Parce que c’est notre projet ! (1 Pierre 1.13-2.3)

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Nous sommes actuellement en pleine campagne présidentielle, les divers candidats présentent leurs programmes, leurs idées, leur volonté pour la France, pour l’Europe, pour le monde s’ils étaient élus. C’est le moment de réfléchir pour qui voter, qui a les idées qui correspondent le mieux à nos convictions. Je me rappelle notamment de la dernière présidentielle où celui qui allait devenir le président, lors d’un discours exalté, avait terminé les bras écartés en criant « Parce que c’est notre projet !!! ».

Ma question, en me remémorant cet épisode dans cette période que nous vivons, c’est quel est notre projet ? Rassurez-vous, je ne vais pas faire de la politique ce matin, je ne vais pas vous dire quel serait le projet pour lequel voter ou non, ce n’est pas le but. Mais, ma question, ce matin, est plutôt : quel est notre projet de vie en tant que chrétien ? Quel est notre programme de vie, si l’on poursuit notre métaphore présidentielle ? Qu’est-ce que notre foi nous amène à vivre et nous demande de vivre ?

Nous avons commencé à lire ensemble la première épître de Pierre, il y a trois semaines. Dans le début de sa lettre, Pierre nous rappelait que malgré la souffrance, les épreuves que nous pouvons traverser, la vie chrétienne, la foi vaut le coup, car elle vient changer notre regard sur l’épreuve en nous offrant une espérance vivante dans le salut promis par Dieu par la mort de Jésus à la croix.

Ce matin, je vous propose de continuer notre lecture de l’épître en gardant cette question du projet de vie en tête. Lisons donc 1 Pierre 1.13 à 2.3 :

13 C’est pourquoi tenez-vous prêts à agir, gardez votre intelligence en éveil. Mettez votre espérance tout entière dans le don qui vous sera accordé quand Jésus Christ se révélera. 14 Obéissez à Dieu et ne vous conformez pas aux mauvais désirs que vous aviez autrefois, quand vous étiez encore ignorants. 15 Mais soyez saints dans toute votre conduite, tout comme Dieu qui vous a appelés est saint. 16 En effet, l’Écriture déclare : « Vous serez saints, car je suis saint. »

17 Dans vos prières, vous donnez le nom de Père à Dieu qui juge de manière équitable, selon ce que chaque personne a fait ; c’est pourquoi, durant le temps qu’il vous reste à séjourner sur la terre, que votre conduite témoigne du respect que vous avez pour lui. 18 Vous savez, en effet, à quel prix vous avez été délivrés de la manière de vivre que vos ancêtres vous avaient transmise et qui ne menait à rien. Ce ne fut pas au moyen de choses périssables, comme l’argent ou l’or ; 19 non, vous avez été délivrés par le sang précieux du Christ, comme celui d’un agneau sans défaut et sans tache. 20 Dieu l’avait désigné pour cela, avant même la création du monde, et c’est pour vous qu’il l’a manifesté dans ces temps qui sont les derniers. 21 Par lui, vous croyez en Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts et qui lui a donné la gloire ; ainsi vous pouvez placer votre foi et votre espérance en Dieu. 

22 Vous vous êtes purifiés en obéissant à la vérité, pour vous aimer sans hypocrisie comme des frères et des sœurs. Aimez-vous donc ardemment les uns les autres, d’un cœur pur. 23 En effet, vous êtes nés de nouveau, non d’une semence périssable, mais grâce à une semence impérissable, grâce à la parole de Dieu qui est vivante et qui demeure à jamais. 24 Car il est écrit : « Tout être humain est comme l’herbe, et toute sa gloire comme la fleur des champs ; l’herbe sèche et la fleur tombe, 25 mais la parole du Seigneur demeure pour toujours. »

2.1 Or, cette parole est celle de la bonne nouvelle qui vous a été annoncée. Rejetez donc toute forme de méchanceté, toute ruse, ainsi que l’hypocrisie, la jalousie et les calomnies. 2 Comme des enfants nouveau-nés, désirez avec ardeur le lait pur de la parole de Dieu, afin qu’en le buvant vous grandissiez jusqu’au salut. 3 En effet, « vous avez goûté combien le Seigneur est bon. »

Dans le passage que nous venons de lire, Pierre change de mode. Oui oui, on fait un peu de grammaire, de conjugaison aujourd’hui, mais ça ne va pas durer trop longtemps, promis. Alors qu’il parlait à l’indicatif dans le texte qui précède le nôtre pour décrire ce que Dieu a fait, il évolue vers à une série de plusieurs impératifs, d’ordres en grecs. Pierre passe de la proclamation à l’exhortation, de la proclamation à l’encouragement pour nos vies. Je m’imagine en lisant ces versets si les destinataires directs de la lettre avaient été français comme nous. On sait combien une des passions françaises est de recevoir des ordres, combien on aime se faire commander par quelqu’un d’autre. Sûrement, que certaines personnes auraient pu crier à une violation de nos libertés personnelles, ou même se dire qui est ce Pierre pour nous donner des ordres. Et je m’imagine si en plus ces français étaient protestants. Ça leur aurait donné l’impression de recevoir une lettre du pape qui nous disait quoi faire, ça ne nous aurait pas convenu pas. 

Mais Pierre ne semble pas voir les choses de cette manière. En effet, il commence notre passage par un « c’est pourquoi ». Il y a une raison à ces impératifs, et cette raison, c’est tout ce qu’on a vu dans le passage précédent. C’est comme si Pierre disait : je vous ai parlé de l’œuvre de Dieu qui vient nous offrir une espérance vivante, le salut et un héritage, voilà pourquoi maintenant, je peux venir vous exhorter en vous présentant le programme de la vie chrétienne. Oui, pour Pierre, notre projet est avant tout, et d’abord celui de Dieu.

[1. Le projet de Dieu…]

Et cette formule, « c’est pourquoi » se poursuit en quelque sorte tout au long du texte que nous venons de lire. Chacun des impératifs qui le compose tient son fondement sur un indicatif qui décrit ce que Dieu fait. Nous les retrouvons tout au long de notre passage : Dieu nous a appelés (1.15), Il nous a délivrés par le sang précieux du Christ (1.19), Dieu l’avait désigné d’avance pour cela (1.20), Il l’a ressuscité (1.21), Il nous a fait naître de nouveau (1.23), et nous avons pu goûter combien le Seigneur est bon (2.3).

Oui l’action première est celle de Dieu. C’est parce que Dieu le Père avait décidé dès la création du monde d’envoyer son Fils sur la terre pour qu’il meure sur la croix, puis qu’il ressuscite que nous pouvons être appelés, naître de nouveau, et goûter combien le Seigneur est bon. Lui seul pouvait nous offrir le salut que nous ne pouvions atteindre par nos propres œuvres. Nous étions condamnés à être esclaves du péché, à être éloignés de Dieu, mais Jésus est venu nous racheter, comme on rachète un esclave. Dans ce sens, nous pouvons donner l’exemple du football professionnel et de ce qu’on appelle le mercato. Cette période où les clubs « s’achètent » au moyen de grandes sommes d’argent les joueurs qu’ils aimeraient avoir dans leur équipe. C’est un peu comme si un club rachetait un joueur, pour le « libérer » de son ancien club et le faire entrer dans une nouvelle équipe. Ces achats sont souvent liés à un mérite, à des performances qui font que le joueur a une forte valeur. Dieu, contrairement à notre exemple, n’a pas décidé de nous racheter en fonction de nos œuvres, de nos mérites ni avec une grande somme d’argent, mais il l’a fait seulement par grâce, comme un cadeau en s’offrant lui-même par son fils Jésus, comme un sacrifice, sur cette croix, une fois pour toutes. En lieu et place des nombreux sacrifices qui étaient demandés au peuple de l’Ancien Testament, ce sacrifice, tel un gel hydroalcoolique qu’on applique sur nos mains, vient nous désinfecter, nous laver, nous purifier de ce qui nous empêchait de nous tourner vers Dieu, et ce, en une seule fois, par la mort et la résurrection de Jésus.

[2. … Qui devient un projet de vie pour nous]

Toute cette œuvre de Dieu nous invite à une réponse dans nos vies. Cette œuvre permet le fait que le projet de Dieu devienne notre projet, que son projet implique le nôtre et que notre projet devienne nouveau par rapport à celui qu’on avait quand on ne connaissait Dieu. Ainsi, maintenant, nous pouvons nous intéresser aux différents impératifs de notre passage. Tout impératif, tout ordre que Pierre donne doit se vivre à la lumière de l’évangile de Jésus-Christ, à la lumière de l’œuvre de Dieu, c’est ce qu’il nous rappelle ce matin. L’œuvre de Dieu est toujours première. Il y a alors comme un contre-temps musical. Dieu agit sur le temps toujours en premier, notre réponse n’arrive pas immédiatement, mais sur le contretemps. Le programme de vie que propose Pierre est le suivant : Mettre toute notre espérance en Dieu (1.13), être saint dans tous nos agissements comme Dieu l’est (1.15), nous conduire avec respect devant le Seigneur (1.17), aimer notre prochain (1.22) et grandir spirituellement (2.2). Car oui le but de ce programme, pour ceux que Dieu a fait naître de nouveau, est de grandir, de vivre une croissance spirituelle. Tout comme nos parents par notre éducation ont eu pour but de nous faire grandir, de nous faire croître, pour, qu’un jour, nous devenions adultes, Dieu notre Père céleste, veut que ses enfants grandissent dans leur vie. Quand on est chrétien, grandir dans notre vie de foi, c’est grandir dans notre relation à Dieu, mais aussi dans notre relation aux autres. On retrouve dans les impératifs de notre passage le principe des dix commandements et des commandements laissé par Jésus : la foi implique notre relation, notre amour pour Dieu, mais aussi pour les autres.

Mais alors comment grandir me direz-vous ? Une des clés données selon moi se trouve au verset 16 dans lequel Pierre reprend le texte de Lévitique 19.2 qui dit « Soyez saints, car je suis Saint ». Il faut chercher à ressembler, à vivre dans l’exemple de Dieu qui a agi en premier. On aurait presque l’impression de nous retrouver face au dicton « Tel Père, tel fils ; Tel Père, telle fille ». Je ne sais pas comment vous vivez ce dicton, mais pendant des années et sur un sujet particulier, j’ai eu du mal avec cette idée. Non pas que ma relation avec mon père soit difficile, bien au contraire, mais parce qu’avant même que je ne reçoive mon appel pastoral, des gens me disaient que je ferai pasteur comme mon père. Je pense ces réactions ont pu me déranger par moment et me freiner dans l’optique d’une formation au pastorat. Je ne me sentais peut-être pas reconnu pour qui j’étais, sur ce point précis, je ne voulais pas ressembler à mon père, surtout si c’étaient les autres qui me l’imposaient en quelque sorte (bon ça n’a pas trop fonctionné finalement, je suis devant vous ce matin).

Pourtant en tant que chrétien, je crois qu’une de nos profondes envies quand on connaît Jésus, c’est que notre caractère, la personne que nous sommes reflète le caractère de notre Père divin ou du moins une facette au moins de qui Il est : sa bonté, son amour, sa patience, sa bienveillance, sa joie, sa fidélité et donc sa sainteté. Car oui être Saint, c’est être en présence de Dieu, en présence de ce Dieu que nous pouvons appeler Père, mais qui est aussi juge, ce Dieu à la fois tellement proche de nous, tellement aimant, mais aussi tout autre.

Cette sainteté nous amène à avoir une relation avec lui, à le découvrir dans sa parole qui nous nourrit comme le lait, à lui obéir, à le respecter, comme nous le rappelle Pierre, mais aussi à lui rendre un culte, à l’adorer. Ces temps dans sa présence, nous permettent de le connaître, et finalement de lui ressembler pour le refléter au monde. Cette norme de sainteté peut sembler être une norme impossible pour nous. Pierre, quand il a rencontré Jésus, a découvert la sainteté de Dieu dans son bateau de pêche. Après une nuit de travail infructueux, il a jeté de nouveau ses filets à la parole de Jésus. La prise a été miraculeuse. Pierre est alors tombé aux pieds de Jésus et a dit : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, je suis un homme pécheur ! ». Agenouillé au milieu des poissons, Pierre avait reconnu le Seigneur, avait vu sa sainteté. Il ne se sentait pas digne de cette sainteté, de se trouver face à celle-ci. Pourtant, la suite de l’évangile et cette lettre que nous lisons, nous montrent que Jésus l’a invité à le suivre et que Pierre est devenu un de ses disciples, un des fondateurs de l’Église. Et il en est de même pour nous que le Seigneur appelle alors même que nous sommes des hommes et des femmes pécheurs. L’exigence de sainteté devient possible pour nous, car elle ne nécessite pas une compréhension encyclopédique de directives et d’interdictions sans fin, au contraire, elle jaillit du cœur, de notre amour pour le Seigneur notre Dieu, de notre réponse à son appel.

[3. Un chemin de vie à mener avec Dieu]

C’est un chemin, un programme de vie à mener avec Dieu. Oui, notre réponse dépend en partie de notre responsabilité devant Dieu. Pierre nous le rappelle. Il nous invite à nous tenirprêts à agir, à garder notre intelligence en éveil au verset 13, littéralement à mettre une ceinture à notre intelligence. À l’époque pour sortir, vu que les vêtements étaient larges et amples, on mettait une ceinture. Aujourd’hui ça pourrait être se préparer pour le travail avec sa veste, ses chaussures. L’idée est d’être prêt, prêt à faire les efforts pour ce projet de vie, pour vivre à fond en lien avec les exigences de Dieu, exigences de d’amour pour Lui et pour nos frères et sœurs, nos prochains mais aussi exigence quant au fait d’être né de nouveau. Nous devons, Pierre nous le rappelle verset 14, ne pas nous conformer aux mauvais désirs que nous avions autrefois, quand nous ne connaissions pas Dieu. Oui, chers amis, nous devons faire des efforts pour obéir à Dieu et peut-être que cela nous semble bien difficile.

Mais la bonne nouvelle, c’est que, tout comme il agit avant même notre réponse, avant même que notre projet de vie ne se met en place, Dieu continue d’agir tout au long de notre chemin de vie, de notre séjour sur cette terre. Il ne nous laisse pas seuls devant notre responsabilité et les impératifs que Pierre donne ici. Dieu continue d’être celui qui agit en premier, il nous transforme et nous parle par sa parole, il nous donne son Saint-Esprit qui est en nous pour nous guider et nous transformer dans notre chemin vers la sainteté, vers la ressemblance à Dieu. Quel beau projet, quelle merveilleuse nouvelle. Tout cela nous pousse à aimer et à louer Dieu, à chanter que nous préférons connaître Jésus, le connaître, car il n’est rien de meilleur. Et espérer vivre de sa vie de résurrection, Communier à ses souffrances, pour lui devenir conforme et vivre avec Lui l’éternité.

Amen, alors levons-nous et chantons « Te connaître »

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