Le début de la fin (Apocalypse 6)

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Le livre de l’Apocalypse  est souvent perçu comme un livre mystérieux. Il contient des histoires de dragons et de bêtes avec plusieurs têtes. Beaucoup de gens sont fascinés par ce livre, qu’ils soient chrétiens ou non chrétiens.

C’est suite à une demande que j’ai commencé à prêcher sur ce livre il y a plusieurs mois.

C’est un livre compliqué qui demande du temps. Du temps pour le lire, pour chercher à comprendre et du temps pour le méditer.

Dans notre série de prédication, nous arrivons au chapitre 6, je reprends là où nous nous sommes arrêtés il y a un mois et demi. C’est un chapitre assez troublant et choquant. Je me suis demandé si vraiment j’étais prêt à prêcher dessus aujourd’hui. Il est question du jugement de Dieu et des malheurs qui arrivent sur terre.

Comme je l’ai souvent dit, je ne pense pas qu’il faille éviter les passages difficiles. Si c’était le cas, nous ne lirions que 20% de la Bible, et encore.

Dieu n’a pas révélé quelques versets par-ci par-là, il a révélé des livres dans leur intégralité.

Faudrait-il garder les passages difficiles seulement pour notre lecture personnelle ?

Il me semble que beaucoup de non-croyants s’intéressent à la Bible, et lorsqu’ils la lisent, ils tombent assez rapidement sur des passages compliqués, déjà dans le livre de la Genèse. Et si nous ne savons pas comment aborder ces textes, comment discuter avec ces personnes qui lisent la Bible ?

Il faut donc oser en parler lors de nos rassemblements.

Les passages difficiles sont aussi mentionnés par des opposants à la foi chrétienne. Ils connaissent parfois mieux la Bible que les chrétiens et ils la citent même pour attaquer la foi chrétienne, en voulant montrer que Dieu est méchant, qu’il se permet de juger la terre, qu’il envoie des malheurs sur l’humanité.

Pour toutes ces raisons, je pense qu’il ne faut pas avoir peur d’aborder des textes troublants, mais il faut toujours le faire en remettant le texte dans son contexte. Il faut aussi le faire en ayant une juste vision de Dieu, c’est-à-dire un Dieu juste et bon, plus juste que nous, et meilleur que nous.

Avant de passer à la lecture du chapitre 6, il est utile de résumer le chapitre 5. Précédemment, l’apôtre Jean reçoit une vision, il est au ciel et il voit Dieu assis sur un trône. Autour du trône il y a 4 êtres vivants, ce sont des chérubins. Il y a aussi 24 anciens qui représentent le peuple de Dieu. Dans sa main droite, Dieu tient un livre scellé par 7 sceaux.

Un ange demande qui est digne d’ouvrir le livre ? Personne ne répond, c’est alors qu’un agneau s’approche, il prend le livre et tous les êtres célestes chantent des louanges.

Passons maintenant à la lecture du chapitre 6 où les 6 premiers sceaux vont être ouverts. Nous aurons l’occasion ensuite de revenir sur les aspects choquants du texte. Nous verrons que beaucoup de choses s’expliquent par le contexte et par l’Ancien Testament.

1 Je vis alors l’Agneau ouvrir un des sept sceaux et j’entendis l’un des quatre êtres vivants dire d’une voix de tonnerre: «Viens.»
2 Je regardai et je vis apparaître un cheval blanc. Celui qui le montait avait un arc; une couronne lui fut donnée et il partit en vainqueur et pour remporter la victoire. 3 Quand il ouvrit le deuxième sceau, j’entendis le deuxième être vivant dire: «Viens.»
4 Et un autre cheval, rouge feu, apparut. Celui qui le montait reçut le pouvoir d’enlever la paix de la terre afin que les hommes s’entretuent, et une grande épée lui fut donnée.///

5 Quand l’Agneau ouvrit le troisième sceau, j’entendis le troisième être vivant dire: «Viens.» Je regardai et je vis apparaître un cheval noir. Celui qui le montait tenait une balance à la main.
6 Et j’entendis [comme] une voix dire, au milieu des quatre êtres vivants: «Une mesure de blé pour une pièce d’argent et trois mesures d’orge pour une pièce d’argent, mais ne touche pas à l’huile et au vin.»
7 Quand il ouvrit le quatrième sceau, j’entendis le quatrième être vivant dire: «Viens.»
8 Je regardai et je vis un cheval verdâtre. Celui qui le montait avait pour nom «la Mort», et le séjour des morts l’accompagnait. Ils reçurent le pouvoir, sur le quart de la terre, de faire mourir les hommes par l’épée, par la famine, par la peste et par les bêtes sauvages de la terre.///

9 Quand il ouvrit le cinquième sceau, je vis sous l’autel l’âme de ceux qui avaient été mis à mort à cause de la parole de Dieu et à cause du témoignage qu’ils avaient rendu.
10 Ils crièrent d’une voix forte: «Jusqu’à quand, Maître saint et véritable, tarderas-tu à faire justice et à venger notre sang sur les habitants de la terre?»
11 Une robe blanche fut donnée à chacun d’eux et ils reçurent l’ordre de rester en repos un petit moment encore, jusqu’à ce que le nombre de leurs compagnons de service et de leurs frères et sœurs qui devaient être mis à mort comme eux soit au complet.///

12 Je regardai quand l’Agneau ouvrit le sixième sceau, et il y eut un grand tremblement de terre. Le soleil devint noir comme un sac de crin, la lune entière devint comme du sang, 13 et les étoiles du ciel tombèrent sur la terre, comme les figues vertes d’un figuier secoué par un vent violent. 14 Le ciel se retira comme un livre qu’on enroule et toutes les montagnes et les îles furent écartées de leur place. 15 Les rois de la terre, les grands, les chefs militaires, les riches, les puissants, tous les esclaves et les hommes libres se cachèrent dans les cavernes et dans les rochers des montagnes. 16 Et ils disaient aux montagnes et aux rochers: «Tombez sur nous et cachez-nous loin de celui qui est assis sur le trône et loin de la colère de l’Agneau.
17 En effet, le grand jour de sa colère est venu, et qui peut résister?»

Après la lecture de ce texte, je vous avoue que je n’étais pas très à l’aise. Comment annoncer l’Évangile avec ce genre de passage biblique ? Comment dire que les Écritures annoncent une Bonne Nouvelle ?

Je dois dire aussi que je n’ai pas pu m’empêcher de penser à l’actualité, avec la pandémie, avec l’augmentation des prix, la sécheresse, les conflits politiques et militaires, etc.

Nous allons voir qu’en remettant le texte dans son contexte, cela nous aidera à mieux comprendre le sens de cette vision.

J’aimerais d’abord souligner que ce genre de texte n’est pas du tout propre à l’Apocalypse. Les prophètes de l’Ancien Testament avaient déjà annoncé ces choses.

Plus je lis l’Apocalypse, plus je me rends compte que ce n’est qu’un résumé des textes prophétiques de l’Ancien Testament. Il n’y a pas grand-chose de nouveau finalement.

Jésus avait lui-même annoncé ces événements de son vivant et que cette description catastrophique est présente dans les Évangiles selon Matthieu, Marc et Luc.

Comme cette révélation fait référence aux prophètes, il est important de regarder quel était le message sous l’Ancien Testament et en particulier chez le prophète Zacharie. C’est chez ce prophète que sont mentionnés pour la première fois les 4 cavaliers.

[1. Les quatre cavaliers]

Zacharie est un prophète du vie siècle avant notre ère. À ce moment-là, le peuple est de retour en Israël. Auparavant, à cause de leur révolte contre Dieu et de leur désobéissance, ils avaient passé 70 ans de captivité en Babylonie. Mais Dieu leur avait promis qu’après ce temps d’épreuve, leurs ennemis seraient à leur tour jugés à cause de leur méchanceté.

De retour en Israël, ils vivent sous la domination perse. Le roi Darius leur est favorable ? Cependant, le peuple ne voit pas la promesse de Dieu se réaliser. Leurs ennemis, notamment les Babyloniens, continuent de s’en tirer et de mépriser le Dieu d’Israël.

À cette époque, Israël est affaibli, pauvre et menacé par des ennemis qui l’entourent.

Dans le chapitre 1 du prophète Zacharie, l’ange du Seigneur exprime l’impatience du peuple ainsi :

« Éternel, maître de l’univers, jusqu’à quand refuseras-tu d’avoir compassion de Jérusalem et des villes de Juda, contre lesquelles tu es en colère depuis 70 ans ? » (Zacharie 1.12)

Le peuple attend de Dieu qu’il juge les ennemis de son peuple, qu’il ne les laisse pas impunis et qu’il restaure Israël.

Remarquons que cette requête est similaire à celle des martyrs de l’Apocalypse :

«Jusqu’à quand, Maître saint et véritable, tarderas-tu à faire justice et à venger notre sang sur les habitants de la terre?» (Apocalypse 6.10)

Jusqu’à quand Dieu laissera-t-il le méchant agir ? Quand va-t-il mettre le méchant hors d’état de nuire ?

Dans le livre de Zacharie, Dieu répond à cette demande du peuple. L’une des réponses concerne l’envoi de 4 chars tirés par des chevaux de couleurs différentes : roux, noirs, blancs et mouchetés.

Un ange annonce que ces  chars vont accomplir le jugement de Dieu contre le pays du Nord.

Dans le contexte d’Israël, le Nord c’est de là que sont venus les ennemis, c’est-à-dire : les Assyriens, puis les Babyloniens.

Autrement dit, la réponse de Dieu aux cris du peuple consiste à faire venir un jugement, représenté par quatre chars, sur les nations qui ont opprimé le peuple de Dieu.

Ces 4 chars correspondent aux cavaliers de l’Apocalypse. À peu de chose près, les chevaux ont la même couleur. De plus, le contexte à l’époque de Jean est similaire à l’époque de Zacharie.

Le peuple de Dieu est sous domination d’un oppresseur romain, l’Église est persécutée. Plusieurs disciples ont déjà été torturés et mis à mort par les autorités à cause de leur foi.

Les 4 cavaliers qui apportent un jugement sont une réponse aux prières des croyants, tout comme au temps de Zacharie.

[2. Les 4 premiers sceaux]

Maintenant que nous avons quelques éléments de contexte, intéressons-nous à l’ouverture des 4 premiers sceaux, qui sont liés aux 4 cavaliers.

À l’ouverture du premier sceau, comme pour les 3 suivants, les quatre chérubins disent avec une voix de tonnerre : « viens ».

À qui parlent-ils ? Demandent-ils aux chevaux de venir ?

Rappelons que les chérubins sont des êtres célestes au service de Dieu. Dans le livre de l’Apocalypse, à chaque fois que des êtres disent « viens », ils appellent la venue du Christ. Le jour où Jésus reviendra sur terre, ce sera le moment de restaurer la création, ce sera le jour où le mal ne sera plus, il n’y aura plus de pleur, plus d’épreuve, plus de tristesse.

Dans le contexte de l’Apocalypse, lorsque les êtres disent : « viens », ils appellent donc le Christ.

Rappelons aussi que le livre scellé est un symbole de la Nouvelle Alliance. Cette alliance entre Dieu et son peuple a été inaugurée par la mort et la résurrection de Jésus, elle contient la promesse d’une nouvelle terre et de nouveaux cieux.

À chaque fois que l’agneau ouvre un sceau, les promesses de la Nouvelle Alliance se rapprochent de leur réalisation. Jésus est en train de venir, mais avant sa venue, des tragédies vont arriver.

Le premier cavalier est blanc, il est dit qu’il part pour remporter la victoire. Ce cavalier représente les différents chefs de guerre assoiffés de conquêtes. Il représente les grands conquérants comme Nabuchodonosor, roi de Babylone, Cyrus, roi de Perse, Alexandre le Grand, roi de Macédoine, Jules César, empereur romain et tous les suivants.

À l’ouverture du 2e sceau apparaît le 2e cavalier, de couleur rouge feu. Celui-ci enlève la paix, il représente ainsi les différentes guerres.

Ce sont bien les hommes qui mettent fin à la paix en faisant la guerre, ce n’est pas Dieu. Mais le Seigneur se sert de ce type d’événements pour réaliser ses projets. C’est pour cela que dans l’Apocalypse, nous lisons souvent que Dieu est l’auteur des catastrophes. Il n’est pas le responsable des malheurs, mais il les utilise pour réaliser son plan.

À l’ouverture du troisième sceau, c’est un cavalier noir qui apparaît. Il représente les crises économiques qui engendrent les famines.

Le quatrième sceau laisse apparaître un cavalier verdâtre, il représente la mort. À cause de lui, des gens vont mourir par l’épée, par la famine, par la peste et par les bêtes sauvages de la terre. Cette formule se retrouve chez le prophète Ezéchiel au chapitre 14. Dieu met ainsi en garde son peuple s’il est tenté de désobéir ou s’il refuse de se repentir.

Arrivent maintenant les 5e et 6e sceaux, qui parlent du jour du jugement.

[3. Les martyrs]

À l’ouverture du 5e sceau, les âmes des croyants qui ont été mis à mort apparaissent. Il est intéressant de relever que ces âmes n’ont pas encore de corps. C’est au retour du Christ qu’ils recevront un corps restauré.

Ces âmes demandent que Dieu agisse. Ils attendent avec impatience le jour où la vérité et la justice seront pleinement révélées.

Malgré l’absence de corps, ils reçoivent une tunique blanche et il leur est demandé d’attendre encore un peu de temps, car le moment n’est pas encore venu.

Cela signifie donc que Dieu a fixé un temps où toutes les souffrances de la terre prendront fin. Nous avons du mal à tout comprendre, mais nous savons qu’il y a une fin et que tout est sous le contrôle de Dieu.

Pour conclure, nous abordons le sixième sceau, il parle du jugement dernier. Il y aura encore un 7e sceau, mais ce sera au chapitre suivant.

[4. Le jour du jugement]

Le sixième sceau laisse entrevoir les catastrophes qui arriveront lors de la venue du Seigneur, avec cette parole à la fin du chapitre : « le grand jour de sa colère est venu, et qui peut résister ? »

Ces paroles qui clôturent le chapitre 6 nous laissent une image assez sombre du plan de Dieu, mais ce n’est qu’une partie du plan, d’autres éléments sont bien plus réjouissants.

Retenons que ces images sont empruntées à l’Ancien Testament, dans un contexte où le peuple de Dieu est persécuté et opprimé. Rappelons aussi que les premiers chrétiens étaient mis à mort et torturés parce qu’ils annonçaient la Bonne Nouvelle.

Ils le faisaient de manière pacifique et bienveillante, par amour pour le monde.

Il n’y a donc pas de désir de vengeance personnelle dans ce passage, mais un désir de justice et de restauration.

Le monde souffre à cause de la méchanceté de l’homme. La nature est déréglée à cause de la désobéissance de l’homme.

La colère de Dieu n’est pas un caprice, c’est une colère qui manifeste son désir de justice, son désir d’en finir avec le mal, son désir de mettre hors d’état de nuire les oppresseurs, son désir de répondre favorablement aux victimes.

Seulement, qui pourra résister à sa colère ?

Cette question nous invite à tourner notre regard vers l’agneau de l’Apocalypse, qui symbolise le Christ. Lui qui est mort et ressuscité, car la colère de Dieu ne pouvait pas l’atteindre. C’est grâce à lui que nous pouvons échapper à la colère de Dieu.

Cette porte de sortie, Dieu en a lui-même payé le prix fort pour nous l’offrir. Ce n’est pas un Dieu méchant, mais un Dieu qui a tout fait pour nous ramener à lui, par amour pour nous.

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