De Babel à la Pentecôte (Genèse 11.1-9 et Actes 2.1-11)

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Avez-vous déjà essayé de parler à des gens qui ne parlent pas la même langue que vous ? Le peu de fois que j’ai essayé, le résultat n’était pas terrible. Même lorsque l’on parle la même langue, on a parfois du mal à se comprendre !

Je me souviens d’une anecdote lorsque j’étais pasteur dans le Gard, c’était en 2013. J’étais impliqué dans un groupe de louange jeunesse inter-Églises. Ils organisaient des soirées « fever », des soirées « fièvre » en français, pour dire qu’ils sont bouillants pour Dieu. C’était des soirées de louange dynamiques avec prière et témoignages.

Lors de la semaine de prière universelle qui a lieu tous les ans au mois de janvier, ce groupe de jeunes inter-Églises a été sollicité pour organiser une soirée de louange et prière commune pour toutes les Églises protestantes et évangéliques de Nîmes.

En pastorale, les pasteurs ont demandé que les chants choisis reflètent la diversité des générations, qu’il y ait des chants nouveaux, appréciés par les jeunes, et des chants plus anciens, pour que les anciens s’y retrouvent.

J’ai donc envoyé un mail à tout le groupe pour leur demander de choisir les chants avec ce critère bien précis.

Mon rôle était plutôt d’accompagner les jeunes plutôt que de faire les choses à leur place.

Vient le moment de la soirée de louange. Les jeunes musiciens et chanteurs se retrouvent dans la salle pour répéter au moins deux heures avant. Je regarde la liste des chants choisis et je ne vois aucun chant ancien.

Alors je leur demande : où sont les chants anciens ?

L’une des jeunes me répond : « mais il y en a plein des chants anciens, regarde, il y a par exemple Mon ancre et ma voile. »

Pour info, ce chant est dans le recueil JEM 3, sorti au début des années 2000.

Sur le coup j’ai tellement été surpris que je n’ai rien dit, je me suis juste dit qu’on ne s’était pas bien compris. Ensuite, j’ai regardé la date de composition de ce chant, il date de 2003.

Pour cette jeune, un chant de 2003 était un chant ancien, moi ça faisait juste 2 ans que je connaissais ce chant.

Mais effectivement, si elle avait 18 ans en 2013, en 2003 elle avait 8 ans. Lorsque l’on a 18 ans et que l’on chante un chant que l’on connaît depuis ses 8 ans, on chante un chant ancien.

Tout cela pour dire que nous parlions la même langue, mais nous n’avions pas du tout pu nous comprendre. Finalement ce n’était pas grave du tout et la soirée s’est très bien passée. Mais cette anecdote m’a marqué.

Les différences de langage ne se trouvent pas seulement entre des langues différentes, elle se trouve aussi entre des cultures différentes et des générations différentes.

Si dans la même langue, se comprendre est déjà difficile, cette difficulté est encore plus grande lorsque la langue est différente !

Lors de la Pentecôte racontée dans le Nouveau Testament, l’Esprit de Dieu est descendu sur les disciples de Jésus. Ces disciples se sont mis à parler en d’autres langues, afin que toutes les nations représentées à Jérusalem puissent entendre parler de Dieu dans leur langue maternelle.

Le jour de la Pentecôte, Dieu a montré qu’il voulait s’adresser à toutes les nations, chacune dans leur culture et dans leur langue.

La fête de la Pentecôte commémore le don du Saint-Esprit, mais il faut noter que le Saint-Esprit est avant tout donné en vue du témoignage. Le Saint-Esprit est donné pour que les chrétiens témoignent de Jésus de manière compréhensible pour l’auditoire.

Lisons le livre des Actes des apôtres et commençons par le premier chapitre, versets 4 à 8 :

4 Alors qu’il se trouvait en leur compagnie, il leur recommanda de ne pas s’éloigner de Jérusalem, mais d’attendre ce que le Père avait promis, «ce que je vous ai annoncé, leur dit-il,
5, car Jean a baptisé d’eau, mais vous, dans peu de jours, vous serez baptisés du Saint-Esprit.»
6 Alors que les apôtres étaient réunis, ils lui demandèrent: «Seigneur, est-ce à ce moment-là que tu rétabliras le royaume pour Israël?»
7 Il leur répondit: «Ce n’est pas à vous de connaître les temps ou les moments que le Père a fixés de sa propre autorité.
8 Mais vous recevrez une puissance lorsque le Saint-Esprit viendra sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre.»

Jésus annonce aux disciples qu’ils recevront une puissance et quand le Saint-Esprit viendra, ils seront ses témoins. L’un des rôles du Saint-Esprit, c’est de nous rendre témoins des œuvres de Jésus.

Regardons maintenant le texte qui raconte la venue du Saint-Esprit. C’est toujours dans le livre des Actes, au chapitre2, les versets 1 à 11.

1 Quand le jour de la Pentecôte arriva, ils étaient tous ensemble au même endroit.
2 Tout à coup il vint du ciel un bruit comme celui d’un vent violent, qui remplit toute la maison où ils étaient assis.
3 Des langues qui semblaient de feu leur apparurent, séparées les unes des autres, et elles se posèrent sur chacun d’eux.
4 Ils furent tous remplis du Saint-Esprit et se mirent à parler en d’autres langues, comme l’Esprit leur donnait de s’exprimer. 5 Or il y avait en séjour à Jérusalem des Juifs, hommes pieux venus de toutes les nations qui sont sous le ciel.

6 A ce bruit, ils accoururent en foule, et ils furent stupéfaits parce que chacun les entendait parler dans sa propre langue.
7 Ils étaient [tous] remplis d’étonnement et d’admiration et ils se disaient [les uns aux autres]: «Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous galiléens?
8 Comment se fait-il donc que nous les entendions chacun dans notre propre langue, notre langue maternelle?
9 Parthes, Mèdes, Elamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée, de la Cappadoce, du Pont, de l’Asie, 10 de la Phrygie, de la Pamphylie, de l’Egypte, du territoire de la Libye voisine de Cyrène et résidents venus de Rome, Juifs de naissance ou par conversion,
11 Crétois et Arabes, nous les entendons parler dans notre langue des merveilles de Dieu!» 

À l’époque de Jésus, la langue la plus parlée en Palestine était l’araméen, une langue qui ressemble beaucoup à l’hébreux. C’est très certainement dans cette langue que Jésus et ses disciples parlaient.

À cette même époque, les Juifs étaient dispersés dans les territoires autour d’Israël. Ils avaient été déplacés au fil des siècles par leurs colonisateurs, notamment par les Babyloniens.

C’est ce qui explique au verset 9 la mention des Juifs venus d’ailleurs et parlant d’autres langues.

Quand le Saint-Esprit est descendu sur les disciples, ils se sont mis à parler des merveilles de Dieu dans toutes les langues représentées à Jérusalem.

Cet épisode fait écho à au moins trois autres histoires.

Premièrement, la Pentecôte fait écho à l’histoire de la tour de Babel.

Je vous propose de lire ce récit dans le livre de la Genèse, chapitre 11, versets 1 à 9.

1 Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots.
2 Après avoir quitté l’est, ils trouvèrent une plaine dans le pays de Shinear et s’y installèrent. 3 Ils se dirent l’un à l’autre: «Allons! Faisons des briques et cuisons-les au feu!» La brique leur servit de pierre, et le bitume de ciment. 4 Ils dirent encore: «Allons! Construisons-nous une ville et une tour dont le sommet touche le ciel et faisons-nous un nom afin de ne pas être dispersés sur toute la surface de la terre.»
5 L’Eternel descendit pour voir la ville et la tour que construisaient les hommes,
6 et il dit: «Les voici qui forment un seul peuple et ont tous une même langue, et voilà ce qu’ils ont entrepris! Maintenant, rien ne les retiendra de faire tout ce qu’ils ont projeté.

7 Allons! Descendons et là brouillons leur langage afin qu’ils ne se comprennent plus mutuellement.»
8 L’Eternel les dispersa loin de là sur toute la surface de la terre. Alors ils arrêtèrent de construire la ville. 9 C’est pourquoi on l’appela Babel: parce que c’est là que l’Eternel brouilla le langage de toute la terre et c’est de là qu’il les dispersa sur toute la surface de la terre.

Cette histoire se situe après le déluge au temps de Noé. Lorsque Dieu a créé les êtres humains, il leur a donné comme mission d’être les représentants de Dieu sur terre, de prendre soin de la création, de se multiplier et de remplir la terre.

Mais voilà qu’au lieu de se disperser et d’honorer Dieu, les hommes construisent une ville pour ne pas se séparer. Et par-dessus tout, ils se mettent à construire une tour en leur honneur.

Cette entreprise va à l’encontre du projet de Dieu. Au lieu de mettre Dieu en avant dans leur vie, ils mettent leur propre gloire en avant. Le fait de construire une tour qui attendra le ciel, c’est une manière de dire : « regardez de quoi nous sommes capables, nous êtres humains. Notre science et notre technologie sont tellement élaborées que nous n’avons plus besoin de Dieu. Nous nous suffisons à nous-mêmes. »

Cela me rappelle étrangement l’attitude de notre société au XXIe siècle…

Malgré la grandeur de la tour, le texte précise que Dieu est obligé de descendre du ciel pour la voir. Et afin de mettre fin à ce projet orgueilleux, il brouille la langue des hommes, de sorte qu’il n’y ait plus une seule, mais plusieurs langues.

Dans ce récit, nous constatons que l’être humain est orgueilleux. Il veut sans cesse montrer qu’il est fort, puissant et qu’il peut se passer de Dieu.

À Babel, Dieu a exercé un jugement envers les humains. À cause de leur orgueil, ils seront divisés au niveau de la communication. La langue sera pour eux une barrière. Ils ne pourront plus comploter aussi facilement contre Dieu.

Lors de la Pentecôte, Dieu a commencé à rétablir d’une certaine manière l’unité entre les peuples. Il a ôté les divisions qui existaient à cause des langues.

Et surtout : Dieu a fait en sorte que les merveilles de Dieu puissent être racontées à toutes les cultures et en toutes les langues représentées à Jérusalem.

La Pentecôte est le signe d’une réconciliation rendue possible. Réconciliation entre Dieu et l’humanité et réconciliation entre les hommes.

La deuxième histoire qui rappelle la Pentecôte est celle d’Abraham.

Abraham est l’ancêtre des Juifs. Dieu l’a appelé à quitter son pays et sa famille afin de former un nouveau peuple. Ce peuple sera le témoin des merveilles de Dieu pour toutes les nations.

Voici le texte de l’appel d’Abraham, il se trouve en Genèse 12, versets 1 à 3 :

1 L’Eternel dit à Abram: « Quitte ton pays, ta patrie et ta famille et va dans le pays que je te montrerai.
2 Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai ton nom grand et tu seras une source de bénédiction.
3 Je bénirai ceux qui te béniront et je maudirai ceux qui te maudiront, et toutes les familles de la terre seront bénies en toi.»

Dieu fait une promesse à Abraham qui s’étend à toutes les nations.

Abraham donnera naissance à un peuple nombreux, et ce peuple sera une bénédiction pour tous les autres peuples.

À la Pentecôte, ce sont des juifs, qui ont reçu le Saint-Esprit. Ce sont eux qui ont annoncé les merveilles de Dieu dans toutes les langues.

Les fondateurs de l’Église sont des descendants d’Abraham.

La Pentecôte marque le début de la réalisation des promesses de Dieu faites à Abraham concernant toutes les nations.

Il y a un schéma qui se reproduit dans le plan de Dieu.

Il y a d’abord la création. L’être humain reçoit la mission de peupler toute la terre et d’honorer Dieu.

Ensuite il y a la chute, la rébellion. L’homme désobéit, il se montre orgueilleux. L’harmonie est brisée entre Dieu et l’humanité et au sein de l’humanité même.

Ensuite, nous avons la promesse de Dieu. Il a le projet de rétablir l’harmonie brisée. Il en fait la promesse à Abraham : « toutes les nations seront bénies. »

Enfin, il y a la réalisation de la promesse. Le salut offert à tous. Lors de la Pentecôte, Jésus envoie le Saint-Esprit afin que ses disciples témoignent des merveilles de Dieu à toutes les cultures. Autrement dit, les disciples sont appelés à témoigner du pardon de Dieu, pardon qui rend possible la réconciliation entre Dieu et l’humanité.

La troisième histoire qui est un écho de la Pentecôte, c’est votre histoire, c’est notre histoire.

Dans la Bible, il est dit que le Saint-Esprit est donné à celui qui fait de Jésus son maître. Si vous avez foi en lui, alors vous avez reçu le Saint-Esprit.

Voici ce que l’apôtre Paul a écrit : « personne ne peut dire: «Jésus est le Seigneur!» si ce n’est par le Saint-Esprit ».

Si vous confessez que Jésus est votre Seigneur, alors le Saint-Esprit est en vous.

Le Saint-Esprit fait de nous des témoins de Jésus. Il nous aide à parler des merveilles de Dieu.

Il arrive encore que des personnes parlent d’autres langues sous l’action de l’Esprit. J’ai entendu plusieurs témoignages impressionnants à ce sujet.

Mais le don des langues n’est pas le seul don du Saint-Esprit. Dieu nous attribue à tous des dons en vue du témoignage.

N’ayons pas peur de témoigner de ce dont Jésus fait dans nos vies, le Saint-Esprit nous aidera à en parler.

Il me semble que le récit de la Pentecôte nous invite à faire attention à la manière dont nous communiquons l’Évangile : pendant les cultes, pendant nos rencontres en semaines et dans nos conversations avec notre famille, nos amis et notre entourage.

Dans les Églises nous avons tendance à parler une langue qui s’appelle « le patois de Canaan ». Canaan est le territoire où Moïse a amené les Juifs après leur sortie d’Égypte, c’est dans cette région que Jésus a exercé son ministère.

Selon ce patois, nous adorons un agneau immolé qui a versé son sang, parce que son sang nous purifie. Cet agneau siège sur un trône. Cet agneau, c’est aussi un lion, appelé lion de Juda, qui reviendra à la fin de la période eschatologique.

(J’exagère un peu pour illustrer mon propos.)

J’ai remarqué que dans notre Église il y avait cette volonté et cette intention d’être accessible à tous. Nous avons commencé les cultes d’invitation, les cultes portes ouvertes, avec le souci de témoigner de notre foi de manière compréhensible par le plus grand nombre.

Continuons donc cette dynamique et faisons attention au patois de Canaan, même entre nous, et avec nos enfants, ce n’est pas dit qu’ils comprennent ce langage, même s’ils sont capables d’utiliser ce même vocabulaire.

Si l’on regarde bien le récit de la Pentecôte, être témoin des merveilles de Dieu, c’est parler des merveilles de Dieu dans un langage compréhensible par nos auditeurs.

Dieu vous a probablement donné un don similaire, même s’il ne s’agit pas forcément d’une autre langue au sens ethnique.

Il y a peut-être des gens avec qui vous accrochez, avec qui vous avez une affinité et avec qui vous vous comprenez bien quand vous discutez. Dieu vous a donné le don de pouvoir leur témoigner de votre foi avec leur langage.

Cette proximité peut être due à un même arrière-plan, une même logique de pensée, une même culture, une même génération, un même centre d’intérêt.

J’aimerais conclure par une dernière anecdote.

Conclusion

J’avais environ 20 ans et j’étais animateur d’une colonie de vacances avec la Ligue pour la lecture de la Bible. Nous étions responsables de jeunes entre 11 et 13 ans.

Un soir, on devait organiser une soirée d’enquête, les jeunes devaient enquêter sur un vol, ils devaient interroger des témoins et découvrir le coupable. La scène finale devait se passer avec le chef du FBI, mais nous n’avions pas assez d’animateurs pour jouer tous les rôles.

Alors nous avions demandé à un jeune de 16 ans qui n’était pas animateur, mais il était bénévole pour le ménage et la vaisselle, il était là avec sa mère qui était codirectrice.

Il a gentiment accepté de jouer le chef du FBI. Nous lui avions demandé de bien s’habiller pour jouer ce rôle.

Imaginez dans votre esprit comment devrait être habillé un homme « bien habillé ».

Il devait quand même jouer le chef du FBI.

Il est allé dans sa chambre pour se changer, et quand il en est sorti, il portait un sweat-shirt Adidas rouge tout neuf avec capuche. Un pantalon jogging Adidas rouge assorti avec son haut. Des baskets toutes neuves qu’il avait probablement mises de côté pour une soirée dansante, ainsi qu’une chaine brillante autour du cou et des lunettes de soleil.

C’était le chef du FBI, bien habillé.

Manifestement, derrière l’expression « bien habillé », il ne visualise pas la même chose que moi. Je pensais plutôt à une chemise, a minima, et idéalement un costume cravate.

Je raconte cette anecdote pour mettre en évidence que derrière les mêmes mots, nous ne comprenons pas toujours la même chose que nos interlocuteurs, car nous ne sommes peut-être pas de la même génération, du même arrière-plan, nous n’avons pas eu la même éducation, nous n’avons pas grandi dans les mêmes quartiers.

Cela n’empêche en rien le témoignage auprès d’eux, c’est le Saint-Esprit qui nous inspire.

Mais les gens qui font partie de notre réseau, de nos fréquentations personnelles, sont d’autant plus des personnes que nous pouvons rejoindre, car nous avons des points communs et nous pouvons mieux les toucher que d’autres.

Que Dieu nous donne la sagesse, le discernement et les paroles pour annoncer ses merveilles.

Nous ne sommes pas témoins juste par notre comportement, mais aussi par nos paroles, des paroles qui racontent ce que Dieu fait dans notre vie.

Que l’Esprit de Dieu soit à l’œuvre dans notre Église et dans notre vie, afin que nous parlions de ses merveilles autour de nous. Que le Saint-Esprit nous aide à parler d’une manière qui touche notre famille, nos amis, notre quartier, nos voisins, notre entourage.

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