synagogue.

Jésus, lui, donne la garantie que les noms des enfants de Dieu ne seront pas effacés. Il n’écarte jamais personne, c’est plutôt nous qui pouvons nous écarter de lui.

Restons donc attentifs à ses avertissements, n’attachons pas trop d’importance à la réputation, soyons vivants dans notre foi, restons émerveillés et passionnés comme de jeunes chrétiens et persévérons chaque jour.

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