Leçons d’un étranger (Genèse 21.22-34)

Comment Dieu nous parle-t-il ? Quelle est la dernière fois que Dieu vous a parlé ? Quand je dis que Dieu nous parle, il ne s’agit pas forcément d’une voix qui se fait entendre du ciel (c’est possible, pourquoi pas). Mais il peut s’agir aussi d’une expérience où vous vous êtes dits : tiens, Dieu veut me dire quelque chose par ce que je suis en train de vivre.

Dans certains milieux chrétiens, on met l’accent sur les songes ou les prophéties. Dans d’autres milieux, on met l’accent sur le silence et la contemplation. Et il me semble que dans notre milieu d’Églises, on a longtemps mis l’accent sur les Écritures comme moyen privilégié par lequel Dieu nous parle.

Dans tous les cas, c’est le Saint-Esprit qui nous permet de recevoir et comprendre ce que Dieu veut nous dire. On aura beau lire la Bible, sans le Saint-Esprit, on ne la comprendra que de manière théorique, mais pas de manière personnelle et personnalisée.

Je reste convaincu que la Bible est un moyen privilégié que Dieu utilise pour nous parler, c’est la révélation de Dieu. Mais je suis aussi convaincu que Dieu nous parle de beaucoup d’autres manières, il n’est pas limité dans ses moyens d’action, il s’adresse aussi à nous par des canaux inattendus.

Nous sommes invités à être toujours attentifs à ce que Dieu veut nous dire, à être connecté en permanence avec lui.

Depuis plusieurs mois, nous suivons l’histoire d’Abraham, l’ancêtre du peuple juif. Dans son parcours, Dieu lui a souvent parlé, notamment pour lui faire des promesses : il aura une grande descendance, Dieu lui donnera un pays, et sa descendance sera une bénédiction pour toutes les familles de la terre.

La plupart du temps, Dieu s’adresse directement à Abraham. Dans le passage que nous allons lire ce matin, je pense que Dieu s’adresse à lui d’une manière différente, pour lui apprendre des leçons.

Il ne s’est pas adressé à lui directement, il n’a pas envoyé d’ange ni de songe, il n’a pas fait de miracle particulier. Pourtant, ce qu’il va vivre sera une expérience très instructive et je pense que cela a contribué à la croissance spirituelle d’Abraham.

Lisons ce passage dans le livre de la Genèse, chapitre 21, versets 22 à 34.

22 A cette époque-là, Abimélec, accompagné de Picol, le chef de son armée, dit à Abraham: «Dieu est avec toi dans tout ce que tu fais.
23 Jure-moi maintenant ici, au nom de Dieu, que tu ne me tromperas pas, ni moi, ni mes enfants, ni mes petits-enfants, et que tu feras preuve envers moi et envers le pays où tu séjournes de la même bonté que moi envers toi.»
24 Abraham dit: «Je le jurerai.» 25 Il fit toutefois des reproches à Abimélec au sujet d’un puits dont les serviteurs d’Abimélec s’étaient emparés de force. 26 Abimélec répondit: «J’ignore qui a fait cela. Tu ne m’en avais pas informé et moi-même, je n’en entends parler qu’aujourd’hui.»
27 Abraham prit des brebis et des boeufs qu’il donna à Abimélec, et ils conclurent tous les deux une alliance.
28 Abraham mit à part sept jeunes brebis. 29 Abimélec dit à Abraham: «Qu’est-ce que ces sept jeunes brebis que tu as mises à part?» 30 Il répondit: «Tu accepteras ces sept brebis de ma part, afin que cela me serve de témoignage que j’ai creusé ce puits.»
31 C’est pourquoi on appelle cet endroit Beer-Shéba: parce que c’est là qu’ils prêtèrent tous les deux serment.
32 Ils conclurent donc une alliance à Beer-Shéba. Puis Abimélec se leva avec Picol, le chef de son armée, et ils retournèrent dans le pays des Philistins.
33 Abraham planta des tamaris à Beer-Shéba, et là il fit appel au nom de l’Éternel, le Dieu d’éternité.
34 Abraham séjourna longtemps dans le pays des Philistins.

Ce texte parait anodin. Pendant longtemps, je me suis demandé ce que j’allais bien pouvoir en tirer comme enseignement, et puis j’ai trouvé une piste en lisant la prédication d’un pasteur. Mais dans la plupart des commentaires bibliques que j’ai consultés, on ne dit pas grand-chose de ce passage.

Ce qui intéresse souvent les lecteurs, c’est la naissance d’Isaac et tous les évènements qui ont lieu autour de cet enfant.

Mais l’on oublie parfois que ce qui intéresse Dieu aussi chez Abraham, c’est son parcours, sa progression dans la foi. Dieu souhaite qu’Abraham grandisse dans sa confiance en lui, qu’il apprenne à le connaître toujours plus et qu’il agisse selon sa volonté.

Ce passage est riche en enseignement. Je pense que ce n’est pas pour rien que cet épisode se situe entre la naissance d’Isaac et la mise à l’épreuve d’Abraham. Entre ces deux évènements, Abraham a appris beaucoup de choses.

Cette rencontre avec Abimélec a certainement contribué à sa compréhension de l’Évangile, c’est-à-dire de la Bonne Nouvelle concernant le salut en Jésus-Christ. Je parle d’Évangile, car c’est bien de cela qu’il s’agit.

Jésus ne viendra que bien plus tard, par la descendance d’Abraham et d’Isaac, mais l’Évangile est déjà préfiguré ici.

L’interprétation du texte que je vais vous présenter peut paraître un peu originale, mais je pense qu’elle prend en compte le contexte.

Le dernier récit que nous avons lu sur Abraham concerne la naissance de l’enfant promis. Le prochain concernera la mise à l’épreuve de la foi d’Abraham, lorsque l’enfant aura grandi, c’est le point culminant de son histoire.

Entre les deux, plusieurs années passent, plusieurs années où Abraham continue de grandir dans sa foi et sa relation avec Dieu. Et le seul épisode de sa vie qui concerne cette période est le récit que nous lisons maintenant.

Je suppose donc que ce qu’il a vécu dans ce récit lui a appris des choses, c’est probablement une expérience qui a contribué à sa croissance spirituelle.

Premièrement, ce que je vois dans ce texte, c’est qu’Abraham est invité à apprendre la gratitude, le fait d’être reconnaissant.

[1. Gratitude]

Abraham a eu un fils dans sa vieillesse alors que sa femme Sarah était stérile. C’est un miracle, il a de quoi se réjouir.

Il a dû attendre 25 ans que sa femme donne naissance à Isaac. Entre temps, il a eu un premier enfant avec Agar, la servante de Sarah. Un enfant dont il a dû se séparer. C’est Sarah qui lui avait suggéré de faire cet enfant avec Agar et c’est Sarah qui lui demande de s’en déparer. Elle voulait s’assurer qu’Isaac soit le seul héritier. Cette séparation a été douloureuse pour Abraham.

Abraham a aussi vécu dans la peur pendant ces 25 années. Il était migrant. Les étrangers ne sont pas toujours bien perçus, les gens se méfient de ceux qui viennent d’ailleurs.

Abraham disait lui-même qu’il avait peur, car il pensait que personne n’avait de respect pour Dieu autour de lui. C’est pour cela qu’il était inquiet à chaque fois qu’il se rendait dans un territoire. Il craignait qu’on le tue pour enlever sa femme tellement elle était belle. C’est pour cette raison qu’il faisait passer sa femme pour sa sœur partout où il se rendait.

Genèse 20.13 : « Lorsque Dieu m’a fait errer loin de ma famille, j’ai dit à Sara: ‘Voici l’acte de bonté dont tu pourras faire preuve envers moi: partout où nous irons, présente-moi comme ton frère. »

Je ne sais pas comment Abraham a vécu son appel. Dieu lui a fait des promesses et il a obéi par la foi. Mais savait-il que son fils n’allait naître que 25 ans après et que l’installation dans le pays promis ne serait que pour ses descendants. Savait-il qu’il allait rencontrer toute sorte de difficultés liées à sa vie de migrants ?

Abraham rendait-il grâce à Dieu pour sa situation, sachant que sa vie n’était pas facile ? Voyait-il la main de Dieu dans son quotidien ?

Nous ne le savons pas, mais nous savons que le roi Abimelec s’en rendait compte.

Verset 22 : « À cette époque-là, Abimélec, accompagné de Picol, le chef de son armée, dit à Abraham: « Dieu est avec toi dans tout ce que tu fais. » »

C’est la première chose que le roi lui dit. J’imagine qu’Abraham a dû être agréablement surpris par cette remarque : « Dieu est avec toi dans tout ce que tu fais. »

Abraham était vieux, il s’est séparé de son premier enfant, il était migrant. Mais Dieu était avec lui dans tout ce qu’il faisait.

Si Abraham ne s’en rendait pas compte, cette affirmation du roi Abimelec a dû le faire réfléchir. Il est même probable que cette remarque a dû lui faire l’effet d’une claque. Comme si Dieu lui disait à travers un étranger : il t’arrive de passer par des moments douloureux et difficiles, mais je suis toujours avec toi dans tout ce que tu fais.

C’est une invitation à voir l’action de Dieu dans sa vie plutôt que de voir les difficultés.

Voyons-nous la main de Dieu dans votre quotidien ? Vous avez probablement des inquiétudes, comme Abraham. Vous avez peut-être été séparé d’un être cher, comme Abraham. Vous êtes peut-être victime de discrimination, comme Abraham. La santé que vous aviez dans votre jeunesse commence peut-être à vous faire défaut, comme Abraham.

Mais si vous avez fait le choix d’appartenir à Dieu, ne doutez pas de sa présence dans votre vie.

« Dieu est avec toi », ce rappel du roi Abimelec invite Abraham à la gratitude, à voir ce que Dieu fait dans sa vie plutôt que de voir ce qui ne va pas.

Nous aussi, soyons dans la reconnaissance pour ce que Dieu fait pour nous.

Deuxièmement, Abraham est invité à apprendre l’humilité.

[2. Humilité]

Pourquoi Abimelec va-t-il voir Abraham ? Pour lui proposer une alliance, un marché.

Verset 23 : Jure-moi maintenant ici, au nom de Dieu, que tu ne me tromperas pas, ni moi, ni mes enfants, ni mes petits-enfants, et que tu feras preuve envers moi et envers le pays où tu séjournes de la même bonté que moi envers toi.»

Abimélec reconnait la puissance de Dieu et voit qu’Abraham est béni. Alors il préfère être dans le même camp que lui.

Voici sa première demande : « Jure-moi maintenant ici, au nom de Dieu, que tu ne me tromperas pas ».

Abimelec ne veut plus être trompé par Abraham. En effet, quelques années plus tôt, Abraham avait fait passer sa femme pour sa sœur auprès d’Abimélec. Abimélec l’a donc prise pour qu’elle devienne sa femme. Dieu était intervenu pour mettre en garde Abimelec afin qu’il n’ait pas de relation physique avec elle, afin qu’il ne pêche pas.

Maintenant, Abimelec affirme ne plus vouloir de mensonge. Je trouve  cette situation un peu embarrassante. D’une part, Abimelec respectait le Dieu d’Abraham. D’autre part, il doutait de la crédibilité d’Abraham. Il le voit comme un trompeur et il lui demande d’être désormais honnête avec lui.

Cette demande d’Abimelec met en évidence qu’Abraham a été, dans le passé, un mauvais témoin d’un Dieu bon.

Là encore, Abraham a dû recevoir cette remarque comme une claque. Sa vie témoignait de la puissance de Dieu, mais lui-même était un témoin défaillant à cause de sa tromperie.

De notre côté nous pouvons réfléchir au témoignage de nos Églises qui peut parfois être un contre témoignage. Et pourtant Dieu amène des gens à lui et il fait croitre son Église.algré les différents courants au sein du christianisme, malgré le manque de patience et de tolérance que l’on peut parfois trouver dans nos milieux, l’Église grandit. Est-ce dû à notre témoignage efficace ou est-ce dû à la bonté de Dieu ? Il me semble qu’il y a de quoi se laisser interpeller.

Dieu utilise des hommes et des femmes imparfaits pour accomplir son plan parfait. Il a tenu sa promesse et il a été bon envers Abraham malgré ses erreurs. C’est l’Évangile, c’est la grâce. Dieu n’attend pas que nous méritions son amour pour nous aimer. Il nous aime comme ses enfants malgré nos imperfections.

Cela dit, ce n’est pas une excuse pour ne pas progresser et faire attention. Apprenons à être des témoins fidèles de l’Évangile et à donner au monde l’image d’une Église humble et attachée aux valeurs enseignées dans les Écritures.

Abraham est invité à la gratitude et à la l’humilité. Troisièmement, il est invité à changer.

[3. Changement]

Abimelec demande à Abraham de ne plus le tromper comme il l’a fait auparavant, et il est invité à devenir plus honnête, plus digne de confiance.

L’Évangile, c’est la grâce. Dieu nous pardonne, il nous aime et nous béni alors que nous ne le méritons pas. Mais ce n’est pas une raison pour continuer de vivre comme bon nous semble.

Quand on parle de nos défauts, certaines personnes disent : je suis comme ça et il faut l’accepter. C’est aux autres de se faire à eux, mais eux ne sont pas prêts de changer. Ce n’est pas une attitude ouverte, mais plutôt centrée sur soi.

On entend aussi parler de « péchés mignons ». Mais le péché n’a rien de mignon. Aucun péché n’est anodin, au contraire, cela peut faire l’effet d’un levain qui se répand et qui fait gonfler toute la pâte.

Parfois, des personnes ont aussi tendance à faire intervenir l’amour de Dieu pour se justifier. J’ai fait quelque de regrettable, mais Dieu m’aime quand même.

Toutes ces attitudes vont à l’encontre de la grâce. La grâce n’est pas un joker qui nous permet de continuer à vivre comme bon nous semble. La grâce nous est offerte au prix de la vie de Jésus, elle n’est pas à prendre à la légère. La grâce nous invite à changer.

Abraham bénéficie de la bonté de Dieu, mais ce n’est pas une raison pour continuer de tromper les autres. Il est invité à changer pour être un témoin de Dieu digne de confiance.

Sommes-nous des témoins de Dieu crédibles ? Reflétons-nous la bonté de Dieu ? Reflétons-nous sa patience, sa douceur et sa bienveillance ?

Grâce à Abimelec, je pense que Dieu veut apprendre à Abraham la gratitude, l’humilité, le changement et quatrièmement, la confiance.

[4. Confiance]

En arrivant dans le pays d’Abilémec, Abraham avait peur que personne ne craigne Dieu. C’est notamment pour cela qu’il faisait passer sa femme pour sa sœur.

Genèse 20.11 : « Je me disais qu’il n’y avait sans doute aucune crainte de Dieu dans ce pays et que l’on me tuerait à cause de ma femme. »

Ici, Abimelec témoigne bien d’une grande crainte pour Dieu. C’est d’ailleurs pour cela qu’il souhaite faire alliance avec lui.

Finalement les inquiétudes d’Abraham étaient inutiles. Il a passé 25 ans de sa vie à vivre dans la peur.

Non seulement Abimelec n’avait pas l’intention de le tuer pour prendre sa femme, mais en plus, il ne lui prendrait même pas un puits situé sur ses propres terres.

Dieu est en train de montrer à Abraham que la plupart de ses craintes étaient injustifiées. En tant qu’enfant de Dieu, il n’a pas à vivre dans la peur, mais dans la confiance.

Je pense que nos craintes à nous aussi sont souvent inutiles. La crainte vis-à-vis de notre avenir ou celle de l’Église. Dieu nous invite à avoir foi en sa protection et en son action. Il intervient en temps voulu, toujours au bon moment.

Et si nous sommes appelés à la confiance, nous sommes aussi appelés à l’action, à entrer dans ses projets. Il ne s’agit pas de rester passif et d’attendre que Dieu fasse tout, mais de rester à l’écoute de Dieu, dans la confiance, et d’accomplir notre vocation.

[Conclusion]

Pour conclure, je pense que cette rencontre avec Abimelec a dû faire réfléchir Abraham et nous pourrions nous aussi nous laisser interpeller. Gratitude, humilité, changement, confiance. Dieu a accompagné Abraham petit à petit, avec patience, afin qu’il progresse dans sa foi.

C’est le cas pour nous aussi :

  • Dieu souhaite que nous apprenions à être reconnaissants même dans l’épreuve.
  • Il veut nous faire prendre conscience que son Église grandit par sa grâce, malgré nos imperfections et nos défauts. Il nous invite à l’humilité.
  • Il nous invite à changer pour lui ressembler. Jésus parle de nouvelle naissance, c’est fort comme expression. Le Christ nous offre une nouvelle vie et nous sommes invités à la vivre.
  • Enfin, il nous invite à exercer notre foi. Ne craignons rien, car le Seigneur est avec nous. Jésus a dit à ses disciples : « Je suis avec vous, jusqu’à la fin du monde. »

Christian Huy

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