
Que dit la Bible ? C’est une question que les croyants de posent, souvent pour résoudre une question morale ou éthique.
C’est une question légitime et honorable. En tant que chrétiens, nous voulons respecter l’enseignement de Dieu pour notre vie. Il nous a créé et il connait mieux que nous le mode d’emploi pour que tout fonctionne au mieux.
Pendant ses années de ministère, Jésus a beaucoup enseigné, c’était son activité principale. Il a donc beaucoup parlé de la Bible, de la Torah plus précisément, qui contient les écrits des prophètes.
Jésus a beaucoup enseigné, et il l’a toujours fait de manière décalée, dans le sens où son regard était surprenant, voire choquant.
D’une part, avec les plus religieux, les plus obéissants à la loi de Moïse, ceux qui respectaient le mieux les traditions, Jésus était sévère. Il dénonçait la dureté de leur cœur, leur incapacité à prendre du recul ou à se remettre en question.
D’autre part, avec les personnes éloignées de la foi juive, et même avec les personnes non fréquentables, Jésus était plus attentionné, il prenait même parfois leur défense.
Ainsi, Jésus enseigne, mais son enseignement dérange, parce qu’il choque et il nous amène souvent à l’opposé de là où l’on se trouve.
Comme Jésus dérangeait l’ordre religieux établi, les responsables religieux, et en particulier les pharisiens, lui tendaient souvent des pièges en public, pour le décrédibiliser, pour lui faire perdre sa notoriété.
Pour mettre mal à l’aise un enseignant de la Bible, en général, on connait les questions à poser. On connait plus ou moins les questions sensibles, les sujets tabous, les sujets qui divisent. Ces sujets concernent surtout les questions éthiques.
Ce matin nous allons aborder un texte où Jésus est confronté à l’une de ces questions sensibles, à savoir : le divorce.
Je vous invite à lire le texte dans l’Évangile selon Marc, chapitre 10, versets 1 à 12. Nous poursuivons simplement notre série de prédications sur l’Évangile selon Marc.
1 Jésus partit de là et se rendit dans le territoire de la Judée, de l’autre côté du Jourdain. La foule se rassembla de nouveau près de lui et, conformément à son habitude, il se mit encore à l’enseigner.
2 Les pharisiens l’abordèrent et, pour lui tendre un piège, ils lui demandèrent s’il est permis à un homme de divorcer de sa femme.
3 Il leur répondit: «Que vous a prescrit Moïse?» 4 «Moïse, dirent-ils, nous a permis d’écrire une lettre de divorce et de renvoyer notre femme.»
5 Jésus leur dit: «C’est à cause de la dureté de votre coeur que Moïse vous a donné cette règle.
6 Mais au commencement de la création, Dieu a fait l’homme et la femme;
7 c’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère [et s’attachera à sa femme],
8 et les deux ne feront qu’un. Ainsi, ils ne sont plus deux mais ne font qu’un. 9 Que l’homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni.»
10 Lorsqu’ils furent dans la maison, les disciples l’interrogèrent encore là-dessus. 11 Il leur dit: «Celui qui renvoie sa femme et qui en épouse une autre commet un adultère envers elle, 12 et si une femme divorce de son mari et en épouse un autre, elle commet un adultère.»
Les sujets concernant le divorce et le remariage évoqués dans ce texte font particulièrement appel à nos émotions, car ils touchent à la relation conjugale. Ils concernent donc un sujet intime même si l’on n’est pas forcément directement concerné.
Ces sujets font probablement écho à des situations que nous connaissons, ils soulèvent même peut-être une situation personnelle.
Si j’étais pharisien et que je voulais piéger Jésus, je serais assez fier de moi d’aborder une question si complexe et explosive. De plus, c’est un sujet que la loi de Moïse traite en partie, Jésus lui-même le soulève.
Mon premier point concerne justement le regard que les pharisiens ont sur la loi de Moïse.
[1. La loi, c’est la loi ? ]
Les pharisiens posent la question suivante à Jésus : est-il permis à un homme de divorcer de sa femme ?
Comme on l’a dit, cette question est sensible, parce qu’elle fait appel à des situations personnelles. Mais en plus, elle fait appel à un texte de Moïse et à l’interprétation très débattue de ce texte.
Mais avant d’aller plus loin, il serait utile de préciser qu’à l’époque de Jésus, le verbe apoluo traduit par « divorcer » n’a pas exactement la même signification qu’aujourd’hui.
Le verbe grec apoluo désigne plutôt la répudiation. En résumé, répudier, c’est renvoyer.
Alors que le divorce est une procédure juridique pour dissoudre un mariage, avec des effets sur les deux conjoints, la répudiation est un acte unilatéral par lequel l’époux renvoie son épouse.
La loi de Moïse parle de répudiation. Il s’agit du verset du livre de Deutéronome chapitre 24, verset 1 :
« Lorsqu’un homme a pris et épousé une femme qui viendrait à ne pas trouver grâce à ses yeux parce qu’il a découvert en elle quelque chose de honteux, il écrit pour elle une lettre de divorce et, après la lui avoir remise, la renvoie de chez lui. »
Chez les juifs, la question qui a fait débat pendant longtemps est la suivante : pour quel motif un homme peut-il répudier sa femme ?
Le texte du Deutéronome parle de quelque chose de honteux, mais qu’est-ce qui est honteux ?
Dans l’histoire du judaïsme, certains, comme le maître Shammaï, ont défendu que la chose honteuse était forcément quelque chose de très grave, qui porte atteinte à la relation, comme une faute sexuelle.
D’autres interprètent de manière plus souple, comme le maître Hillel. Il semblerait même qu’un plat brulé pouvait être considéré comme honteux et motif légitime de répudiation.
Un peu plus tard, une autre école, celle de Rabbi Akiva, défendait même qu’un homme pouvait répudier sa femme s’il en trouvait une plus belle selon lui.
Et si l’on veut ajouter de la complexité, le verset du Deutéronome qui est cité fait partie d’une phrase plus longue et il semble bien que le sujet de la loi concerne une question plus large que la répudiation.
Je ne sais pas si les pharisiens voulaient raviver tous ces débats, cela nous importe peu. Ils voulaient surtout tendre un piège à Jésus. J’ai évoqué ces différentes lectures pour montrer la diversité d’interprétation qu’il pouvait y avoir à l’époque de Jésus.
Quoique Jésus réponde, il se serait fait passer soit pour un conservateur rigide, soit pour un progressiste libéral sans morale.
Jésus retourne la question aux pharisiens en leur demandant : « Que vous a prescrit Moïse ? »
On peut remarquer une nuance intéressante dans les termes utilisés.
Alors que les pharisiens demandent : qu’est-il permis ?
Jésus demande : qu’est-il prescrit ?
Les pharisiens cherchent ce qui est permis, ils cherchent la limite, jusqu’où peuvent-ils aller. Autrement dit, ils demandent ce qu’ils ont le droit de faire ou pas.
Jésus les renvoie non pas à ce qui est permis, mais à ce qui est prescrit, ce qui est commandé. Autrement dit, il les renvoie à leur devoir.
Les pharisiens cherchent à connaître leur droit. Jésus leur demande : quel est votre devoir ?
C’est déjà un premier enseignement pour nous.
Lorsque nous nous demandons : est-ce permis ? Cela révèle parfois un certain égocentrisme. Nous sommes intéressés par nous-mêmes, par ce que nous pouvons faire, nos droits.
Jésus nous invite à déplacer notre regard, et à nous demander : à quoi Dieu m’appelle-t-il ? Au lieu de chercher les limites, Jésus me demande de chercher le but à atteindre.
C’est ce qui se confirme dans la suite de la discussion.
Les pharisiens ont cité Moïse, qui a transmis une loi où il est question d’un homme qui répudie sa femme pour un motif honteux.
Mais Jésus leur répond que si Dieu a permis la répudiation sous certaines conditions, c’est à cause du cœur endurci des êtres humains.
C’est mon deuxième point :
[2. La loi est donnée à cause de la dureté du cœur humain]
À l’origine, Dieu avait créé l’homme et la femme afin qu’ils s’unissent pour la vie.
Et Jésus ajoute au verset 9 : « Que l’homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni ».
Entre un homme et une femme, l’union harmonieuse, engagée et durable, c’est ce qui était prévu à l’origine et c’est cela qui doit être visé.
Mais nous vivons dans un monde où l’idéal n’est pas toujours atteignable.
Après la création de l’homme et la femme dans le livre de la Genèse, assez rapidement, le mal survient et c’est la chute. L’homme et la femme désobéissent à Dieu dans le jardin d’Eden, ils mangent du fruit défendu, leur cœur s’est corrompu, leur relation est brouillée.
C’est dans ce monde-là que nous vivons, un monde où l’humanité a tourné le dos à Dieu.
Dans ces conditions et dans ce contexte, l’idéal n’est pas toujours atteignable, parce que notre cœur est endurci, parce que la violence existe, ainsi que l’égoïsme, le manque de bienveillance et l’incapacité à pardonner. Parce que nous n’arrivons pas à aimer comme il se doit.
Malheureusement, il existe donc une distance entre l’idéal que Dieu attend de nous, et ce qui est atteignable tant que nous vivons dans un corps pêcheur, sur une terre où règne le mal.
En tant qu’enfants de Dieu, notre objectif est de rendre cette distance nulle, c’est le travail de toute une vie. C’est ce à quoi Dieu nous appelle.
Est-ce possible ? Nous en parlerons dans quelques instants.
Ce que Jésus nous enseigne ici, c’est que la loi a été donnée à cause du cœur endurci de l’être humain.
Puisque le peuple de Dieu n’arrive pas à vivre pleinement les valeurs du Royaume de Dieu, Moïse a reçu des lois qui tiennent compte cette incapacité. Dans ses commandements, Dieu lui-même prend en compte cette distance entre l’idéal et le réalisable ici-bas.
Par exemple, sur la question de la répudiation, Dieu a constaté que cela se pratiquait déjà, alors il a légiféré sur cette pratique, afin de protéger les plus défavorisés, en l’occurrence les femmes.
En effet, sans attestation de divorce, la femme n’avait plus de statut juridique. Elle ne pouvait même pas se remarier.
Ce qui est intéressant à relever dans notre texte, c’est que Jésus s’adresse directement aux pharisiens, il leur dit au verset 5 : « C’est à cause de la dureté de votre cœur que Moïse vous a donné cette règle. »
Jésus ne dit pas : à cause de la dureté du cœur des humains, ou du cœur des autres, ou du cœur des pécheurs.
Il dit bien : votre cœur.
Cette parole, nous sommes appelés à la recevoir chacun personnellement, sans quoi, nous ne pouvons pas nous remettre en question.
C’est le cœur de tout être humain qui est endurci. Certains sont certainement plus endurcis que d’autres, mais nous sommes tous dans le même bateau, et la première personne que Dieu m’invite à changer, c’est moi-même.
Maintenant que nous avons fait le constat que l’être humain a un cœur endurcit et que nous avons beaucoup de mal à vivre des relations harmonieuses et fidèles, que faire ?
Il y a de quoi déprimer.
Mais Jésus est justement venu sur terre pour changer la donne. J’arrive à mon 3e et dernier point :
[3. De la loi à la grâce]
Si Jésus nous montre l’idéal, mais que notre cœur est incapable de l’atteindre, à quoi bon ?
Si Dieu nous appelle à aimer, à pardonner, à rester fidèles, à construire des relations durables, alors que nous sommes pécheurs et que nous échouons régulièrement, est-ce que nous ne sommes pas condamnés à constater notre échec avec tristesse ?
Mais Jésus est justement venu sur terre pour changer la donne.
Jésus ne vient pas simplement nous rappeler la loi. Il vient nous faire passer de la loi à la grâce.
Regardons bien ce qu’il fait dans ce passage. Les pharisiens lui demandent : « Qu’est-ce qui est permis ? » Jésus les ramène à l’intention originelle de Dieu. Il ne diminue pas l’idéal pour le rendre plus facile. Au contraire, il le place encore plus haut.
« Que l’homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni. »
Jésus ne nous dit pas : « Puisque votre cœur est endurci, contentez-vous de ce qui est possible. »
Il nous dit plutôt : « Voilà ce que Dieu désire. Voilà l’objectif. Voilà vers quoi vous êtes appelés à avancer. »
Et c’est là que la grâce devient indispensable.
Parce que si Jésus nous montre l’idéal sans nous donner les moyens d’y tendre, alors son enseignement devient une condamnation.
Mais Jésus ne nous laisse pas seuls face à cet idéal.
Jésus nous donne son Esprit.
Dans l’Ancien Testament déjà, les prophètes avaient annoncé que Dieu ferait quelque chose de nouveau dans le cœur de son peuple. Ézéchiel, par exemple, rapporte cette promesse de Dieu :
26 Je vous donnerai un cœur nouveau et je mettrai en vous un esprit nouveau. Je retirerai de votre corps le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair.
27 C’est mon Esprit que je mettrai en vous. Ainsi, je vous ferai suivre mes prescriptions, garder et respecter mes règles. (36.26-27)
C’est exactement ce que Jésus est venu accomplir.
La grâce, ce n’est pas Dieu qui baisse ses exigences.
La grâce, c’est Dieu qui vient nous transformer pour que nous puissions progressivement vivre selon ses exigences.
Parfois, nous pouvons avoir une conception de la grâce qui ressemble plutôt à ceci :
« Dieu sait que je suis imparfait, alors ce n’est pas grave si je n’y arrive pas. »
Mais la grâce ne dit pas : « Ce n’est pas grave, reste comme tu es. »
La grâce nous dit que Dieu va travailler en nous pour nous amener là où il veut.
La grâce ne supprime pas l’idéal. Elle rend le chemin vers l’idéal possible.
Jésus peut nous dire : « Aimez vos ennemis », parce qu’il veut réellement faire de nous des personnes capables d’aimer nos ennemis.
Il peut nous dire : « Pardonnez », parce qu’il veut réellement transformer notre cœur pour que nous devenions capables de pardonner.
Il peut nous appeler à la fidélité, à la patience, à la douceur, au renoncement, au service, parce qu’il ne se contente pas de nous déclarer pardonnés : il veut aussi nous transformer.
Et cela ne concerne pas seulement le mariage, cela concerne toutes les relations.
Mais il faut faire attention à une chose.
Quand nous parlons de l’idéal du mariage, ou de tout autre idéal de fidélité, d’engagement, ou de pardon, nous ne devons pas transformer cet idéal en instrument de condamnation pour celles et ceux qui n’ont pas pu vivre cela.
N’oublions pas non plus que dans une relation, tout ne dépend pas que d’une personne, ce qui rend les relations encore plus compliquées et complexes.
Comme je l’ai dit, nous sommes tous dans le même bateau et chacun est d’abord appelé à s’examiner soi-même. Jésus a bien dit aux pharisiens : « votre » cœur endurci, et non pas celui des autres.
J’arrive à la conclusion.
[Conclusion]
Nous avons vu que Jésus ne baisse pas les exigences de Dieu. Il nous rappelle ce que Dieu veut pour nos relations. Mais il nous montre aussi que le problème est plus profond que notre comportement : c’est notre cœur qui est endurci.
C’est justement pour cela que nous avons besoin de Jésus.
La grâce, ce n’est pas Dieu qui nous dit : « Ce n’est pas grave, reste comme tu es. »
Mais ce n’est pas non plus : « Deviens meilleur, et alors Dieu t’accueillera. »
La grâce, c’est Dieu qui nous accueille malgré nos échecs. Il nous pardonne, et il travaille aussi dans notre cœur pour nous transformer.
C’est ce que Dieu avait promis par Ézéchiel : « Je vous donnerai un cœur nouveau et je mettrai en vous un esprit nouveau. »
Notre espoir n’est pas d’avoir un cœur suffisamment bon pour réussir à vivre parfaitement selon la volonté de Dieu. Notre espoir, c’est Jésus.
Nous avons tous besoin de sa grâce.
Quelques versets plus loin, dans ce même chapitre, Jésus dira :
« Aux hommes cela est impossible, mais non à Dieu, car tout est possible à Dieu.»
Marc 10.27
Cette parole résume bien ce que nous venons de voir.
Par nous-mêmes, nous n’y arrivons pas. Mais Dieu peut agir.
Il peut pardonner.
Il peut relever.
Il peut changer un cœur.
Alors, au lieu de demander seulement : « Qu’est-ce qui est permis ? », demandons-nous :
« Seigneur, qu’est-ce que tu désires pour moi ? Et comment veux-tu transformer mon cœur pour que je puisse le vivre ? »
