Une foi qui vaut le coup (1 Pierre 1.3-12)

Woman photo created by diana.grytsku – www.freepik.com

Prédication de Joachim Brunel, version audio ici

Notre époque est celle du développement personnel, en témoigne simplement
le nombre de livres sur le sujet que nous pouvons trouver en tête de gondole dans nos
librairies préférées. Le but de cette pratique est d’être mieux dans sa peau, d’avoir une
meilleure qualité de vie, de combler des manques, de mieux comprendre son corps,
son fonctionnement, et de s’aimer.

Tout n’est pas mauvais là-dedans, mais l’idée
principale est de se tourner vers soi-même, d’arriver à penser positivement à chaque
instant en puisant en nous-même la force pour ne pas souffrir. Cette idée vient toucher
notre vision du monde, notre manière de penser, même chez nous en tant que
chrétiens.

Pourtant, nous voyons bien que nous continuons de vivre des épreuves, des
périodes de doutes, de questionnements, de souffrance. Alors on pourrait se
demander : être chrétien, croire… Qu’est-ce que ça change dans ma vie ? Et même
est-ce que ça vaut vraiment le coup de croire en Jésus-Christ ?


En parcourant la Bible et notamment le Nouveau Testament, je découvre un
certain nombre de lettres écrites avec vérité et amour comme le disait Christian
dimanche dernier. Ces lettres ont souvent pour but d’encourager les chrétiens dans
leur chemin de foi. C’est d’ailleurs le cas de la première épître de Pierre que je vous
propose de suivre au cours mes prochaines prédications.

Pierre écrit cette lettre depuis Rome environ en 60 après Jésus-Christ, seulement quelques années avant sa mort.
Ses destinataires sont les chrétiens des églises d’Asie mineure, la Turquie actuelle.
Ces chrétiens, à la fois d’arrière-plan juif et païen, vivent en plein coeur d’un climat
d’hostilité qui leur amène des épreuves à cause de leur foi. Peut-être qu’au milieu de
ces épreuves causées par leur foi, certains se sont posés justement ces questions :
qu’est-ce que ça change dans ma vie le fait de croire ? Est-ce que ça vaut vraiment le
coup de croire si c’est pour traverser des épreuves et être rejeté ? Ne vaudrait-il pas
mieux de ressembler à ceux qui m’entourent pour avoir une vie tranquille ?

Pierre, conscient des difficultés que ces chrétiens d’Asie Mineure connaissent,
va donc leur écrire sa lettre pour les encourager et répondre à leurs potentiels doutes.
Je vous propose, ce matin, de lire 1 Pierre 1 les versets 3 à 12 :

« 3 Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ. Dans sa grande
compassion, il nous a fait naître à une vie nouvelle, pour nous donner une
espérance vivante par la résurrection de Jésus-Christ. 4 Car il a préparé pour
nous un héritage qui ne peut ni se détruire, ni se corrompre, ni perdre sa beauté.
Il le tient en réserve pour vous dans les cieux, 5 vous qu’il garde, par sa
puissance, au moyen de la foi, en vue du salut qui est prêt à être révélé au
moment de la fin.
6 Voilà ce qui fait votre joie, même si, actuellement, il faut que vous soyez
attristés pour un peu de temps par diverses épreuves : 7 celles-ci servent à
éprouver la valeur de votre foi. Le feu du creuset n’éprouve-t-il pas l’or qui
pourtant disparaîtra un jour ? Pourtant, votre foi qui a résisté à l’épreuve a une
valeur beaucoup plus précieuse. Elle vous vaudra louange, gloire et honneur,
lorsque Jésus-Christ apparaîtra.
8 Jésus, vous ne l’avez pas vu, et pourtant vous l’aimez ; mais en plaçant
votre confiance en lui sans le voir encore, vous êtes remplis d’une joie glorieuse
et inexprimable, 9 car vous obtenez en retour votre salut qui est le but de votre
foi.
10 Ce salut a fait l’objet des recherches et des investigations des
prophètes qui ont annoncé d’avance la grâce qui vous était destinée. 11 Ils
cherchaient à découvrir à quelle époque et à quels événements se rapportaient
les indications données par l’Esprit de Christ. Cet Esprit était en eux et annonçait
à l’avance les souffrances du Messie et la gloire dont elles seraient suivies. 12 Il
leur fut révélé que le message dont ils étaient chargés n’était pas pour eux, mais
pour vous. Et ce message vous a été communiqué maintenant par ceux qui vous
ont annoncé la Bonne Nouvelle sous l’action de l’Esprit Saint envoyé du ciel ;
les anges eux-mêmes ne se lassent pas de le découvrir ».

[1. Une foi qui n’empêche pas les épreuves]

Pierre, comme je le disais, écrit à des chrétiens qui sont éprouvés, Il dit qu’ils
sont attristés par diverses épreuves. Et sûrement, que les chrétiens d’Asie Mineure
auraient aimé l’entendre dire dans sa lettre : courage, c’est la fin, les épreuves se
terminent, vous avez tout mon soutien. Ou peut-être qu’ils auraient pu espérer que
Pierre leur donne des conseils simples pour sortir de ce temps d’afflictions. Ou même
encore, ils auraient pu se dire entre eux que le fait d’être chrétien, de croire en Jésus-
Christ nous évite de passer par des temps épreuves, après tout, Dieu est amour et Il
est aussi tout-puissant, il peut bien empêcher que son peuple passe par là.

Mais ce n’est pas ce que Pierre dit, les chrétiens passent et passeront par des
épreuves tout au long de leur vie et cela semble même nécessaire « Il faut que vous
soyez attristés ». La souffrance, l’épreuve est une réalité attestée, Pierre ne ment pas
ici, il faudra passer par l’épreuve tout comme l’or passe par le feu, sans être détruit. Et
je pense que c’est important que nous puissions reconnaître les moments où nous
passons par l’épreuve, ou reconnaître quand ceux qui nous entourent y passent pour
mieux les encourager. Car la foi chrétienne peut parfois amener à la souffrance, au
rejet, aux moqueries de la part de ceux qui s’opposent à l’évangile.

Mais paradoxalement, dans ce même passage où Pierre parle de ces épreuves,
il les lie à deux occasions à la joie, au verset 7 « Voilà ce qui fait votre joie » et au
verset 8 « Vous êtes remplis d’une joie ». Joie et tristesse au cours d’une épreuve,
quel étrange mélange, vous ne trouvez pas ? Personnellement, quand je traverse un
temps d’épreuves, de difficultés, la joie n’est pas le premier sentiment qui me vient.
Alors pourquoi cette joie dont parle Pierre ? Est-cela que la foi chrétienne vient changer
dans nos vies éprouvées ?

Pour décrire cette joie, Pierre invite ceux qui reçoivent la lettre au début de notre
passage non pas à nier l’épreuve vécue, non pas à dire que cette dernière n’est pas
grave, mais à changer de regard sur cette expérience pour mieux la traverser. Ce
changement, c’est un regard qui se lève, un regard vers le haut, un regard qui prend
de la hauteur par rapport à nos circonstances de vie. Tout comme dans le film à succès
Don’t look up récemment sorti sur Netflix, où deux scientifiques, ayant découvert une
comète qui va s’écraser sur la terre invitent leurs contemporains à lever les yeux au
ciel pour la voir, Pierre nous invite à lever le regard vers l’oeuvre de Dieu.

[2. Une foi en l’oeuvre de Dieu qui apporte la joie et l’espérance]

C’est ce regard, cette foi en l’oeuvre de Dieu qui apporte la joie. Cette oeuvre de
Dieu est pour Pierre la base de toutes choses, mais aussi de ce qu’il va pouvoir dire
dans la suite de sa lettre. Mais en quoi consiste cette oeuvre ?

Elle consiste en la mort et la résurrection de Jésus-Christ et aux bénéfices que
les croyants reçoivent de celles-ci. Il est important de se rappeler à ce moment précis
qui est Pierre. Il est bien le disciple, Simon Pierre, qui au moment du jugement de
Jésus, l’a renié, a dit qu’il ne le connaissait pas quand il a été reconnu dans la cour. Il
était attristé de voir son maître pour qui il avait tout abandonné être jugé et condamné.
Mais ce même Pierre a été un des premiers disciples à découvrir que la pierre du
tombeau avait été roulé et que Jésus était ressuscité. Cette découverte a tout changé
pour lui. Quel bouleversement, quel séisme que cette nouvelle : Jésus est ressuscité !
Et c’est ce qu’il veut partager ici aux chrétiens d’Asie Mineure et à nous encore
aujourd’hui qui pouvons lire sa lettre.

Par cette résurrection, Dieu donne une vie nouvelle. Tout comme chacun
d’entre nous a reçu de ses parents à sa naissance son identité, sa citoyenneté, toutes
les choses qui sont innées en nous, ceux qui placent leur foi en Jésus-Christ reçoivent
une nouvelle identité et une nouvelle citoyenneté, la citoyenneté des cieux, qui
transforment les personnes qu’ils sont pour devenir enfants de l’Auteur même de cette
vie nouvelle, enfants de Dieu. La vie de Pierre a changé quand il a rencontré Jésus,
mais cette vie s’est révélée pleinement nouvelle pour lui quand Jésus est ressuscité.
Cette résurrection, c’est le triomphe de la vie sur la mort ! La vie de Dieu, plus forte
que tout, est la source de l’espérance vivante que Pierre et les autres disciples ont
reçu à ce moment-là, alors même que leurs espoirs semblaient définitivement morts 3
jours avant quand Jésus a été cloué sur la croix.

C’est pour cette raison que Pierre parle d’une « espérance vivante ».
L’espérance se définit comme le sentiment de confiance en l’avenir, qui porte à
attendre avec confiance la réalisation de ce qu’on désire. Parfois, j’ai l’impression que
face aux annonces dans cette période de pandémie de Covid, face à une élection
présidentielle, nous mettons beaucoup d’espérance dans ce qui peut être annoncé par
le gouvernement, ou promis par le candidat que nous soutenons. Or, nous ne savons
pas vraiment ce qui se produira dans l’avenir, des choses peuvent rendre cette
espérance morte, non réalisée.

Cependant, l’espérance dont Pierre parle est vivante (non morte) car le Christ,
le fondement de cette espérance, est, Lui, toujours vivant depuis sa résurrection et
son ascension. C’est ce que nous croyons. Elle nous amène à la confiance, à la foi,
car elle s’appuie sur des promesses qui sont sûres, promesse d’un héritage et
promesse de salut offerts par Dieu. Pierre rappelle que ce salut est prêt à être révélé
au moment de la fin, c’est un salut futur que nous attendons. Il ne faut pas l’oublier !
L’héritage promis ici, contrairement à nos richesses humaines, est indestructible. Il est
gardé par Dieu pour nous dans les cieux. Il nous sera révélé au moment de la fin, au
moment où nous ressusciteront à notre tour. Cet héritage est l’équivalent du pays
promis par Dieu au peuple d’Israël. Notre pays promis sera sur cette terre qui sera
renouvelée au moment du retour de Jésus. Ce monde renouvelé sera un monde où il
n’y aura plus d’épreuve et de tristesse. C’est pour cette raison que lorsque Pierre parle
d’épreuve, il peut dire qu’il faut être attristé pour « un peu de temps », les épreuves
ont et auront une durée limitée malgré leur rigueur comme le révèle cette promesse
d’héritage.

Vous pourrez peut-être me dire, oui Joachim, c’est bien beau tout cela, mais
toutes ces promesses tournent seulement nos regards vers le futur, l’avenir. Ça ne
nous empêche pas de vivre des difficultés dans le présent, et puis au fond qu’est-ce
que ça change dans le présent d’avoir une espérance vivante, d’avoir la promesse de
cet héritage et de ce salut. Est-ce qu’on doit juste attendre que le temps passe en
supportant ce qu’on vit et en espérant mieux pour la suite ? Et je pense que vous
n’auriez pas tort de me dire cela. Certains reprochent d’ailleurs parfois au christianisme
d’être une religion qui ne pense qu’au futur, qu’à la vie éternelle pour se rassurer et
sans se soucier du présent.

[3. Des promesses qui changent notre présent]

Mais toutes les promesses que Pierre rappelle ici viennent aussi changer notre
présent, changer notre manière de vivre les épreuves. Par exemple, une partie du salut
promis peut déjà être vécue aujourd’hui sur cette terre, et même en période
d’épreuves. Car ce salut est déjà accompli dans la résurrection de Jésus-Christ. Cette
promesse de salut amène de la joie, une joie future promise, mais qui peut déjà goûtée
dans la vie présente, dans cette période de déjà et de pas encore. Période où nous
pouvons vivre et être au bénéfice en partie ce que Dieu a prévu de nous révéler
pleinement dans le futur. Période où nous recevons déjà la grâce de l’oeuvre de Dieu
en Jésus-Christ qui a été annoncé dès les prophètes de l’Ancien Testament inspirés
par le Saint-Esprit. Et c’est ici la Bonne nouvelle, le message que les anges ne se
lassent pas de découvrir. Oui, Pierre montre par notre passage, par sa description des
étapes de la révélation du projet de Dieu, le privilège qu’ont les chrétiens de connaître
Jésus-Christ même sans le voir. Un privilège bien plus grand que tout ce dont nous
pouvons être privés par les épreuves que nous traversons.

Parce que Jésus est déjà venu, en chair dans son monde et qu’il est toujours
présent avec nous chaque jour par l’Esprit Saint, le royaume de Dieu est déjà venu.
Les chrétiens vivent dans un avenir qui est déjà présent, car Christ est présent par le
Saint-Esprit. Notre espérance est réalisée : nous connaissons Jésus, nous pouvons le
connaître dans sa parole. Mais, parce que nous savons aussi que Jésus reviendra, le
but de notre foi est encore futur. Cette réalité fait que les épreuves, quand elles
arrivent, peuvent alors être vue comme un moyen de purifier notre foi en vue de ce
but, comme le moyen pour nous mener chacun à la foi, à la maturité, à la ressemblance
de Jésus.

Ainsi, tout cela concourt à notre joie, une joie glorieuse et inexprimable. Vivre
dès aujourd’hui cette espérance vivante, être remplie de joie même au coeur de
l’épreuve, voilà donc ce que nous offre le Seigneur et ce que Pierre nous rappelle dans
le début de sa lettre. Ma foi, ma confiance en ce Dieu vaut le coup, car elle s’appuie
sur une espérance vivante et sûre, qui vient changer et impacter ma vie actuelle, mon
présent, et ma perspective sur l’avenir, mon futur. Ce n’est pas du développement
personnel, on ne trouve pas les ressources en nous-même, mais on les trouve dans
le Dieu trinitaire Père, Fils et Saint-Esprit qui nous offre cette joie.

Or avant de déclarer tout cela, Pierre réalise au verset 3, premier verset de notre
passage une doxologie, c’est-à-dire qu’il rend gloire à Dieu. Avant de parler aux
chrétiens de leur souffrance ou de la manière par laquelle ils peuvent traverser les
épreuves, il commence par une louange à Dieu. « Béni soit Dieu le Père de notre
Seigneur Jésus-Christ ». Et je pense, pour conclure ce message, que c’est cette
invitation à laquelle nous sommes appelés à chaque instant. Que notre vie toute
entière puisse être une louange à notre Dieu. Cette louange qui vient de l’espérance
vivante que nous trouvons en Jésus-Christ.

Alors chers amis, que nous puissions répondre à ce message, à cette invitation
à l’espérance en exprimant notre louange à Dieu par nos chants en reprenant Béni
soit ton nom. Ce chant, composé par Matt Redman, a été écrit il y a 20 ans maintenant
dans un monde était endeuillé par les attentats du 11 septembre. Ce chant invitait les
chrétiens et nous invite encore aujourd’hui, dans la situation où nous nous trouvons, à
dire que quelles que soient les circonstances de nos vies, bonnes ou plus difficiles,
nous continuerons à bénir le nom du Seigneur.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.