L’obéissance du sabbat (Luc 6.1-11)

Lorsque nous utilisions encore les francs français, avant le passage à l’euro, la devise de la République française était encore inscrite sur les pièces de monnaie en circulation : liberté, égalité, fraternité. Imaginons que cette devise devienne : obéissance, égalité, fraternité.

Je pense que la plupart des gens associeraient cette devise à une dictature. Parmi ces trois principes – liberté, égalité, fraternité, j’ai l’impression que c’est surtout la liberté que notre société revendique le plus. En revanche, la notion d’obéissance n’est pas très à la mode. Naturellement, nous n’aimons pas trop recevoir des ordres et obéir à des règles, même celles qui sont bonnes pour le bien commun.

Cependant, il y a eu des époques et des cultures où l’obéissance et le respect des règles étaient la norme, c’est encore le cas aujourd’hui dans certaines cultures. Même en France, il y a tout juste quelques décennies, la notion de devoir était très présente, en tout cas plus qu’aujourd’hui.

Dans la Bible, Dieu nous invite à une forme d’obéissance, sans pour autant tomber dans un légalisme ou un moralisme. La semaine dernière, nous avons lu un texte dans l’Évangile selon Luc où Jésus remettait en question des traditions humaines.

On ne pratique pas un rituel juste par routine, mais parce que cela a du sens. Si le rituel est déconnecté de sa raison d’être, alors il n’y a plus de cohérence. Nous poursuivons ce matin la lecture de l’Évangile selon Luc et il est encore question d’obéissance à des traditions.

Luc 6.1-11

1 Un jour de sabbat, Jésus traversait des champs de blé. Ses disciples arrachaient des épis et les mangeaient après les avoir froissés dans leurs mains.
2 Quelques pharisiens leur dirent: «Pourquoi faites-vous ce qu’il n’est pas permis de faire pendant le sabbat?»
3 Jésus leur répondit: «N’avez-vous pas lu ce qu’a fait David, lorsqu’il a eu faim, lui et ses compagnons? 4 Il est entré dans la maison de Dieu, a pris les pains consacrés, en a mangé et en a donné même à ses compagnons, bien qu’il ne soit permis qu’aux prêtres de les manger!»
5 Puis il leur dit: «Le Fils de l’homme est le Seigneur [même] du sabbat.»
6 Un autre jour de sabbat, Jésus entra dans la synagogue et se mit à enseigner. Là se trouvait un homme dont la main droite était paralysée.
7 Les spécialistes de la loi et les pharisiens observaient Jésus pour voir s’il ferait une guérison le jour du sabbat, afin d’avoir un motif pour l’accuser.
8 Mais Jésus connaissait leurs pensées et il dit à l’homme qui avait la main paralysée: «Lève-toi et tiens-toi là au milieu.» Il se leva et se tint debout.
9 Jésus leur dit: «Je vous demande s’il est permis, le jour du sabbat, de faire du bien ou de faire du mal, de sauver une personne ou de la tuer.»
10 Alors il promena son regard sur eux tous et dit à l’homme: «Tends ta main.» Il le fit et sa main fut guérie [elle fut saine comme l’autre].
11 Ils furent remplis de fureur et se consultèrent pour savoir ce qu’ils feraient à Jésus.

Dans ce texte, nous avons deux épisodes différents. Dans le premier, les disciples de Jésus arrachent des épis de blé pendant le sabbat. Et dans le deuxième, Jésus opère une guérison le jour du sabbat. Les deux ont comme point commun le sabbat, avec la question sous-jacente : qu’est-il permis de faire pendant le sabbat.

Avant de regarder plus en détail ces deux récits, voici quelques précisions sur le jour du sabbat selon l’Ancien Testament.

Le respect de ce jour de repos fait partie des 10 commandements mentionnés dans le livre de l’Exode, au chapitre 20. Mais même avant les 10 commandements, Dieu avait déjà ordonné le sabbat, notamment en Exode 16.

Les Hébreux se retrouvent dans le désert après leur sortie d’Égypte, et ils ont faim. Dieu leur envoie alors de la manne, une nourriture qui leur était donnée de manière miraculeuse et qu’ils pouvaient ramasser chaque matin pour le jour même.

Chaque jour, la manne leur était donnée et ils en avaient assez pour la journée. Mais le 7e jour de la semaine, ils ne devaient rien ramasser, alors Dieu leur donnait une double portion le 6e jour, afin qu’ils en aient assez pour le 7e, et le 7e jour, il n’y avait pas de manne. En effet, Moïse avait dit aux Hébreux que ce jour-là était un jour de repos, un sabbat consacré à l’Éternel. Le sabbat signifie s’arrêter ou se reposer.

Dans les 10 commandements, voici comment le sabbat est ordonné dans Exode chapitre 20 :

9 Pendant 6 jours, tu travailleras et tu feras tout ce que tu dois faire.
10 Mais le septième jour est le jour du repos de l’Éternel, ton Dieu. Tu ne feras aucun travail, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton esclave, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui habite chez toi.
11 En effet, en 6 jours l’Éternel a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve, et il s’est reposé le septième jour. Voilà pourquoi l’Éternel a béni le jour du repos et en a fait un jour saint.

Un jour saint c’est un jour qui appartient à Dieu. Celui qui transgressait le sabbat était sévèrement puni (Nombres 15.32-36).

Revenons à notre texte. On comprend un peu mieux pourquoi les Juifs étaient si à cheval sur le sabbat, surtout les pharisiens et les spécialistes de la loi, des gens très stricts. Mais Jésus, sans remettre en question le principe du sabbat, révèle une nouvelle manière de le concevoir.

La première chose que j’aimerais relever, c’est que l’obéissance ce n’est pas seulement respecter des règles.

[1. L’obéissance ce n’est pas seulement respecter des règles]

Les gens comme les pharisiens voulaient obéir au commandement du sabbat, alors, beaucoup de règles avaient été érigées pour être sûr que le sabbat allait être respecté. Par exemple, l’interdiction de marcher plus d’une certaine distance le 7e jour, ou l’interdiction de porter un fardeau trop lourd.

Lorsque les disciples de Jésus arrachent des épis de blé, pour les pharisiens, c’est équivalent à de la moisson, et donc du travail. C’est pour cela qu’ils sont pointés du doigt. Arracher quelques épis pour les manger était considéré comme du travail.

Lorsque Jésus guérit l’homme à la main paralysée, pour les pharisiens, c’est équivalent à la pratique de la médecine, et donc du travail. Jésus transgresse ces règles et c’est vraiment choquant pour les pharisiens. Mais ce qu’il fait montre que quelque chose est supérieur aux règles.

Pendant longtemps, j’ai pensé que l’attitude de Jésus et ses disciples étaient légitimés par la faim. Comme les disciples ont faim, ils peuvent se permettre de manger du blé dans un champ même le jour du sabbat.

Jésus fait référence à David. Quand il a eu faim, il a bien pris des pains consacrés, normalement réservés aux prêtres.

Cela rejoindrait une interprétation de cette phrase de Jésus dans un autre évangile : « le sabbat a été fait pour l’homme et non pas l’homme pour le sabbat ».

Mais cette interprétation plutôt humaniste ne me convainc plus trop aujourd’hui. C’est une interprétation avec l’homme au centre. Cela pourrait conduire à des conclusions risquées, par exemple : mes besoins priment sur les règles en société. Mes besoins priment sur les règles morales de Dieu.

Je pense qu’il faut interpréter ce texte, non pas de manière centrée sur l’homme et ses besoins, mais de manière centrée sur le Christ et Sa Seigneurie. J’en parlerai dans quelques instants dans mon troisième point. Avant cela, j’aimerais passer à mon deuxième point.

Si l’obéissance n’est pas seulement suivre des règles, l’obéissance ce n’est pas non plus vivre sans règle.

[2. L’obéissance ce n’est pas non plus vivre sans règle]

Les disciples ont traversé un champ qui n’était pas à eux et ils se sont servis de blé pour le manger. Ce qu’ils ont fait respecte le cadre de la loi juive. Voici ce que nous lisons dans le livre du Deutéronome, chapitre 23, versets 25 et 26 :

25 »Si tu entres dans la vigne de ton prochain, tu pourras à volonté manger des raisins et t’en rassasier, mais tu n’en mettras pas dans ton panier.
26 Si tu entres dans les champs de blé de ton prochain, tu pourras cueillir des épis avec la main, mais tu n’agiteras pas la faucille sur les blés de ton prochain.

Les disciples n’ont pas pris du blé pour en faire un stock et le vendre, ils l’ont pris pour le consommer immédiatement. Ce que les pharisiens leur reprochent, ce n’est pas d’avoir pris du blé qui ne leur appartenait pas, leur reproche concerne le fait d’arracher des épis le jour du sabbat.

Il faut reconnaître que leur interprétation du sabbat était beaucoup trop rigoriste et même légaliste. Arracher quelques épis pour les consommer, ce n’est pas la même chose que moissonner un champ.

Jésus guérit un malade, était-ce un travail ? Les pharisiens comparent cela à la pratique de la médecine, mais Jésus n’a fait que faire du bien à cet homme.

Ce texte nous montre les limites des règles, si on les applique sans réfléchir, juste par tradition, on risque d’être à côté du sens de la règle. À l’inverse, en combattant le légalisme, on risque de tomber dans l’écueil inverse et d’être plus permissif.

Si obéir à Dieu, ce n’est pas seulement suivre des règles, obéir à Dieu, ce n’est pas non plus vivre sans règle. Alors, comment savoir ce qui est permis ou ce qui ne l’est pas ?

Justement, en tant que chrétien, la question de fond n’est pas de savoir ce qui est permis ou non . La foi n’est pas un ensemble de règles.

On ne peut pas dire : un chrétien c’est quelqu’un qui lit tant de fois sa Bible par semaine, quelqu’un qui prie temps de temps par jour, quelqu’un qui suit telle ou telle règle.

Qu’est-ce qui est à la base de notre foi ? Qu’est-ce qui doit diriger notre conduite et notre vie ? C’est notre intimité avec le Christ. Pour obéir à Dieu, il faut commencer par connaître Dieu. C’est son Esprit qui nous aide à discerner la volonté de Dieu.

[3.L’obéissance demande un discernement]

Dans notre exemple, Jésus prend l’exemple du roi David. Il était en fuite et il avait besoin de nourriture. Le prêtre a accepté de lui donner les pains consacrés, réservés aux prêtres seuls.

Pourquoi Jésus a-t-il pris cet exemple ? Les disciples de Jésus avaient-ils aussi faim que David ? Étaient-ils en situation de famine ?

Entre l’exemple de David et la situation de Jésus, il y a beaucoup de points communs.

David était avec ses hommes, Jésus est avec ses disciples.

David a mangé de la nourriture qu’il n’aurait pas dû manger. Jésus et ses disciples ont arraché du blé pendant le sabbat, ils n’étaient pas hors la loi, mais c’est ainsi qu’ils étaient perçus par les spécialistes de la loi.

Mais il y a un point commun encore plus fort.

David a été désigné comme roi par Dieu, mais il n’était pas encore investi devant les hommes.

Jésus a été désigné comme roi par Dieu, un roi encore plus grand que David. Et à ce moment-là, la gloire de Jésus n’était pas encore révélée par sa mort et sa résurrection.

Jésus se compare à David pour dire qu’il est lui aussi désigné comme roi par Dieu et il est le roi que les prophètes ont annoncé.

Cette interprétation est confirmée par cette phrase de Jésus juste après, au verset 5 : « le Fils de l’Homme est le Seigneur même du sabbat ». Que veut-il dire par cette phrase ?

Par cette affirmation, Jésus annonce qu’il est Dieu. Nous avions vu que le sabbat était un jour consacré à Dieu, c’est un jour saint qui appartient à Dieu. Jésus dit qu’il est le Seigneur, le maître de ce jour-là, qui appartient à Dieu.

Lorsque dans l’Évangile selon Marc, Jésus dit (Marc 2.27) : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat », il continue en disant dans la même phrase : « de sorte que le Fils de l’homme est le Seigneur même du sabbat ».

Au centre du sabbat, ce n’est pas l’homme, mais c’est le Christ. Qu’est-ce que Jésus veut dire lorsqu’il dit qu’il est le maître du sabbat ? Le sabbat c’est le repos, qui fait référence au repos de Dieu le 7e jour, après les 6 jours de la création.

Ce 7e jour est symbolique. Pendant les 6 premiers jours, Dieu a créé tout ce qu’il fallait pour y placer l’être humain. Le 7e jour n’est pas un jour où Dieu n’a rien fait, c’est un jour qu’il a consacré à sa relation avec les humains. Ce 7e jour, nous y sommes encore. Voici ce que nous pouvons lire en Hébreux chapitre 4 :

4 En effet, il a parlé quelque part ainsi au sujet du septième jour: Et Dieu se reposa de toute son activité le septième jour.
5 Et dans ce passage il dit encore: Ils n’entreront pas dans mon repos!
6 Ainsi, certains ont encore la possibilité d’y entrer

[…]

9 Il reste donc un repos de sabbat pour le peuple de Dieu. 10 En effet, celui qui entre dans le repos de Dieu se repose lui aussi de son activité, tout comme Dieu s’est reposé de la sienne.

En lisant ces textes, ce que je comprends, c’est que le repos, c’est ce que nous connaîtrons pleinement au ciel, mais ce repos commence dès aujourd’hui dans une relation avec le Christ.

Psaume 23.1-2 : « L’Éternel est mon berger: je ne manquerai de rien.  Il me fait prendre du repos dans des pâturages bien verts, il me dirige près d’une eau paisible. »

Jésus est le maître du sabbat, c’est en lui que se trouve le repos, c’est dans une relation avec lui que nous pourrons apprendre à discerner quelle est sa volonté.

L’obéissance ne consiste pas à se demande : qu’est-ce qui est permis ou qu’est-ce qui n’est pas permis ?

L’obéissance consiste à voir comme Dieu voit, aimer ce que Dieu aime. Ce ne sont pas des règles qui vont nous apprendre cela, mais une relation profonde avec le Christ.

[Conclusion]

En conclusion, ce texte nous invite à ne pas tomber dans le légalisme et dans le jugement. Tout permettre n’est pas souhaitable non plus, car la Bible ne nous invite pas à cela. Notre relation avec Dieu ne passe pas par des rites, mais par une proximité avec lui.

Celui qui met sa foi en Jésus met toute sa confiance en lui, c’est-à-dire qu’il lui remet sa vie entière. Il ne s’appartient plus, mais il appartient à Dieu, il est enfant de Dieu, soumis à Dieu.

Jésus est la vérité, le chemin et la vie, il est aussi celui qui offre le repos de notre âme.

Christian Huy

Musique photo créé par katemangostar – fr.freepik.com

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