C’est la rentrée ! (Luc 9.51-62)

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Cette semaine, c’était la rentrée des classes. Beaucoup d’entre nous ne sont pas concernés, car nous avons, pour la plupart, terminé notre scolarité. Cependant, de manière indirecte, nous avons tout de même vécu une rentrée. En tant que parents, c’est en accompagnant les enfants à l’école et en organisant toute la logistique. Et même sans enfant au foyer, nous voyons plus de monde dans les magasins, le boulanger et le boucher sont revenus, les activités de l’église reprennent petit à petit, nous voyons donc que c’est la rentrée.

En ce qui concerne les enfants, la rentrée est synonyme de nouvelle classe, nouvelle maîtresse ou nouveau maître. Parfois nouvel établissement. Les enfants et les parents se posent plusieurs questions en cette période : qu’est-ce que cette année nous réserve ? Comment est la maîtresse ou le maître ? Est-elle plutôt sympa ou sévère ? Le programme sera-t-il dense ? Y aura-t-il 30 min ou 1h00 de devoir par jour ?

En cette semaine de rentrée, je propose de prendre un texte qui répond à ce genre de questions dans le domaine de la vie spirituelle.

Quelle vie Dieu nous réserve-t-il ? En tant que maître, est-il plutôt sympa ou sévère ? Le programme d’un disciple est-il dense ? D’ailleurs, quel est son programme pour nous ? Y a-t-il des devoirs ? Des exigences ?

Un seul texte de la Bible ne peut pas répondre de manière exhaustive à toutes ces questions, mais Jésus a l’habitude, en quelques phrases, de nous faire réfléchir et de susciter des réactions.

Je propose de lire l’un de ces textes ce matin. Nous ne pourrons pas tout regarder en détail, mais j’espère que les quelques paroles de Jésus dans ce texte continueront de nous accompagner dans les jours qui viennent, nous faire réfléchir et nous transformer.

Il s’agit d’un texte dans l’Évangile selon Luc, au chapitre 9, les versets 51 à 62.

51 Lorsque approchèrent les jours où il devait être enlevé du monde, Jésus prit la décision de se rendre à Jérusalem.
52 Il envoya devant lui des messagers qui se mirent en route et entrèrent dans un village samaritain pour lui préparer un logement.
53, Mais on refusa de l’accueillir parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem.
54 Voyant cela, ses disciples Jacques et Jean dirent: «Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer [comme l’a fait Elie]?»
55 Jésus se tourna vers eux et leur adressa des reproches [en disant: «Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes animés.
56 En effet, le Fils de l’homme n’est pas venu pour perdre les âmes des hommes, mais pour les sauver.»] Et ils allèrent dans un autre village.///

57 Pendant qu’ils étaient en chemin, un homme lui dit: «[Seigneur,] je te suivrai partout où tu iras.»
58 Jésus lui répondit: «Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids, mais le Fils de l’homme n’a pas un endroit où il puisse reposer sa tête.»
59 Il dit à un autre: «Suis-moi.» Il répondit: «Seigneur, permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père.»
60, Mais Jésus lui dit: «Laisse les morts enterrer leurs morts et toi, va annoncer le royaume de Dieu.» 61 Un autre dit: «Je te suivrai, Seigneur, mais permets-moi d’aller d’abord faire mes adieux à ceux de ma maison.» 62 Jésus lui répondit: «Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas fait pour le royaume de Dieu.»

Jésus est-il un maître plutôt sympa ou plutôt sévère ?

Je ne pense pas que cette question soit la plus pertinente.

Il y a des gens qui sont toujours souriants, mais pas toujours bienveillants, pas toujours généreux ni humbles. Et il y a des gens qui semblent être froids et distants, avec un visage sévère, et pourtant plein de gentillesse. Ne nous arrêtons donc pas sur les apparences simplement.

Ce texte montre les intentions de Jésus, il est venu pour sauver, c’est la première partie du texte qui nous dépeint un Jésus bienveillant, avec de belles intentions. Mais Jésus dévoile aussi ce qu’implique l’engagement de le suivre, cela demande un changement de vie complet, c’est plus dur à entendre, car nous n’aimons pas les changements, nous tenons à notre nature humaine, mais c’est pourtant ce qu’il y a de mieux pour nous.

Commençons donc par la première partie du texte, où Jésus dit :

[1. Je ne suis pas venu pour perdre, mais pour sauver]

À l’époque, il existait des ministères itinérants. Les rabbis, c’est-à-dire, les maîtres juifs, avaient des disciples. Ils enseignaient de village en village et ils étaient logés chez l’habitant.

Jésus avait ce type de ministère itinérant. Dans notre texte, il se rendait à Jérusalem et passait par la Samarie. Ses disciples devaient trouver des endroits où loger chez l’habitant.

Sauf que les Samaritains et les Juifs étaient en rivalité, Jésus n’a pas pu être accueilli dans l’un des villages samaritains. Cela provoque certainement une frustration, voire une colère chez les disciples. Ils demandent à Jésus s’ils doivent demander au feu du ciel de venir les consumer.

Jésus les reprend assez sévèrement. Il leur répond notamment ceci au verset 56 : « le Fils de l’homme n’est pas venu pour perdre les âmes des hommes, mais pour les sauver ».

Cette parole de Jésus est très importante. La mission de Jésus n’est pas de perdre, mais de sauver.

Cela nous donne beaucoup d’indications sur la notion de perdition et de salut.

Jésus ne veut pas punir les Samaritains par le feu. Il n’est pas venu faire descendre une sorte de punition sur ceux qui ne le suivent pas.

Depuis le plus jeune âge, on nous éduque avec un système de mérite. On rate un examen, on a une mauvaise note. On réussit, on a une bonne note.

Dans la pensée de beaucoup de gens, et même parmi les chrétiens, Dieu serait pareil. On a une mauvaise vie, Dieu nous jette en enfer. On a une vie assez bonne, Dieu nous amène au paradis.

Ce texte remet complètement en question cette manière de voir les choses qui reste très ancrée dans notre culture.

Jésus est venu non pas pour distribuer des punitions ou des bons points. Il est venu pour sauver.

Cela sous-entend que l’humanité est en train de se perdre. Pour prendre l’image d’un sauvetage en mer, l’humanité est en train de se noyer. Jésus n’est pas venu jeter les gens à l’eau, ils sont déjà dans l’eau. Dieu n’a pas besoin de jeter des gens en enfer, l’humanité est déjà en train de se perdre elle-même.

Voici la définition du mot sauver d’après le Larousse : « Faire échapper un être vivant au risque de mort qu’il encourait. »

Si Jésus est venu, c’est pour nous faire échapper au risque de mort que nous encourons.

« Le Fils de l’homme n’est pas venu pour perdre les âmes des hommes, mais pour les sauver. »

La seule intention de Jésus, c’est de sauver.

C’est avec cette affirmation de Jésus que nous devons lire la suite et toutes les autres paroles de Jésus qui nous semblent dures. Tout ce que Jésus fait, tout ce qu’il dit, c’est pour nous sauver et rien d’autre.

Regardons maintenant la suite. Je propose de commencer par la fin du texte, quand il parle de charrue et du royaume de Dieu, cela va nous aider à un peu mieux cerner son discours.

[2. La charrue et le royaume de Dieu]

Dans la deuxième partie du texte, plusieurs personnes veulent bien suivre Jésus, et Jésus leur répond de manière un peu énigmatique et même un peu dure.

Intéressons-nous à la charrue.

Au verset 61, un homme dit à Jésus : « Je te suivrai, Seigneur, mais permets-moi d’aller d’abord faire mes adieux à ceux de ma maison. »

Et Jésus répond au verset 62 : « Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas fait pour le royaume de Dieu. »

Qu’est-ce que cela signifie ?

La charrue était un outil très important. Elle servait à retourner la terre pour la préparer à recevoir les semences.

La pièce principale de cet outil c’est sa lame. La lame s’enfonce dans la terre et elle est reliée à un ou plusieurs animaux qui tirent la charrue. La terre est retournée là où la lame passe.

Le rôle de l’ouvrier c’est de tenir la charrue et de diriger les animaux pour que la terre soit retournée là où le fermier veut planter ses graines.

Dans la Bible, l’image de l’ouvrier ou du fermier est souvent utilisée pour parler des disciples de Jésus.

Ceux qui mettent la main à la charrue sont ceux qui suivent le Christ.

Dans sa première lettre aux Corinthiens, l’apôtre Paul a dit : J’ai planté, Apollos a arrosé, mais c’est Dieu qui a fait grandir. (1 Co 3.6).

Paul utilise l’image du fermier et dans ce passage, il parle de la construction de l’Église. Pas le bâtiment, mais la communauté. Chaque croyant est un serviteur qui travaille la terre que Dieu lui demande de travailler.

Autre part, Jésus raconte l’histoire d’un homme qui jette des graines sur des terres. Selon les caractéristiques de la terre, la plante peut pousser ou ne pas pousser. C’est l’histoire connue sous le nom de la parabole du semeur.

Il y a encore d’autres passages où Jésus utilise l’image du fermier et de la terre. Par exemple, un jour il a demandé à ses disciples de prier pour que le maître envoie des ouvriers dans sa moisson, parce que la moisson est grande.

Là encore, c’est l’image du cultivateur. Le maître, c’est Dieu. Il envoie des ouvriers pour témoigner de l’amour de Dieu au monde.

Revenons à notre charrue.

Celui qui met la main à la charrue, c’est celui qui travaille pour Dieu et qui proclame sa parole. Le champ, ou la terre, ce sont tous ceux qui sont susceptibles de recevoir la parole de Dieu. C’est notre entourage.

Celui qui met la main à la charrue prépare la terre pour qu’elle reçoive les semences.

Il me semble que cette image de préparer la terre, c’est l’image de celui qui prépare les cœurs à recevoir la parole de Dieu.

Comment est-ce que nous préparons notre entourage à recevoir la parole de Dieu ?

Parfois on veut parler tout de suite de Jésus et voir tout de suite des vies transformées, mais avons-nous préparé le terrain ?

Avant de planter les graines, il faut préparer la terre. Le travail de la charrue, c’est bien de préparer la terre.

Avant d’annoncer la parole de Dieu, il y a un travail de préparation, et ça commence dans notre propre vie. Notre manière de vivre.

Comment parler de l’amour de Dieu si notre manière de vivre de reflète pas cet amour ?

Comment parler d’un homme qui nous demande d’être humbles si nous sommes orgueilleux ?

Comment parler d’un Dieu qui réunit ses enfants dans une même famille, l’Église, si nous sommes divisés ?

Comment parler d’un Dieu qui nous pardonne, si nous ne savons pas pardonner ?

Celui qui devient disciple de Jésus doit mettre la main à la charrue, il doit vivre d’une manière qui honore Dieu.

Aujourd’hui nous vivons dans une société de consommation. On veut bien avoir des droits, mais on n’aime pas les devoirs. On aime bien profiter, mais on n’aime pas s’engager.

Mais le disciple de Jésus est appelé à mettre la main à la charrue. Dieu attend quelque chose de lui.

Attention, l’amour de Dieu ne se mérite pas. Nous n’avons rien à faire pour être reçus par Dieu. La Bible parle d’un Dieu qui nous accueille gratuitement. On appelle cela la grâce.

Dieu pardonne nos fautes. Nous n’avons rien à faire pour qu’il nous aime et qu’il nous pardonne.

Mais ce n’est pas une excuse pour continuer de vivre comme s’il ne nous enseignait pas des valeurs pour notre bien.

Si un enfant abîme son manteau, par exemple s’il casse la fermeture éclair, ses parents chercheront soit à le réparer soit à le remplacer, afin qu’il ait de quoi se couvrir et se protéger du froid. Mais ce n’est pas une raison pour l’enfant négliger ses affaires.

De même, lorsque nous désobéissons  à Dieu et lorsque nous faisons des choses qui ne sont pas bonnes pour nous, Dieu nous accueillera toujours les bras ouverts pour nous pardonner et pour nous montrer le bon chemin. Mais ce n’est pas une raison pour négliger ses enseignements.

Mettre la main à la charrue demande du travail. Et c’est un travail qui est au service de Dieu, puisqu’il prépare la terre.

Mettons la main à la charrue, mais ne regardons pas en arrière.

C’est la deuxième partie de la phrase de Jésus, qu’est-ce que cela signifie ?

Rappelez-vous que dans le contexte, un homme dit à Jésus : je veux te suivre partout où tu iras, mais avant ça je dois aller dire au revoir à ma famille.

Jésus est en train de lui dire que s’il veut le suivre, qu’il n’aille même pas dire au revoir à sa famille. Dans ce cas il ne serait pas digne de le suivre.

Cette parole de Jésus est choquante et à mon avis c’est l’effet que Jésus a voulu provoquer. La Bible n’enseigne-t-elle pas que la famille est importante ? Qu’est-ce qu’il y a de mal à aller dire au revoir à sa famille ?

En fait, Jésus n’a pas reproché à cet homme de vouloir dire au revoir à sa famille. Il a profité de cette conversation pour enseigner une vérité.

Les paroles de Jésus ont l’air dures et fermes, mais c’est justement ce qu’il veut nous faire comprendre.

Suivre Jésus c’est un choix qui implique un vrai changement, une nouvelle vie.

On ne peut pas être enfant de Dieu et continuer intentionnellement de vivre comme si rien n’avait changé.

Celui qui regarde en arrière, c’est celui qui suit Jésus, mais seulement sur les aspects qui l’arrangent. Une part de lui est encore dans l’autre vie.

Mais lorsque nous rencontrons Jésus et que nous décidons de le suivre, c’est un revirement à 180° et non pas à 179,9°.

Les autres réponses de Jésus vont dans ce même sens.

Au verset 58, Jésus fait remarquer qu’il ne cherche pas le confort avant tout.

«Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids, mais le Fils de l’homme n’a pas un endroit où il puisse reposer sa tête.»

La vie avec Jésus, ce n’est pas une retraite au soleil, c’est du travail, on met à la main à la charrue. C’est du travail avec un patron qui veut le meilleur pour tous, c’est donc une joie de travailler pour lui.

Au verset  60, à celui qui veut d’abord aller enterrer son père, Jésus lui répond : «Laisse les morts enterrer leurs morts et toi, va annoncer le royaume de Dieu.»

Je vous avoue que cette parole fait partie de l’une qui me choque le plus dans la Bible et je ne la comprends pas entièrement.

Mais Jésus veut certainement nous faire comprendre qu’après la mort, tout est entre ses mains et non dans les nôtres. Il nous invite donc à proclamer premièrement la vie qu’il nous offre.

 [Conclusion]

Pour conclure, ces paroles de Jésus nous révèlent qui il est : il est le sauveur, il est venu nous sauver parce que nous étions en train de nous perdre.

Le programme qu’il a pour ses disciples, cette année et le reste de notre vie, c’est de nous associer à sa mission de sauvetage. C’est une mission importante et urgente.

Il nous invite à préparer la terre pour que sa parole puisse être semée et germer. Il nous invite à avoir une vie qui reflète son amour, afin que lorsque nous parlons de son amour, les gens comprennent mieux de quoi nous parlons.

Avec Jésus, la rentrée c’est tous les jours. Tous les jours sa bonté se renouvelle et tous les jours nous pouvons vivre cette nouvelle vie et continuer de nous laisser transformer.

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