Qu’est-ce qui nous attend ? (Luc 6.20-36)

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À quelques jours près, cela va faire pratiquement un an que je suis à Gaubert, nous sommes arrivés début août 2019 avec Aude et les enfants. Je me souviens qu’avant de prendre la décision de venir, il y a eu beaucoup de préparatifs, beaucoup de discussions et de questionnements dans les deux sens, que ce soit pour l’Église ou pour Aude et moi.

Assez rapidement, nous avions voulu savoir à quoi nous attendre. Je ne pense pas que l’on puisse se faire une idée complète de ce qui nous attend, mais l’on peut au moins avoir une idée. Il y a eu des discussions téléphoniques, des mails, une rencontre avec le conseil et une rencontre de la famille tout entière avec l’Église.

J’ai été mis au courant des besoins et des attentes, cela a même été mis par écrit. De mon côté, je me suis aussi présenté à l’Église et en particulier au conseil.

Ce que je veux dire, c’est qu’il y a eu une préparation, une information et de la communication concernant ce qui pourrait m’attendre, et je confirme que nous sommes très heureux d’être à Gaubert.

Le texte que je vous propose de lire maintenant parle aussi de personnes pressenties pour une mission précise. Elles aussi ont été mises au courant de ce qui les attendait.

Il y a tout de même des différences avec mon cas. Ces personnes n’avaient pas autant d’informations que moi avant de commencer. Et surtout, ces personnes sont plus réputées que moi.

Il s’agit des 12 apôtres de Jésus.

Dans la Bible, Jésus a choisi particulièrement 12 disciples pour les former, dans en premier temps, et pour les envoyer en mission, dans un deuxième temps.

Comment Jésus leur a-t-il présenté ce qui les attendait ? Quel a été son discours de bienvenue ?

Si nous souhaitons être des disciples de Jésus, qu’est-ce qui nous attend aussi ?

Dans l’Évangile selon Luc, très vite après avoir choisi ses 12 disciples, Jésus leur adresse un discours appelé « le sermon sur la montagne ». Cet évènement a lieu au début du ministère de Jésus et au début du ministère des apôtres.

Nous allons lire le début de ce discours dans l’Évangile selon Luc, au chapitre 6, les versets 20 à 36.

20 Alors Jésus leva les yeux sur ses disciples et dit: «Heureux vous qui êtes pauvres, car le royaume de Dieu est à vous!
21 Heureux vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés! Heureux vous qui pleurez maintenant, car vous rirez! 22 Heureux serez-vous lorsque les hommes vous détesteront, lorsqu’ils vous chasseront, vous insulteront et vous rejetteront comme des êtres infâmes à cause du Fils de l’homme!
23 Réjouissez-vous, ce jour-là, et sautez de joie, parce que votre récompense sera grande dans le ciel. En effet, c’est de la même manière que leurs ancêtres traitaient les prophètes.
24 »Mais malheur à vous, riches, car vous avez votre consolation! 25 Malheur à vous qui êtes comblés [maintenant], car vous aurez faim! Malheur à vous qui riez maintenant, car vous serez dans le deuil et dans les larmes!


26 Malheur lorsque tous les hommes diront du bien de vous, car c’est de la même manière que leurs ancêtres traitaient les prétendus prophètes!
27 »Mais je vous dis, à vous qui m’écoutez: Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous détestent, 28 bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous maltraitent.
29 Si quelqu’un te frappe sur une joue, présente-lui aussi l’autre. Si quelqu’un prend ton manteau, ne l’empêche pas de prendre encore ta chemise.
30 Donne à toute personne qui t’adresse une demande et ne réclame pas ton bien à celui qui s’en empare. 31 Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le [vous aussi] de même pour eux.


32 Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance en avez-vous? En effet, les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment.
33 Si vous faites du bien à ceux qui vous font du bien, quelle estime en avez-vous? [En effet,] les pécheurs aussi agissent de même.
34 Et si vous prêtez à ceux dont vous espérez recevoir en retour, quel gré vous en sait-on? [En effet,] les pécheurs aussi prêtent aux pécheurs afin de recevoir l’équivalent.
35 Mais aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Votre récompense sera grande et vous serez fils du Très-Haut, car il est bon pour les ingrats et pour les méchants.
36 Soyez donc pleins de compassion, tout comme votre Père [aussi] est plein de compassion.

Dans ce texte, on apprend que ce discours est adressé particulièrement aux disciples de Jésus. Pas seulement aux 12 apôtres, mais à l’ensemble des disciples, il devait y en avoir au moins entre 50 et 100.

À quoi doit s’attendre celui qui marche à la suite de Jésus ?

Premièrement, il doit s’attendre à passer par des moments difficiles.

[1. Des moments difficiles]

Le discours de Jésus commence par 4 béatitudes et 4 malédictions. Par les béatitudes, Jésus déclare heureux ceux qui souffrent à cause de leur condition de disciple. Et par les malédictions, il déclare malheureux ceux vivent sans se préoccuper de Dieu.

Les béatitudes invitent à la persévérance et à l’espérance dans les moments difficiles.

Les disciples doivent persévérer, car la vie de disciples est dure. Eux qui ont choisi de marcher à la suite du maître, ils sont pauvres, ils ont faim, ils pleurent et ils sont rejetés à cause de leur foi.

Jésus ne ferme pas les yeux sur la souffrance et il ne cache pas cet aspect de la vie. Il sait que la vie est  n’est pas de tout repos, et en particulier la vie de disciple. En réponse à la dureté de la vie, il leur annonce une espérance certaine.

Ceux qui sont pauvres détiennent déjà le royaume de Dieu, ceux qui ont faim seront rassasiés, ceux qui pleurent seront dans la joie et ceux qui sont persécutés pour leur foi auront une récompense dans le ciel.

On peut noter que Jésus ne présente pas la vie de disciple comme une vie luxueuse et tranquille. En général, les publicités mettent en avant tous les avantages de leurs produits. Si nous achetons un produit, c’est que nous en cherchons des bénéfices.

Nous avons l’habitude de faire les choses par intérêt personnel. Les salariés travaillent non pas pour les beaux yeux du patron, mais pour gagner de l’argent. Nous donnons de l’argent au commerçant non par pure générosité, mais pour avoir un produit en échange.

Alors, pourquoi devenir disciple de Jésus ? Quel intérêt pouvons-nous en tirer ?

Jésus est honnête. D’abord, on ne devient pas disciple de Jésus par intérêt personnel, mais pour l’intérêt de Dieu, pour glorifier Dieu. Ensuite, la vie de disciples est dure, mais il y a une espérance.

En vue de cette espérance, les disciples sont appelés à persévérer.

Quand j’ai médité sur ce texte, dans un premier temps, j’ai eu du mal à me sentir totalement concerné par ce discours de Jésus.

Je ne suis pas pauvre, je mange à ma faim, je ne me plains pas de ma situation et je ne suis pas persécuté à cause de ma foi, en tout cas pas physiquement.

Comment puis-je me reconnaître dans ces paroles de Jésus qui s’adresse à ceux qui sont pauvres, qui ont faim, qui pleurent et qui sont persécutés ?

Et même si c’était le cas ? Si j’étais dans le besoin, si j’étais dans la souffrance et si je me sentais persécuté, est-ce que cela  m’aiderait à savoir qu’il y a une consolation au ciel ?

Celui qui souffre n’a-t-il pas envie de mettre un terme à ses souffrances le plus rapidement possible ?

Les paroles de Jésus sont-elles à propos pour nous ?

Je répondrai à cette question dans ma conclusion car il nous faut d’abord nous concentrer sur les disciples. Je pense qu’il faut commencer par là pour comprendre le discours de Jésus. Il faut toujours remettre le texte dans son contexte, et dans le contexte, Jésus s’adresse à ses disciples.

Eux ont manifestement des situations difficiles, ou ils vont en avoir. Jésus avertit ses nouveaux élèves de ce qui les attend.

En gros, il leur dit : « si vous me suivez, si vous devenez mes élèves, vous n’allez pas avoir la vie facile. Vous allez devoir persévérer, mais sachez qu’au bout du tunnel, il y a la lumière, il y a de la consolation, de la joie, il y a des récompenses dans le royaume de Dieu.

Lorsque Jésus évoque la persécution, il dit ceci aux versets 22 et 23 :

22 Heureux serez-vous lorsque les hommes vous détesteront, lorsqu’ils vous chasseront, vous insulteront et vous rejetteront comme des êtres infâmes à cause du Fils de l’homme! [C’est-à-dire Jésus.]
23 Réjouissez-vous, ce jour-là, et sautez de joie, parce que votre récompense sera grande dans le ciel. En effet, c’est de la même manière que leurs ancêtres traitaient les prophètes.

Il faut savoir que les prophètes envoyés par Dieu étaient mal accueillis par le peuple, car ils parlaient de la part de Dieu.

Cela nous fait réfléchir sur notre manière d’annoncer l’Évangile. Annonçons la Bonne Nouvelle avec respect, avec convenance et de manière adaptée à nos interlocuteurs. Mais annonçons-la fidèlement, même si ce message ne plaît pas à tout le monde.

Ne soyons pas tentés de modifier les aspects de l’Évangile qui peuvent être gênant. Dans ce cas, cela ne serait plus l’Évangile.

Les prophètes ont osé parler de la part de Dieu, car c’était leur mission. Ils savaient qu’ils n’allaient pas toujours plaire à leurs interlocuteurs.

C’est toujours difficile d’entendre la vérité, d’entendre que nous sommes à côté de la plaque et que nous avons besoin de changer.

Les prophètes ont été persécutés et même tués parce que leur message déplaisait au peuple. C’était pourtant la Parole de Dieu et c’est encore la Parole de Dieu.

Le message de la Bible n’est pas un message qui nous caresse dans le sens du poil. Ce sont les faux prophètes qui nous disent ce qu’on a envie d’entendre.

Alors si le message biblique nous gêne, ce n’est pas une raison pour ne pas écouter. Si la lumière du jour nous fait mal aux yeux, c’est que nous étions trop longtemps dans l’obscurité. Sachons entrer dans la lumière de Dieu.

Persévérons et mettons notre confiance dans l’espérance annoncée.

Mais dans quoi sommes-nous appelés à persévérer exactement ?

C’est mon deuxième point.

Premièrement, le disciple de Jésus doit s’attendre à des moments difficiles et à mettre en œuvre sa persévérance en étant confiant dans l’espérance du royaume.

Deuxièmement, le disciple de Jésus doit être prêt  au don de soi et s’attendre au rejet de la part des autres.

[2. Don de soi et rejet]

C’est à cela que Jésus appelle ses disciples, ils doivent persévérer dans l’obéissance à Jésus qui implique don de soi et rejet des autres.

Il leur demande d’aimer leurs ennemis, de faire du bien à ceux qui les détestent et de tendre l’autre joue. Il demande à ses disciples de prêter sans réclamer le remboursement.

Versets 35 et 36 :

35 Mais aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Votre récompense sera grande et vous serez fils du Très-Haut, car il est bon pour les ingrats et pour les méchants.
36 Soyez donc pleins de compassion, tout comme votre Père [aussi] est plein de compassion.

En fait, depuis le début, Jésus leur demande d’agir comme Dieu.

Dieu est bon pour les ingrats et les méchants. Soyez donc comme lui.

Pourquoi aimer nos ennemis ? Pourquoi tendre l’autre joue ? Pourquoi donner généreusement ?

C’est pour agir comme Dieu, pour montrer au monde la bonté de Dieu. « Soyez donc pleins de compassion, tout comme votre Père [aussi] est plein de compassion. »

À ma connaissance, le christianisme est la seule spiritualité où l’on enseigne d’aimer nos ennemis.

J’entends beaucoup de gens dire que les chrétiens ne sont pas plus aimables que le reste du monde. Il y a des athées qui donnent de l’argent aux pauvres et qui font du bien autour d’eux, pas besoin d’être chrétien pour faire cela.

Il y a même beaucoup de non chrétiens qui font plus de bien autour d’eux que des chrétiens. Des gens extrêmement bons qui se donnent entièrement pour des causes humanitaires.

D’une part, je suis d’accord avec ce constat, c’est vrai. Le chrétien n’est pas quelqu’un de meilleur, mais c’est quelqu’un qui reconnaît son imperfection et son besoin de Dieu.

D’autre part, ce constat devrait nous interpeller. Ne nous contentons pas de cette situation. Un disciple de Jésus est appelé à agir comme Dieu. Il devrait non seulement faire du bien à ses amis, mais aussi à ses ennemis.

La bonté selon Dieu est une bonté qui nous implique entièrement, au point  de se donner totalement pour les autres.

Dieu a tant aimé le monde, qu’il est venu sur terre en tant qu’humain. Il a été si bon envers nous qu’il est devenu petit et fragile pour prendre la condition humaine et vivre parmi nous.

Il a vécu dans une famille pauvre, il a connu la trahison et la souffrance. Il a aimé ses ennemis, il a tendu l’autre joue. Il a été condamné injustement et il ne s’est pas défendu. Il en est mort sur une croix.

La grandeur et la bonté de Dieu se sont manifestées ainsi, afin de subir la punition que nous méritions. Il est mort à notre place.

La bonté implique un don de soi, la bonté implique de se sacrifier pour l’autre. C’est ce que Jésus a fait et c’est ce qu’il nous demande de faire à notre tour, nous qui sommes ses disciples.

[Conclusion]

Pour conclure, revenons aux béatitudes adressées aux pauvres et aux persécutés.

Ces paroles de Jésus sont-elles à propos pour nous ?

Nous reconnaissons-nous dans ces paroles où il déclare heureux ceux qui sont pauvres, car ils détiennent déjà le royaume de Dieu, heureux ceux qui ont faim, car seront rassasiés, heureux ceux qui pleurent, car seront dans la joie et heureux ceux qui sont persécutés pour leur foi, car auront une récompense dans le ciel ?

Sommes-nous pauvres, avons-nous faim, pleurons-nous, sommes-nous persécutés ?

La plupart des gens dans notre société recherchent le confort et le calme. Je confesse que c’est aussi mon cas.

Cependant, est-ce que la vie de disciple est compatible avec une vie luxueuse et tranquille ?

Si nous nous sacrifions pour notre prochain, ne serions-nous pas plus pauvres ?

Si nous portons les fardeaux de ceux qui sont éprouvés, ne serions-nous pas en pleur ?

Si nous affichons notre appartenance à Jésus et si nous témoignions de lui en toute occasion, ne serions-nous pas persécutés ?

Jésus a mis la barre très haute. En fait, la barre est tellement haute que lui seul a pu l’atteindre. Nous ne pouvons pas faire ce que Jésus a fait, c’est pour cela qu’il l’a fait pour nous.

Cependant, ce n’est pas une raison pour ne rien faire et continuer de chercher à vivre une vie tranquille.

Jésus nous demande d’être bons comme lui est bon et cela nous coûtera des sacrifices.
Jésus nous demande d’être des témoins visibles de sa grâce et cela peut conduire à des persécutions.

Pourquoi nous demande-t-il des choses difficiles ? C’est justement parce que c’est difficile que cela témoigne de la bonté de Dieu. Une bonté tellement grande qui se manifeste même pour les ingrats et les méchants.

En invitant ses disciples à agir comme lui, il laisse des témoins sur terre, afin d’amener des gens à lui pour leur offrir à eux aussi le royaume des cieux.

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