Savoir ne suffit pas (Marc 10.13-31)

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Vous est-il déjà arrivé de savoir ce qu’il faut faire, mais de ne pas le faire ? Ou vice-versa : de savoir ce qu’il ne faut pas faire, mais vous le faites quand même ?

Voici quelques exemples :

Vous savez qu’il n’est pas raisonnable de grignoter entre les repas, mais vous prenez quand même un paquet de chips, un paquet de biscuits ou un pot de glace devant la télé.

Vous savez que ce n’est pas bon pour le sommeil de regarder des écrans, juste avant de dormir, mais vous le faites quand même.

Vous savez que c’est le moment d’aller voir le dentiste, mais vous tardez à prendre rendez-vous.

Vous savez que Dieu nous demande d’être bon et patient envers tout le monde, y compris ceux qui nous agacent, mais vous n’y arrivez pas.

Ces exemples nous montrent qu’il ne suffit pas de savoir pour agir en conséquence. Le texte que nous allons lire ce matin, en sera encore un exemple.

Nous continuons notre série de prédications sur l’Évangile selon Marc, et nous arrivons au chapitre 10, versets 13 à 31.

13 Des gens lui amenaient des petits enfants afin qu’il les touche, mais les disciples leur firent des reproches.
14 Voyant cela, Jésus fut indigné et leur dit: «Laissez les petits enfants venir à moi et ne les en empêchez pas, car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent.
15 Je vous le dis en vérité: celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu comme un petit enfant n’y entrera pas.»

16 Puis il les prit dans ses bras et les bénit en posant les mains sur eux. 17 Comme Jésus se mettait en chemin, un homme accourut et se jeta à genoux devant lui: «Bon maître, lui demanda-t-il, que dois-je faire pour hériter de la vie éternelle?»
18 Jésus lui dit: «Pourquoi m’appelles-tu bon ? Personne n’est bon, si ce n’est Dieu seul. 19 Tu connais les commandements: Tu ne commettras pas d’adultère; tu ne commettras pas de meurtre; tu ne commettras pas de vol; tu ne porteras pas de faux témoignage ; tu ne feras de tort à personne; honore ton père et ta mère.»

20 Il lui répondit: «Maître, j’ai respecté tous ces commandements dès ma jeunesse.»
21 L’ayant regardé, Jésus l’aima, et il lui dit: «Il te manque une chose: va vendre tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, et suis-moi.»
22 Mais l’homme s’assombrit à cette parole et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens.

23 Regardant autour de lui, Jésus dit à ses disciples: «Qu’il est difficile à ceux qui ont des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu!»
24 Les disciples furent effrayés de ce que Jésus parlait ainsi. Il reprit: «Mes enfants, qu’il est difficile [à ceux qui se confient dans les richesses] d’entrer dans le royaume de Dieu!
25 Il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu.»

26 Les disciples furent encore plus étonnés et se dirent les uns aux autres: «Qui donc peut être sauvé?»
27 Jésus les regarda et dit: «Aux hommes cela est impossible, mais non à Dieu, car tout est possible à Dieu.»
28 Alors Pierre lui dit: «Nous avons tout quitté et nous t’avons suivi.»

29 Jésus répondit: «Je vous le dis en vérité, personne n’aura quitté à cause de moi et à cause de la bonne nouvelle sa maison ou ses frères, ses soeurs, sa mère, son père, [sa femme,] ses enfants ou ses terres,
30 sans recevoir au centuple, dans le temps présent, des maisons, des frères, des soeurs, des mères, des enfants et des terres, avec des persécutions et, dans le monde à venir, la vie éternelle.
31 Bien des premiers seront les derniers et bien des derniers seront les premiers.»

Ce récit contient trois scènes principales. Et dans chaque scène, le narrateur nous décrit des émotions.

Dans la première scène, avec les enfants, Jésus est indigné. Dans la deuxième scène, avec l’homme riche, Jésus éprouve de l’amour pour celui-ci, il est dit que Jésus l’aima. Et dans la troisième scène, lorsque les disciples questionnent Jésus, on nous dit que les disciples furent effrayés.

Je vous propose de prendre ces scènes les unes après les autres. Premièrement, Jésus fut indigné.

[1. Jésus fut indigné]

Relisons les versets 13 et 14 :

13 Des gens lui amenaient des petits enfants afin qu’il les touche, mais les disciples leur firent des reproches.
14 Voyant cela, Jésus fut indigné et leur dit: «Laissez les petits enfants venir à moi et ne les en empêchez pas, car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent.

Le verbe indigner est un verbe très fort pour décrire l’émotion de Jésus. Il est en colère, scandalisé, révolté face à l’attitude des disciples.

Qu’ont-ils fait de si scandaleux ? Ils ont fait des reproches et empêché les gens d’amener des enfants à Jésus.

Pourquoi cette attitude provoque tant d’indignation ?

À mon avis, si Jésus réagit de manière si vive, c’est parce qu’il venait de dire à ses disciples qu’ils devaient accueillir les enfants. Remettons le texte dans son contexte.

Juste au chapitre précédent, les disciples se demandent entre eux qui est le plus grand.

Jésus leur répond, chapitre 9 verset 35 : « Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. »

Ensuite, il prend un enfant, le place au centre, et il leur dit au verset 36 : « Celui qui accueille en mon nom un de ces petits enfants, c’est moi-même qu’il accueille, et celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais celui qui m’a envoyé. »

Jésus demande aux disciples d’être serviteurs de tous, et il prend comme exemple un enfant, parce qu’à son époque, les enfants étaient considérées comme des personnes sans importance.

Jésus leur dit : si vous voulez être grands à mes yeux, soyez au service des personnes les plus insignifiantes. Apprenez par exemple à accueillir les enfants.

Un peu plus tard, les gens amènent leurs enfants à Jésus, pour qu’il les bénisse. Et que font les disciples ? Ils leur font des reproches et les empêchent de venir à lui.

Les disciples avaient entendu Jésus leur demander d’accueillir les enfants. Ils avaient l’information, ils savaient, mais il ne l’ont pas fait. Au contraire, ils ont empêché les enfants.

Dans le royaume de Dieu, le plus grand, c’est le plus petit, c’est la personne la plus insignifiante.

Souvent, les personnes que l’on considère comme insignifiantes sont les personnes que la société estime être de trop. Elles sont inutiles, elles dérangent, elles ne devraient pas être là, elles ne sont pas à leur place à nos côtés.

C’est ainsi que les disciples voyaient les enfants, malgré la recommandation de Jésus qui leur demandait de les accueillir.

Pourquoi les disciples ont eu du mal à mettre en pratique cette exhortation de Jésus ? Parce que leur vision du monde était ancrée en eux. Un simple enseignement, même venant de Jésus, n’était pas suffisant pour les faire changer.

Cela nous renvoie à notre propre incapacité à changer.

Nous avons beau savoir ce que Dieu attend de nous. Nous avons beau savoir ce qui est bon et bien. Nous pouvons même enseigner la Bonne Parole. Mais en fin de compte, ne pas la mettre en pratique.

Parce que le problème ce n’est pas seulement notre cerveau, ce n’est pas seulement notre intelligence, c’est notre cœur, c’est ce qui est ancré en nous depuis longtemps. C’est notre vision du monde, notre vision des autres et nos habitudes.

Alors, comment laisser la parole de Dieu nous changer ? La suite du texte nous le révèle petit à petit.

En attendant, continuons avec les paroles de Jésus dans notre chapitre 10 versets 14 et 15 :

14 Laissez les petits enfants venir à moi et ne les en empêchez pas, car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent.
15 Je vous le dis en vérité: celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu comme un petit enfant n’y entrera pas.

Que signifie ressembler à un enfant ? Il ne s’agit pas d’être innocent comme un enfant, parce qu’un enfant n’est pas si innocent que cela.

Ce que Jésus veut mettre en avant, c’est ce que nous disions. L’enfant, à l’époque, était considéré comme insignifiant par la société, et il est également dépendant des parents. Il n’est pas autonome, il ne pourvoit pas encore à ses propres besoins.

Accueillir le royaume de Dieu comme un enfant, c’est accueillir le royaume tout en sachant que nous n’y sommes pour rien. Nous sommes simplement dépendants du Père, nous n’avons rien fait pour le mériter, mais nous le recevons comme un cadeau, une grâce imméritée.

Jésus nous invite à ressembler à des enfants dans ce sens. Apprenons à nous reposer entièrement sur lui et en lui. Nous savons que nous n’avons pas à nous inquiéter, car Dieu tient notre avenir entre ses mains. Alors, recevons simplement sa grâce et sa promesse de faire concourir toutes choses au bien de ceux qui l’aiment.

Passons à la scène suivante, où il est dit que :

[2. Jésus aima l’homme riche]

Ce deuxième récit est directement dans la continuité du premier. Dans les deux textes, Jésus enseigne comment entrer dans le royaume de Dieu. Et dans les deux scènes, les personnes concernées n’arrivent pas à mettre en pratique ce que Jésus demande.

L’homme riche demande à Jésus au verset 17 : « Bon maître (…) que dois-je faire pour hériter de la vie éternelle ? »

Jésus commence par lui dresser une liste de tout ce qu’il est bon de faire, et l’homme riche affirme qu’il met tout cela en pratique. Il devait être assez satisfait de lui et penser qu’il était bon élève.

Mais voici la suite au verset 21 :

L’ayant regardé, Jésus l’aima, et il lui dit: «Il te manque une chose: va vendre tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, et suis-moi.»

Avant de nous intéresser à la demande de Jésus, arrêtons-nous d’abord sur ce détail frappant au début du verset : « L’ayant regardé, Jésus l’aima ».

Dans la scène précédente, il est dit que Jésus voit les disciples et il fut indigné.

Ici, il regarde l’homme, et il l’aima.

Jésus n’aime pas cet homme parce qu’il aurait réussi à faire tout ce que Dieu lui demande. Jésus ne l’aime pas parce qu’il est meilleur que les autres.

Il l’aime, tout simplement, avant même que cet homme ait fait quoi que ce soit de plus.

Avant de lui dire ce qui lui manque, Jésus le regarde et il l’aime. Jésus ne lui demande pas de changer pour pouvoir ensuite l’aimer.

Il l’aime, et parce qu’il l’aime, il lui montre ce qui l’empêche de le suivre.

Ce qui l’empêche de le suivre, c’est l’attachement à ses richesses. La demande de Jésus n’est pas une demande générale pour tout le monde. Ce n’est pas un enseignement sur la richesse, c’est un enseignement sur les priorités.

Chez cet homme, Jésus a mis le doigt sur ce qui l’empêche de le suivre.

L’homme riche est plus attaché à ses richesses qu’à Jésus, il n’est pas prêt à abandonner l’un pour suivre l’autre.

Y a-t-il des choses dans notre vie qui prennent la place de Dieu ? Nous avons tous un Dieu, ou des dieux, quels sont-ils ? Y a-t-il des choses qui nous empêchent de suivre Jésus ?

Parce que Jésus nous aime, il nous demande de nous en défaire, non pas pour nous punir ou nous flageller, mais pour nous permettre d’être libres, libres nous reposer entièrement sur Jésus, comme un enfant se repose sur ses parents.

C’est ce que Jésus nous demande par amour pour nous. Et ce n’est pas parce que je vous en parle que j’arrive toujours à le mettre en pratique.

C’est d’ailleurs un thème commun aux deux textes : l’homme sait ce qu’il doit faire, mais il ne le fait pas. Les disciples savaient que les enfants insignifiants étaient importants aux yeux de Dieu, mais ils les ont empêchés.

Et nous, nous lisons la Bible régulièrement, nous venons au culte, nous entendons la Parole de Dieu, mais qu’en est-il de la cohérence entre ce que nous savons et ce que nous vivons ?

Les disciples prennent conscience de l’exigence du royaume de Dieu. Jésus n’est pas exigent parce qu’il faut faire beaucoup de choses, il est exigeant parce qu’il nous demande de nous abandonner totalement à lui, de lui faire entièrement confiance.

Face à cette prise de conscience, les disciples sont effrayés, c’est mon 3e et dernier point :

[3. Les disciples furent effrayés]

Après le départ de l’homme riche, Jésus dit à ses disciples :

« Qu’il est difficile à ceux qui ont des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! »

Et nous lisons au verset 24 : « Les disciples furent effrayés de ce que Jésus parlait ainsi. »

Pourquoi ont-ils peur ?

Parce qu’ils commencent à comprendre que personne ne peut entrer dans le royaume de Dieu par ses propres forces.

L’homme riche pensait avoir respecté les commandements, mais il découvre qu’il est incapable d’abandonner ce qui prend la place de Dieu dans sa vie.

Les disciples, eux, ont entendu Jésus leur enseigner comment vivre, mais ils n’arrivent pas à mettre ses paroles en pratique.

Alors ils se demandent : si même ceux qui connaissent la volonté de Dieu n’arrivent pas à la faire, qui peut être sauvé ?

Et Jésus répond au verset 27 :

« Aux hommes cela est impossible, mais non à Dieu, car tout est possible à Dieu. »

Voilà la bonne nouvelle.

Nous ne pouvons pas nous sauver nous-mêmes. Nous ne pouvons pas changer notre cœur par nos propres forces.

Nous pouvons savoir ce que Dieu attend de nous, sans pour autant réussir à le mettre en pratique.

Mais ce qui est impossible pour nous est possible pour Dieu.

C’est pour cela que Jésus nous demande d’accueillir le royaume comme un enfant : en reconnaissant notre dépendance, en cessant de croire que nous pouvons y arriver seuls, et en nous abandonnant à lui.

Nous savons beaucoup de choses. Il est important de savoir, il est important d’étudier la Bible, d’enseigner et d’être enseigné. Nous apprenons ainsi à connaître Dieu et sa volonté. Mais savoir ne suffit pas.

Ensuite, Pierre intervient. Il dit à Jésus au verset 28 :

« Nous avons tout quitté et nous t’avons suivi. »

Jésus leur dit que personne n’aura quitté sa maison, sa famille ou ses terres à cause de lui et de la bonne nouvelle, sans recevoir au centuple, dans le temps présent, et dans le monde à venir.

Jésus parle de la nouvelle famille que nous recevons dans le peuple de Dieu. Lorsque nous suivons Jésus, nous ne sommes pas seuls. Nous recevons des frères et des sœurs, des mères et des enfants dans la famille de Dieu.

Jésus ajoute aussi quelque chose que nous aurions peut-être préféré ne pas entendre : « avec des persécutions ».

Suivre Jésus n’est pas toujours facile. Abandonner ce qui nous empêche de le suivre peut nous coûter. Mais Jésus nous promet que ce que nous recevons en lui est bien plus grand que ce que nous pouvons perdre.

Enfin, Jésus conclut :

« Bien des premiers seront les derniers et bien des derniers seront les premiers. »

Encore une fois, Jésus renverse notre manière de voir les choses. Il revient encore à la question des disciples du chapitre 9 : qui est le plus grand ?

Depuis le début de ce passage, il nous parle d’enfants considérés comme insignifiants, d’un homme riche qui ne parvient pas à entrer dans le royaume par ses propres moyens, et de disciples qui découvrent leur propre incapacité.

Dans le royaume de Dieu, nous ne pouvons pas nous présenter devant Dieu en disant : regardez tout ce que j’ai fait. Nous venons simplement comme des enfants, dépendants du Père.

[Conclusion]

Pour conclure, ce texte enseigne que savoir ne suffit pas.

Les disciples savaient qu’il fallait accueillir les petits, mais ils les ont empêchés de venir à Jésus.
L’homme riche savait ce qui était bien. Pourtant, lorsqu’il a fallu choisir entre ses richesses et Jésus, il est reparti triste.

La question n’est pas seulement : « Qu’est-ce que je sais ? »
La vraie question est : « Qu’est-ce que je fais de ce que je sais ? »

La Parole de Dieu n’est pas seulement donnée pour remplir notre tête. Elle est donnée pour transformer notre cœur, nos priorités, notre manière de regarder les autres et notre manière de vivre.

Peut-être que ce matin, Dieu met le doigt sur quelque chose dans notre vie. Quelque chose que nous savons déjà.

  • Une attitude à abandonner.
  • Une personne à accueillir.
  • Un pardon à donner ou à demander.
  • Une priorité à remettre à sa place.
  • Une inquiétude à lui confier entièrement.
  • Un pas de foi que nous repoussons.

Nous pouvons toujours trouver de bonnes raisons de ne pas le faire. Nous pouvons continuer à écouter, à apprendre, à réfléchir, à revenir au culte dimanche après dimanche.

Mais savoir ne suffit pas. C’est là que la Bonne Nouvelle intervient.

Car lorsque les disciples comprennent qu’ils sont incapables d’entrer dans le royaume par leurs propres forces, ils demandent : « Qui donc peut être sauvé ? »

Et Jésus répond : « Aux hommes cela est impossible, mais non à Dieu. »

Le chrétien n’est pas celui qui a appris suffisamment de choses pour réussir à vivre comme Dieu le demande. C’est celui qui reconnaît son incapacité et qui apprend à dépendre de Jésus.

Alors, ne repartons pas seulement de ce culte avec quelque chose de plus dans la tête. Demandons à Dieu que sa Parole et son Esprit transforment notre cœur.

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