Qui est Jésus ? (Luc 5.12-26)

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À travers des épisodes de la vie de Jésus, l’auteur de l’Évangile selon Luc, veut montrer au lecteur qui est Jésus, mais pas seulement. Il veut aussi montrer quelle relation Jésus  souhaite avoir avec nous, quel regard il porte sur nous, quel appel il nous adresse.

Ce que je trouve intéressant, c’est que la Bible n’est pas réduite à une liste de commandements, mais elle contient beaucoup de récits, beaucoup d’histoire de personnages, beaucoup de dialogues, car nous pouvons comprendre qui est Jésus en regardant comment il se comporte avec les malades, les personnes éprouvées, les riches, avec les représentants religieux ou avec une foule.

Le texte que je vous propose de lire ce matin se trouve dans l’Évangile selon Luc, au chapitre 5 versets 12 à 26. Ce passage fait partie d’une série que nous avons commencée depuis plusieurs mois déjà.

12 Alors que Jésus était dans une des villes, un homme couvert de lèpre le vit, tomba le visage contre terre et lui adressa cette prière: «Seigneur, si tu le veux, tu peux me rendre pur.»
13 Jésus tendit la main, le toucha et dit: «Je le veux, sois pur.» Aussitôt la lèpre le quitta. 14 Puis Jésus lui ordonna de n’en parler à personne. «Mais, dit-il, va te montrer au prêtre et offre pour ta purification ce que Moïse a prescrit, afin que cela leur serve de témoignage.»
15 On parlait de plus en plus de lui et les gens venaient en foule pour l’entendre et pour être guéris [par lui] de leurs maladies.
16 Mais lui, il se retirait dans les déserts et priait.

17 Un jour, Jésus enseignait. Des pharisiens et des professeurs de la loi, venus de tous les villages de la Galilée, de la Judée et de Jérusalem, étaient assis là et la puissance du Seigneur se manifestait par des guérisons.
18 Et voici que des hommes qui portaient un paralysé sur une civière cherchaient à le faire entrer et à le placer devant Jésus.
19 Comme ils n’avaient pas trouvé moyen de l’introduire à cause de la foule, ils montèrent sur le toit et, par une ouverture, ils le descendirent sur sa civière au milieu de l’assemblée, devant Jésus.
20 Voyant leur foi, Jésus dit: «Mon ami, tes péchés te sont pardonnés.»
21 Les spécialistes de la loi et les pharisiens se mirent à raisonner et à dire: «Qui est cet homme qui profère des blasphèmes? Qui peut pardonner les péchés, si ce n’est Dieu seul?»
22 Jésus connaissait leurs pensées; il prit la parole et leur dit: «Pourquoi raisonnez-vous ainsi dans vos coeurs?
23 Qu’est-ce qui est le plus facile à dire: ‘Tes péchés [te] sont pardonnés’, ou: ‘Lève-toi et marche’?
24 Afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés, je te l’ordonne – dit-il au paralysé -, lève-toi, prends ta civière et rentre chez toi.»
25 Celui-ci se leva immédiatement en leur présence, prit la civière sur laquelle il était couché et rentra chez lui en rendant gloire à Dieu.
26 Tous étaient dans l’étonnement et célébraient la gloire de Dieu; remplis de crainte, ils disaient: «Nous avons vu aujourd’hui des choses extraordinaires.»

Ce texte contient en fait deux récits, mais ils ont des points communs. L’auteur, Luc, aime bien mettre des récits par binômes. Parfois ils semblent ne pas avoir de lien, mais lorsque l’on creuse un peu, les récits se complètent et apportent des enseignements en commun.

Dans notre texte, il y a deux guérisons. La guérison du lépreux puis la guérison de l’homme paralytique. C’est déjà un point commun évident.

Ce qui peut être intéressant, c’est de voir les circonstances dans lesquelles Jésus guérit. De ce côté, il semble y avoir des différences, mais aussi des points communs.

Commençons par regarder les rapports entre Jésus et les malades, en commençant par le lépreux.

1. Jésus et les malades

Au temps de Jésus, la lèpre était une maladie assez répandue, elle faisait des ravages. Il s’agit d’une maladie qui affecte la peau et le système nerveux. On ne savait pas comment la guérir. Certains malades ont pu voir leur état s’améliorer, mais les guérisons totales étaient rares.

Les lépreux sont couverts de plaies. Comme c’est une maladie contagieuse, on isolait les malades, ils avaient peu de lien avec la société.

On imagine que lorsque le lépreux a vu Jésus, il a dû avoir une poussée d’adrénaline. Il avait l’espérance que Jésus pouvait le guérir.

Il tombe le visage contre terre et lui adresse cette prière : «Seigneur, si tu le veux, tu peux me rendre pur.»

Ce geste de tomber le visage contre terre est une marque d’humilité. Ce lépreux supplie Jésus de le guérir. Il ne pose pas la question : Jésus, peux-tu me guérir ? Il parle avec assurance : «Seigneur, si tu le veux, tu peux me rendre pur.»

Il affirme que Jésus est capable de le guérir s’il le veut. C’est une confession de foi. C’est avec confiance que ce lépreux supplie Jésus.

On note aussi que même s’il est affirmatif et confiant, il ne donne pas d’ordre à Jésus, comme si Jésus était à ses ordres, comme si Jésus était un outil magique.

Sa prière est confiante, car il confesse que Jésus peut le guérir s’il le veut. Cela sous-entend que Jésus pourrait ne pas le guérir s’il ne le veut pas. Dans tous les cas, il ne remet pas en cause la capacité de Jésus à guérir.

Que fait Jésus ? Il répond : je le veux, et il le guérit.

Lorsque Jésus accomplit un miracle ou une délivrance, ce n’est pas parce qu’on le lui ordonne ou parce que l’on a fait quelque chose pour le mériter. Lorsque Jésus agit en notre faveur, c’est parce qu’il l’a voulu.

Nous pouvons tout de même mentionner la foi du lépreux dans cette histoire. C’est par la foi qu’il a supplié Jésus.

La foi ne garantit pas que Jésus répond favorablement à toutes nos demandes, car Jésus répond comme il le veut. En revanche, la foi ouvre la porte à l’action du Seigneur.

Intéressons-nous maintenant au paralytique.

Les amis du paralytique souhaitent l’amener à Jésus. Le texte ne nous dit pas exactement pourquoi, mais l’on devine que c’est pour demander la guérison. Cependant, ils font face à un obstacle : la foule.

On imagine qu’ils ont dû essayer de forcer le passage. Mais la foule devait être grande et peu de gens voulaient bien laisser leur place.

Confrontés à cet obstacle, ils ne se résignent pas, ils décident de passer par le toit. Les maisons de l’époque avaient un toit plat et on pouvait y accéder par un escalier. Grâce à une ouverture, ils ont pu faire descendre le malade juste devant Jésus.

Lorsque le paralytique arrive en bas, Jésus est impressionné par la foi de ces hommes.

Le texte ne mentionne pas la foi d’un seul homme, mais de plusieurs, il voit leur foi, celle du paralytique et celle de ses amis.

Ce passage est l’un des textes qui me montre que la communauté chrétienne, les frères et sœurs dans la foi, lorsqu’ils s’unissent dans l’intercession, cela a de l’importance pour Dieu. La prière personnelle est importante, et la prière communautaire l’est aussi.

En voyant leur foi, Jésus prononce le pardon des péchés pour le paralytique.

La plupart des gens attendaient certainement de voir une guérison, mais au lieu de cela, Jésus pardonne ses péchés.

Avant de voir un paralysé qui a besoin de marcher à nouveau, Jésus a d’abord vu en cet homme un pécheur qui a besoin du pardon de Dieu.

Jésus connaît nos besoins mieux que nous-mêmes.

Parfois nous venons à Dieu avec des demandes et il ne nous exauce pas exactement comme nous l’avons demandé. En fait, il ne nous donne pas toujours ce dont nous pensons avoir besoin, mais il nous donne ce dont nous avons réellement besoin.

Si Jésus avait demandé au paralytique ce qu’il voulait, il aurait probablement répondu : « je veux marcher et pouvoir bouger. »

Mais Jésus ne pose pas la question.

Jésus ne laisse pas à l’homme l’occasion d’exprimer ce dont il a besoin. Il sait déjà ce dont il a le plus besoin : le pardon des péchés, pour être en paix avec Dieu.

Cette démarche de Jésus peut nous choquer, en tout cas cela m’a interpellé, parce que le paralytique est considéré avant tout comme un pécheur avant d’être considéré comme une victime.

Qu’a-t-il pu faire de mal ? Il ne pouvait pas être violent, il ne pouvait pas voler, il ne pouvait pas faire grand-chose.

Il était plutôt victime d’une maladie, il était plus à plaindre qu’à être présenté comme un pécheur.

Pourtant, Jésus le considère comme un pécheur qui a besoin d’être pardonné.

Il voit un malade arriver devant lui et lui accorde le pardon des péchés, car avant d’être un paralytique, il est un pécheur.

Je crois qu’il faut aussi revoir notre conception de ce qu’est un pécheur. Un pécheur n’est pas forcément une personne sans aucune morale. Selon la Bible, un pécheur est une personne qui ne marche pas selon le plan de Dieu.

Pécher signifie manquer la cible.

Lorsque la direction que je choisis pour ma vie est différente de la direction que Dieu a prévue pour moi, je rate la cible, je pèche.

Adam et Ève ont mangé un fruit alors que ce n’était pas la volonté de Dieu, ainsi ils ont péché.

On peut donc pratiquer beaucoup de bien autour de nous, tout en ratant la vocation pour laquelle Dieu nous a créés, celle qui est de lui rendre gloire. Dans ce cas, nous avons besoin qu’il pardonne notre manquement, notre péché.

Le paralytique, bien que victime, bien que dans l’incapacité de faire du mal, avait bien besoin du pardon des péchés.

Comme pour le lépreux, la foi de celui-ci a ouvert la porte à l’action de Jésus. Ses péchés ont été pardonnés. Ce qui suscite une vive réaction intérieure des représentants religieux.

Regardons donc maintenant les rapports entre Jésus et les représentants religieux.

2. Jésus et les représentants religieux

Dans le premier récit, avec le lépreux, les pharisiens et les spécialistes de la loi ne sont pas mentionnés. En revanche, Jésus dit une parole qui pourrait faire référence à ces personnes.

Lorsqu’il guérit l’homme malade, Jésus lui ordonne de n’en parler à personne. Et en même temps, il lui dit : « va te montrer au prêtre et offre pour ta purification ce que Moïse a prescrit, afin que cela leur serve de témoignage.»

Dans la loi de Moïse, lorsqu’un lépreux était guéri, il devait aller voir le prêtre pour offrir des sacrifices. Ensuite, le prêtre validait sa guérison et il le déclarait pur. Par ce moyen l’homme guéri était officiellement réintégré dans la société, il était déconfiné, car il n’est plus contagieux.

Jésus demande simplement à l’homme guéri d’obéir aux lois juives de l’époque. Mais il ajoute : « afin que cela leur serve de témoignage ».

Que cela sert de témoignage à qui ?

Il lui demande d’aller voir un seul prêtre, mais cela leur servira de témoignage, il parle de plusieurs personnes. Il doit certainement parler des autorités religieuses, des représentants religieux.

Et quel est ce témoignage ? On peut faire trois hypothèses principales.

Premièrement, Jésus pourrait faire référence à la guérison : le témoignage serait donc un témoignage de guérison de la part de Jésus. Mais cela n’est pas très cohérent avec sa demande de n’en parler à personne. À moins qu’il veuille mettre au courant seulement les chefs religieux.

Deuxièmement, Jésus pourrait faire référence au fait qu’il respecte la loi. Dans ce cas, il montre aux autorités religieuses qu’il suit la loi de Moïse.

Troisièmement, Jésus pourrait faire référence à lui-même. La Bible Semeur traduit le verset 14 ainsi : « Il lui recommanda de ne dire à personne ce qui lui était arrivé. Mais, lui dit-il, va te faire examiner par le prêtre et, pour ta purification, offre ce que Moïse a prescrit. Cela leur prouvera qui je suis. »

Et dans cette Bible, les autres compréhensions possibles sont indiquées dans une note.

Personnellement, je pense qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre ces trois manières de comprendre la phrase, mais si nous regardons le contexte, notamment le récit suivant, il se pourrait que la Bible Semeur ait choisi une option très plausible, en traduisant ainsi : « cela leur prouvera qui je suis. »

Ainsi, Jésus donne des indices aux autorités religieuses, afin qu’ils se demandent : qui est Jésus ? Est-ce le messie ?

Cela nous amène au deuxième récit. Relisons les versets 21 à 24 :

[Après avoir pardonné les péchés du paralytique], les spécialistes de la loi et les pharisiens se mirent à raisonner et à dire: «Qui est cet homme qui profère des blasphèmes? Qui peut pardonner les péchés, si ce n’est Dieu seul?»

22 Jésus connaissait leurs pensées; il prit la parole et leur dit: «Pourquoi raisonnez-vous ainsi dans vos coeurs?
23 Qu’est-ce qui est le plus facile à dire: ‘Tes péchés [te] sont pardonnés’, ou: ‘Lève-toi et marche’?
24 Afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés, je te l’ordonne – dit-il au paralysé -, lève-toi, prends ta civière et rentre chez toi.»

Jésus guérit le paralytique pour quelle raison ? Pour leur prouver qui il est au verset 24.

« Afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés. »

Le fils de l’homme est une expression que Jésus utilise pour parler de lui en tant qu’envoyé de Dieu.

Il me semble que notre texte de ce matin, qui contient deux récits de guérison, a pour but principal de nous interpeller sur cette question : qui est Jésus ?

Qui est cet homme qui guérit sur une simple parole ? Qui est cet homme qui pardonne les péchés ?

La foule est dans ce questionnement.

Intéressons-nous donc maintenant à la réaction de cette foule, ce sera mon troisième point et en même temps ma conclusion.

3. Le rapport entre Jésus et la foule

Dans les deux récits, on a l’impression que la foule est gênante.

Relisons ce qui se passe après la guérison du lépreux à partir du verset 15 :

« On parlait de plus en plus de lui et les gens venaient en foule pour l’entendre et pour être guéris par lui de leurs maladies. Mais lui, il se retirait dans les déserts et priait. »

Au lieu de profiter de sa célébrité pour montrer sa gloire aux foules, il se retire à l’écart pour prier, comme si la foule le gênait.

Et dans le deuxième récit, la foule est gênante, car elle ne laisse pas passer le paralytique.

Ce que l’on peut dire, c’est que Jésus a un juste rapport avec la foule. Il ne profite pas de sa renommée pour avoir la main mise sur une foule.

De nos jours les célébrités cherchent à avoir toujours plus de fans. Les youtubeurs veulent toujours plus d’abonnés. Les Églises peuvent aussi être tentées de faire du chiffre pour une certaine satisfaction, ne tombons pas dans ce piège.

Jésus, lui, ne s’intéresse pas à la foule en tant que telle, mais à chaque personne qui se trouve dans la foule.

C’est pour cela qu’il se retire souvent pour prier, c’est pour cela qu’il enseigne à la foule, c’est pour cela qu’il s’intéresse au lépreux, au paralytique et à ses amis, aux chefs religieux, pour toucher chaque personne de manière personnelle.

Qui est Jésus ?

Nous ne sommes pas appelés à répondre en théorie, mais à prendre position personnellement, car c’est une relation individuelle qu’il souhaite avoir avec nous.

Tout comme le lépreux qui est tombé à genoux devant Jésus, tout comme le paralytique et ses amis qui ont persévéré pour arriver au Christ, nous aussi, cherchons toujours à être proches de Jésus et à lui remettre notre vie.

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