Qui est donc cet homme ? (Luc 8.22-26)

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La mer était calme à présent. Une brise légère soufflait dans les voiles du bateau. Les disciples s’étaient eux aussi calmés. André tenait la barre. Il avait remplacé Pierre qui était assis, enveloppé dans sa cape. Il avait l’air épuisé et perdu dans ses pensées. Il était trempé jusqu’aux os. Quelques autres s’affairaient pour vider l’eau qui restait dans le bateau. Jésus s’était rendormi.

Jacques se pencha sur l’eau, observant les reflets qui dansaient doucement sur les vagues. Il connaissait cette mer. Lui et Jean avaient passé l’essentiel de leur vie à la parcourir en long et en large. Son père était pêcheur. Tout comme la plupart de ses proches et de ses amis. Dans sa mémoire défilaient les visages de certains d’entre eux qui avaient fini noyés au cours de l’une de ces imprévisibles tempêtes si typique de la Galilée. Exactement comme celle qui les avait malmenés à peine une demi-heure plus tôt.

En marin expérimenté, Jacques ne paniquait pas facilement. Mais il savait reconnaître quand leurs vies étaient en danger. Cette tempête avait ouvert sa gueule avec la claire intention de tous les avaler pour les jeter au fond des abysses. Jacques avait vu la terreur dans les yeux de Jean quand celui-ci l’avait saisi en hurlant : « Il faut réveiller le Maître ! ».

Ils avaient avancé en trébuchant jusqu’à l’arrière du bateau. Comment Jésus pouvait-il ainsi continuer à dormir alors que les vagues secouaient le bateau dans tous les  sens ? C’était un mystère. Ils l’avaient réveillé en criant : « Maître, maître, nous allons mourir » (v. 24). Jacques n’oubliera jamais le regard que Jésus avait posé sur eux à ce moment précis. Ses yeux étaient à la fois pleins de puissance et parfaitement sereins. Aucune trace de crainte. Repoussant la couverture, il se mit debout sur le pont arrière.

Jacques eut alors peur de le voir projeté par-dessus bord et il tendit la main pour le retenir juste au moment où Jésus s’écria d’une voix forte : « Silence ! Tais-toi ! » (Marc 4.39). À peine ces mots avaient franchi ses lèvres que le vent avait complètement disparu ! L’arrêt soudain de ce mugissement avait quelque chose de surnaturel. Les vagues s’étaient immédiatement calmées. Les disciples étaient restés coulés sur place, fixant incrédules la mer, puis le ciel, et s’interrogeant les uns les autres du regard.

L’attention de Jésus s’attarda un moment sur les falaises qui longeaient la rive occidentale. Puis son regard s’arrêta sur chaque disciple, et il leur demanda : « Où est votre foi ? ». Ses yeux avaient croisé ceux de Jacques quand il avait prononcé le mot « foi ». Maintenant, appuyé sur le bateau, Jacques ruminait cette question dans sa tête. « Où est votre foi ? »

Au départ, Jacques avait pris cette question comme un reproche. N’avait-il pas confiance en Dieu ? Bien sûr que si ! Et pourtant, la tempête avait montré que toute la confiance dont il pouvait faire preuve quand tout allait bien n’était finalement qu’une foi des beaux jours. Le vent avait tout emporté. Il se sentit repris et un profond sentiment d’humilité l’envahissait. Mais plus Jacques songeait à cette question, plus cela le tourmentait : « Où est votre foi ? ». Où ?

Ma foi est dans ce que je vois. Ma foi est dans ce que je ressens. Quand la tempête frappe, je crois ce que voient les yeux, je crois les sensations que ressent ma peau. Je crois aux forces violentes qui agitent le bateau comme une coquille de noix. Je crois les histoires que me racontait mon père. Je crois aux tragédies qui sont imprimées dans ma mémoire. Je crois à la puissance de la tempête, parce que les tempêtes tuent les hommes. Est-ce mal de croire en tout cela ?

Jusqu’à présent, ce n’était pour moi qu’une question de bon sens. Mais Jésus venait de tout changer. Jacques regarda à nouveau Jésus qui dormait. Il ressemblait en tout point au Jésus qui dormait lorsque la tempête faisait rage. Mais au cœur de la tempête, qu’est-ce qui paraissait être plus puissant ? C’est ce que ses yeux pouvaient voir. Mais qu’est-ce qui en réalité était plus puissant ?

D’un seul mot, Jésus avait fermé la gueule de cette tempête meurtrière. Jacques sentit à nouveau la crainte l’envahir. Mais c’était une autre crainte. Il se demanda : « Qui est donc cet homme ? » (v.25). Alors qu’il fixait à nouveau ses regards sur la surface de l’eau, les mots du psalmiste lui vinrent à l’esprit : « Oui, je sais que l’Éternel est grand, que notre Seigneur surpasse tous les dieux. Tout ce que l’Éternel veut, il le fait, dans le ciel et sur la terre, dans les mers et dans tous les abîmes. » (Psaume 135.5-6)

Ce récit est inspiré des Évangiles. C’est un extrait d’un livre de méditation qui s’intitule « Où est ta foi », de Jon Bloom (éditions BLF).

L’auteur nous fait vivre les évènements du point de vue des disciples. Je trouve intéressant d’essayer de se mettre à la place d’un témoin oculaire. En imaginant la scène, certains détails du texte sont mis en évidence alors que si on lisait simplement le texte on passerait probablement moins de temps sur les petits détails.

Avant d’aller plus loin, je vous propose de lire le récit biblique (traduction S21) et je vous invite à être attentifs à chaque détail. Souvent, on se concentre sur Jésus qui dort et sur la tempête apaisée, mais en fait, pratiquement tous les détails dans le texte ont quelque chose à nous apprendre.

22 Un jour, Jésus monta dans une barque avec ses disciples. Il leur dit: «Passons sur l’autre rive du lac.» Et ils partirent.
23 Pendant qu’ils naviguaient, Jésus s’endormit. Un tourbillon s’abattit sur le lac, la barque se remplissait d’eau et ils étaient en danger.
24 Ils s’approchèrent et le réveillèrent en disant: «Maître, maître, nous allons mourir.» Il se réveilla et menaça le vent et les flots. Ceux-ci s’apaisèrent et il y eut un calme plat.
25 Puis il leur dit: «Où est votre foi?» Saisis de frayeur et d’étonnement, ils se dirent les uns aux autres: «Qui est donc cet homme? Il donne des ordres même au vent et à l’eau, et ils lui obéissent!»
26 Ils abordèrent dans le pays des Gadaréniens, qui est vis-à-vis de la Galilée.

Les disciples avaient vraiment de quoi être inquiets ! Voici ce que l’on vient de lire au verset 23 : « la barque se remplissait d’eau et ils étaient en danger ».

Ce ne sont pas que les disciples qui le disent, c’est le narrateur, c’est une affirmation : les disciples étaient en danger. Si vous étiez dans la barque, vous seriez certainement en train de vous dire que vous n’avez plus que quelques instants à vivre. Pourquoi ?

Parce que l’on fait confiance en ce que l’on voit. Les disciples voyaient la tempête se déchainer, ils voyaient l’eau remplir le bateau. La suite logique, c’était la noyade. Si dans la vie nous nous inquiétons, c’est justement parce que l’on se fie à ce que l’on voit et à ce que l’on vit réellement.

Actuellement, beaucoup d’inquiétudes sont liées à la pandémie qui touche actuellement tous les continents de la terre. Nous n’étions pas du tout préparés à l’attaque de ce virus. Soudainement, nous nous rendons compte que nous sommes vulnérables et potentiellement atteignables. Lié à cette pandémie, il peut aussi y avoir la crainte de la mort, la crainte de l’inconnu, la crainte de l’avenir économique, la crainte des dégâts de ce virus dans tous les domaines. Nous pouvons aussi avoir d’autres craintes sans même parler de ce virus, que ce soit dans le domaine de la famille, de la santé ou du travail. Peut-être que vous vous dites en ce moment : je n’aurais pas dû lire cette prédication si c’est que l’on me rappelle ce qui ne va pas ! Rassurez-vous, je vais bientôt passer à des choses plus réjouissantes.

Je ne veux pas vous démoraliser, je veux juste relever que si l’on ne fait confiance qu’à ce que l’on voit, alors on aurait de quoi déprimer. Si nous regardons la vie avec un regard purement humain, alors la vie pourrait être angoissante. Les disciples se sont inquiétés parce qu’ils ont regardé leur situation avec un regard humain. Ils ont fait confiance en ce qu’ils voyaient. Mais Jésus nous invite à voir la vie autrement. Autrement dit, ne croyez pas que ce que vous voyez.

Les disciples ont vu les eaux en train de les engloutir, mais ils n’avaient pas pris en compte un autre paramètre. C’est que Jésus est souverain, il est tout-puissant. Jésus est plus puissant que la tempête. Tout ce que nous voyons est bien réel, mais Jésus peut retourner n’importe quelle situation de manière tout aussi réelle. Dans le bateau, les disciples avaient de quoi être inquiets, mais ils auraient pu dormir, parce que Jésus est plus puissant que n’importe quelle tempête.

Je ne suis pas en train de dire que rien de mauvais ne peut arriver au chrétien. Dans la vie présente, nous sommes tous vulnérables, autant les uns que les autres. Il est même dit dans la Bible que le chrétien marche sur un chemin étroit et rocailleux, et il peut être exposé à des difficultés à cause de sa foi, tout comme le Christ. Mais avec Jésus, notre rapport à l’inquiétude devrait être différent.

Dans la barque, Jésus dormait, et cette situation devait leur paraître complètement incongrue. Mais  il dormait parce qu’il n’était pas inquiet. Il savait qu’il pouvait stopper la tempête. Ce récit nous invite à voir la vie autrement. Jésus peut changer les situations qui nous paraissent inchangeables. C’est une invitation à mettre notre foi en lui. Jésus a posé cette question aux disciples : « où est votre foi ? » Autrement dit : « Votre foi est-elle en ce que vous voyez ? Ou est-elle en moi ? »

Souvent, on résume les Évangiles en disant que Jésus nous sauve de la mort, et c’est vrai. La mort ne doit pas nous inquiéter parce que si nous faisons confiance en Jésus, nous savons que nous ressusciterons et que nous irons au ciel. Mais l’Évangile ne concerne pas seulement le futur. Elle concerne aussi la vie présente. Elle concerne la journée d’aujourd’hui, elle concerne la nouvelle semaine qui arrive.

Nous avons des sujets d’inquiétude, mais Jésus est souverain dans cette situation, alors faisons-lui confiance. Pour terminer, j’aimerais attirer votre attention sur un détail qui me semble avoir son importance.

Conclusion

Relisons le verset 22 : 22 Un jour, Jésus monta dans une barque avec ses disciples. Il leur dit: «Passons sur l’autre rive du lac.» Et ils partirent.

Avez-vous remarqué ? Jésus a dit aux disciples : « passons sur l’autre rive [du lac] ».

Regardons maintenant le dernier verset, le verset 26 : 26 Ils abordèrent dans le pays des Gadaréniens, qui est vis-à-vis de la Galilée.

Jésus a dit : « passons sur l’autre rive » et c’est bien ce qui est arrivé, ils ont abordé sur l’autre rive. Entre temps il y a eu des dangers, ils ont cru qu’ils allaient mourir. Mais ils sont bien arrivés à destination, tout comme Jésus leur a annoncé.

Nous ne savons pas ce que Dieu prévoit pour notre avenir à chacun. Mais soyons certains que quoiqu’il arrive dans notre vie, si nous faisons route avec Jésus, le maître de la nature et de l’univers, alors nous arriverons à la destination qu’il a prévue.

Nous pouvons traverser des dangers. Au cours de notre vie, des tas de choses peuvent nous inquiéter, nous effrayer et nous angoisser. Mais lorsque Jésus dit : passons sur l’autre rive, alors nous arriverons sur l’autre rive.

Mettons notre foi en celui qui domine sur toute situation. Le Dieu souverain est à nos côtés, celui qui calme les tempêtes, celui qui tient notre vie entre ses mains, celui qui nous apporte la paix dans l’épreuve.

Prière

Notre Père, merci, car tu nous invites à ne pas mettre notre foi uniquement dans ce que nous voyons autour de nous. Tu nous invites à avoir foi en toi. Toi qui domines sur la nature, toi qui domines sur toutes choses, toi qui as de beaux projets pour nous.

Merci, car tu ne nous caches pas que la vie ici-bas est semée de difficulté, mais tu es là, avec nous, pendant ces difficultés.

Notre Père, nous te prions encore pour cette situation de crise mondiale. Que ta Gloire resplendisse dans cette situation, ainsi que ta grâce et ton amour.

Amen

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