L’ancien et le nouveau (Luc 5.27-39)

Préférez-vous les choses anciennes ou les nouveautés ? Préférez-vous la tradition ou l’innovation ? À notre époque postmoderne, l’ancien revient à la mode, mais on n’assiste pas à un vrai retour à l’ancien. Par exemple, chez les jeunes générations, le disque vinyle revient à la mode. Les jeunes achètent des lecteurs vinyles et des disques 33 tours, mais ils achètent des modèles d’appareils récents, avec Bluetooth, wifi et lecteur mp3.

On mélange l’ancien et le nouveau. Ou plutôt, on revisite l’ancien en le modernisant. Le groupe Héritage est un exemple type de ce genre de pratique, ils revisitent les chants anciens dans un style plus moderne.

Je prends un autre exemple : pendant un temps, les commerçants ne vendaient plus du tout les Polaroïds, ces appareils photo instantanés, où l’on peut avoir la photo tout de suite après avoir pris le cliché.

Ces appareils reviennent à la mode, mais en version moderne, avec des objectifs plus performants et des batteries nouvelle génération.

Les commerciaux l’ont compris et utilisent souvent des noms anciens pour désigner des nouveaux appareils, et cela attire le consommateur, car il est ramené à ses souvenirs d’enfance. La référence à l’ancien évoque aussi la qualité dans certains cas.

On passe ainsi de la Game Boy à la Game Boy Advance, de la Citroën DS des années 60 à la DS des années 2000.

J’ai remarqué aussi une attitude un peu ambivalente vis-à-vis de l’ancien. Les jeunes générations rejettent souvent les traditions, mais ce sont les premiers à aimer le style « vintage », c’est-à-dire le style rétro, le style d’une époque qu’ils n’ont probablement pas connue.

Je pense que l’on ne peut pas généraliser en disant que les choses anciennes sont toutes meilleures ou au contraire moins bonnes. On ne peut pas dire non plus que toutes les nouveautés sont suspectes, ou au contraire plus fiables.

Les voitures de l’ancienne époque étaient peut-être plus robustes, mais elles n’avaient pas forcément de ceinture de sécurité, ni d’airbag, ni de systèmes de freinage assisté. Des technologies qui sauvent quand même des vies chaque année.

Pourquoi je parle de ce sujet aujourd’hui ? C’est parce que Jésus en parle à plusieurs reprises dans les Évangiles. Le texte que nous allons lire, dans l’Évangile selon Luc, parle entre autres de l’ancien et du nouveau. Ce sujet est évoqué dans des paraboles pour donner un enseignement bien précis, c’est ce que je vous invite à découvrir maintenant en lisant l’Évangile selon Luc, chapitre 5, versets 27 à 39. Dans le contexte, Jésus vient de guérir un lépreux et un homme paralysé.

27 Après cela, Jésus sortit et il vit un collecteur d’impôts du nom de Lévi assis au bureau des taxes. Il lui dit: «Suis-moi.» 28 Et laissant tout, il se leva et le suivit. 29 Lévi lui offrit un grand festin dans sa maison, et beaucoup de collecteurs d’impôts et d’autres personnes étaient à table avec eux.
30 Les pharisiens et leurs spécialistes de la loi murmurèrent et dirent à ses disciples: «Pourquoi mangez-vous et buvez-vous avec les collecteurs d’impôts et les pécheurs?»
31 Jésus prit la parole et leur dit: «Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin de médecin, mais les malades. 32 Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs, à changer d’attitude.»

33 Ils lui dirent: «Pourquoi les disciples de Jean, tout comme ceux des pharisiens, jeûnent-ils fréquemment et font-ils des prières, tandis que les tiens mangent et boivent?»
34 Jésus leur répondit: «Pouvez-vous faire jeûner les invités à la noce pendant que le marié est avec eux?
35 Les jours viendront où le marié leur sera enlevé, alors ils jeûneront durant ces jours-là.» 36 Il leur dit aussi une parabole: «Personne ne déchire un morceau de tissu d’un habit neuf pour le mettre à un vieil habit, sinon il déchire l’habit neuf et le morceau qu’il en a pris n’est pas assorti avec le vieux.
37 Et personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres, sinon le vin nouveau fait éclater les outres, il coule et les outres sont perdues. 38, Mais il faut mettre le vin nouveau dans des outres neuves [et les deux se conservent].
39 Et [aussitôt] après avoir bu du vin vieux, personne ne veut du nouveau, car il dit: ‘Le vieux est meilleur.’»

Ce texte comprend deux épisodes, deux moments où les pharisiens, un parti religieux juif, font des reproches à Jésus.

Le premier reproche concerne les fréquentations de Jésus, il est entouré de collecteurs d’impôts et de personnes non fréquentables.

Le deuxième reproche concerne son manque de pratique du jeûne, une pratique religieuse qui était vue comme un signe de piété, de fidélité à la tradition juive.

Nous allons voir que ces deux épisodes ont un enseignement commun. Commençons par le premier reproche.

1. Jésus a de mauvaises fréquentations

Tout commence lorsqu’il appelle Lévi, un collecteur d’impôts. Lévi est celui qui deviendra l’apôtre Matthieu, l’auteur de l’Évangile selon Matthieu.

Il est appelé par Jésus et il le suit sans hésiter.

Les collecteurs d’impôts étaient mal vus, car ils collaboraient avec les Romains, les occupants. Ils étaient chargés de collecter les taxes auprès des Juifs pour les Romains, alors qu’ils sont eux-mêmes Juifs. Ils étaient réputés comme étant malhonnêtes et corrompus, et c’était surtout des traitres (selon les autorités juives).

Jésus, en tant que rabbi, appelle à sa suite un tel homme. Il participe même à son festin où sont présents d’autres collecteurs d’impôts et des gens considérés comme pécheurs.

Au verset 30, les pharisiens et spécialistes de la loi voient cela d’un mauvais œil et interpellent les disciples de Jésus : « Pourquoi mangez-vous et buvez-vous avec les collecteurs d’impôts et les pécheurs ? »

Ce n’est pas Jésus qui est directement interrogé, mais ses disciples. Cependant, c’est Jésus qui va répondre :

« Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin de médecin, mais les malades. 32 Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs, à changer d’attitude. »

Jésus reconnaît qu’il fréquente des pécheurs, qu’il compare à des malades. C’est pour cela qu’il les côtoie, pour les appeler à changer d’attitude. Il les appelle à changer de voie, à abandonner leur ancienne vie pour vivre la vie que Dieu leur offre. Par cette réponse, Jésus se considère lui-même comme étant ce médecin qui guéri l’âme et qui sauve.

« Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin de médecin, mais les malades. »

Si vous vous êtes déjà senti coupable ou indigne d’être enfant de Dieu, alors cette parole de Jésus est réconfortante. Jésus est précisément venu nous restaurer et nous sauver, nous qui sommes malades, nous qui sommes imparfaits. Jésus parle aussi de ceux qui sont justes, il dit que ce n’est pas eux qu’il est venu appeler.

Mais existe-t-il des personnes vraiment justes ? Les pharisiens sont-ils justes ? Il me semble que ceux qui se croient justes sont comme des gens malades qui se croient en bonne santé. Ils pensent qu’ils n’ont pas besoin de médecin alors qu’ils en auraient bien besoin.

Jésus vise spécifiquement les pharisiens et les spécialistes de la loi avec cette parabole. Il les invite à se remettre en question ; eux qui sont convaincus d’être meilleurs que les collecteurs d’impôts, eux qui se croient justes et dispensés du pardon de Dieu.

Ce passage de l’Évangile nous interpelle à deux niveaux.

Premièrement, croyons-nous être justes ? Croyons-nous pouvoir nous passer de Jésus qui pardonne les fautes ?

Deuxièmement, croyons-nous qu’il y ait des gens assez justes pour ne pas avoir besoin de Jésus ?

Je ne suis pas du tout en train de sous-entendre que tout le monde est foncièrement mauvais et nul. Chaque personne sur cette terre bénéficie d’une grâce commune, chaque personne a de la valeur. Quelles que soient ses actions bonnes ou mauvaises, chaque être humain est aimé de Dieu.

Mais la question de fond n’est pas de savoir si Dieu aime chaque être humain, nous le savons, la Bible nous dit que Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé Jésus.

La question est plutôt de savoir si les êtres humains aiment Dieu, non pas le Dieu qui leur convient, mais le Dieu qui s’est révélé en Jésus ? Sommes-nous prêts à aimer Dieu ? Sommes-nous prêts à dépendre de lui ?

C’est l’interpellation que fait Jésus aux pharisiens. Il est venu pour les malades, pour ceux qui sont loin de Dieu, car il les aime. Il veut nous sauver, mais nous avons besoin de reconnaître notre besoin de ce salut.

« Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin de médecin, mais les malades. 32 Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs, à changer d’attitude. »

Passons maintenant au deuxième reproche des pharisiens.

2. Jésus mange et boit au lieu de jeûner

Comme d’habitude, les pharisiens veulent coincer Jésus. Ils savent qu’il est en bons termes avec Jean-Baptiste, celui qui l’a baptisé. Alors ils lui font remarquer que ses disciples ne pratiquent pas la foi comme Jean-Baptiste. Celui-ci pratique le jeûne. En plus, il s’abstient d’alcool.

Jésus et ses disciples, au contraire, ne jeûnent pas et ne s’abstiennent pas d’alcool. Au contraire, ils mangent et ils boivent.

Je ne pense pas que ce genre de texte légitime les excès de table et l’ivrognerie. Je pense que Jésus et ses disciples buvaient et mangeaient sans excès. Les pharisiens ne leur reprochent pas de trop manger ou de trop boire, ils leur reprochent de ne pas pratiquer le jeûne régulièrement.

Cette pratique était mentionnée dans l’Ancien Testament, mais la tradition juive l’avait amplifiée et régularisée, au point où c’était devenu une marque de piété et de respect de la tradition juive. Comment Jésus répond-il ?

Il répond encore par des images, des courtes paraboles à partir du verset 34. Ces illustrations signifient toutes la même chose.

«Pouvez-vous faire jeûner les invités à la noce pendant que le marié est avec eux? Les jours viendront où le marié leur sera enlevé, alors ils jeûneront durant ces jours-là.»

La mission de Jean-Baptiste était marquée par la repentance. Il devait préparer le chemin du Seigneur en demandant aux israélites de se repentir, de reconnaître qu’ils s’étaient éloignés de Dieu.

Une fois le chemin préparé, une fois les cœurs convertis, les israélites sont alors prêts à recevoir la grâce et toute la joie qu’elle implique.

Par sa venue, son enseignement, et son appel à le suivre, Jésus inaugure le royaume de Dieu. Dans la Bible, Jésus est comparé à un époux, et l’Église est présentée comme son épouse. Cette image est utilisée pour signifier l’alliance entre le Christ et son Église, elle signifie aussi la relation et l’amour de Jésus pour l’Église.

Lorsque l’époux célèbre ses noces, les invités doivent-ils jeûner ou se réjouir autour d’un repas festif ? Un jour le Christ sera séparé de ses disciples. À ce moment-là, le jeûne peut avoir une place.

Il y a un temps pour tout, et surtout un contexte pour chaque rituel religieux. On ne pratique pas tel ou tel rituel par tradition ou par routine, mais on le fait, car cela correspond à une circonstance qui appelle un comportement d’humilité, d’humiliation, de repentance, de ressourcement, de méditation ou de joie. Jésus prend ensuite l’exemple d’un habit ancien abîmé.

«Personne ne déchire un morceau de tissu d’un habit neuf pour le mettre à un vieil habit, sinon il déchire l’habit neuf et le morceau qu’il en a pris n’est pas assorti avec le vieux. »

Par cet exemple, Jésus enseigne la même chose que précédemment. C’est une histoire de cohérence. En temps de repentance, il convient d’avoir une attitude de repentance. Et en temps de festivité, comme lors d’un mariage, il convient de se réjouir avec les mariés.  À chaque situation correspond une pratique adaptée. De même, pour rafistoler un vieil habit, on ne va pas déchirer un habit neuf pour le coudre sur le vieux, il faudrait plutôt un vieux tissu assorti au vieil habit.

Jésus termine par une troisième image, celle du vin ancien et du vin nouveau.

37 Et personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres, sinon le vin nouveau fait éclater les outres, il coule et les outres sont perdues. 38, Mais il faut mettre le vin nouveau dans des outres neuves [et les deux se conservent]. 39 Et [aussitôt] après avoir bu du vin vieux, personne ne veut du nouveau, car il dit: ‘Le vieux est meilleur.’»

Cette partie du texte a longtemps été obscure pour moi. Quand je débutais dans ma découverte de la Bible, je me demandais : pourquoi le vin nouveau ferait-il éclater des récipients utilisés pour du vin ancien ? Et lorsque Jésus parle de l’ancien et du nouveau, je faisais le lien entre l’Ancien Testament et le Nouveau Testament. Mais je n’arrivais pas à m’y retrouver, que veut-il dire sur l’Ancien et le Nouveau Testament ? Y a-t-il une partie de la Bible meilleure que l’autre ?

J’ai ensuite découvert beaucoup de choses sur le processus de fermentation et sur les outres. Les outres sont des sortes de grandes gourdes faites en peaux d’animaux. Ces peaux sont souples et peuvent donc gonfler jusqu’à un certain point.

Le vin est un produit fermenté. Les sucres présents dans le jus de raisin sont transformés en alcool et en gaz carbonique par des levures présentes sur la peau du raisin. Étant donné que du gaz est produit, l’outre va gonfler et ainsi prendre plus de volume. La peau de l’outre va donc s’étirer.

Si l’on remplit de nouveau la même outre avec du vin nouveau, l’outre va encore gonfler et la peau risque fortement de se déchirer.

Là encore, il y a une question de cohérence. L’ancienne outre est faite pour le vin ancien qui a déjà fermenté, et le vin nouveau doit être versé dans une nouvelle outre qui supporte l’étirement, car le vin nouveau continue de fermenter et d’étirer la peau.

À chaque situation correspond la pratique adéquate.

Il me semble que Jésus ne compare pas l’Ancien et le Nouveau Testament, il compare plutôt la tradition humaine qui a perdu de son sens, et le regard nouveau apporté par l’Évangile.

Rappelons-nous le contexte. Si Jésus raconte ces paraboles, ces trois illustrations, c’est pour répondre à la question des pharisiens au verset 33 : Pourquoi les disciples de Jean, tout comme ceux des pharisiens, jeûnent-ils fréquemment et font-ils des prières, tandis que les tiens mangent et boivent ?

Dans sa réponse, Jésus ne dit pas que le jeûne est mauvais ou dépassé. Il dit juste que dans sa situation, ce n’est pas le moment pour ses disciples de jeûner.

Les pratiques religieuses, les rituels et les traditions n’ont de sens que s’ils sont pratiqués en cohérence avec un contexte.

Les pharisiens jeûnaient plus par tradition que par esprit de repentance ou d’adoration. On apprend même par ailleurs qu’ils jeûnaient pour montrer à quel point ils étaient spirituels et pieux.

Jésus nous appelle à la cohérence, à ne pas faire les choses seulement par tradition, parce que cela s’est toujours fait comme ça ou parce qu’on est attaché à une époque.

Conclusion

En conclusion, Jésus nous appelle à actualiser sans cesse notre foi. Il me semble que c’est le sens des deux paragraphes de notre texte : la remise en question.

Les pharisiens n’étaient pas capables de se remettre en question pour reconnaître leur besoin d’un médecin.
Ils n’étaient pas non plus capables de remettre en question leur jeûne traditionnel et de se rendre compte que Dieu veut surtout une relation avec nous aujourd’hui même, une relation toujours renouvelée.

Que notre foi ne devienne pas une foi routinière, mais une foi qui nous incite à toujours nous remettre en question devant Dieu et sa révélation.

Reconnaissons notre besoin d’un médecin pour notre âme, et vivons notre foi chaque jour de manière renouvelée, car les bontés de Dieu se renouvellent chaque matin.

Son enseignement a toujours quelque chose à nous apprendre. Sa conduite nous sort parfois de notre zone de confort. Soyons prêts à nous laisser bousculer par son Esprit qui nous façonne à son image.

Christian Huy

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