Porter des bons fruits (Luc 6.43-49)

Lorsque je cuis mon pain, il est important de ne pas le laisser trop longtemps dans le four. Il m’est arrivé plusieurs fois de faire l’erreur de le laisser trop longtemps, du coup le pain devient plus dur à l’extérieur et il est moins agréable à consommer. Lorsque ma femme me voit mettre mon pain dans le four, elle me pose toujours la même question : est-ce que tu as mis le minuteur ?

Elle me pose cette question, car elle me connaît bien. Une fois que j’ai mis mon pain dans le four, j’ai tendance à penser, à tort, que le travail est fini, alors que ce n’est pas le cas. Il faut qu’il cuise à la bonne température et la bonne durée. Cela semble évident, c’est du bon sens, mais il m’arrive encore de laisser le pain cuire trop longtemps. Pourquoi ai-je tant de mal à mettre le minuteur ? Ce n’est pourtant pas difficile ? Cela ne prend même pas une minute ?

Pendant assez longtemps, je ne mettais pas de minuteur, car je voulais aller vite et surtout, j’étais trop sûr de moi.

Je regardais l’heure à laquelle j’enfournais le pain et je calculais l’heure à laquelle il fallait le retirer. Je me disais toujours : c’est bon, c’est dans 25 minutes, je me souviendrai, je surveillerai l’heure. La plupart du temps, cela fonctionnait. Mais parfois, j’oubliais et le pain cuisait 4 ou 5 minutes de plus, ce n’était pas grave du tout. Mais il est arrivé que j’oublie complètement et que le pain reste bien plus longtemps que nécessaire.

Lorsque ma femme me demande si j’ai mis le minuteur, elle a raison, parce qu’elle me connaît, elle sait que je ne peux penser qu’à une seule chose à la fois et que pendant ce temps, j’oublie tout le reste !

Le plus désespérant c’est que je tombe souvent dans les mêmes travers. Aujourd’hui je mets souvent le minuteur lorsque je mets quelque chose dans le four, mais quelques fois, lorsque le minuteur sonne, la cuisson n’est pas finie. Dans ce cas, devinez ce que je fais ?

Je laisse le pain ou le plat dans le four, et je me dis : pas besoin de minuteur, je reviens dans 5 minutes. Et qu’est-ce qui arrive ? 5 minutes après j’oublie complètement que je dois arrêter le four. Il suffit d’un coup de téléphone, d’un imprévu qui détourne mon attention, et c’est trop tard.

Tout ça parce que je me passe du minuteur, je suis trop sûr de moi, je veux aller vite et je choisis la facilité, en tout cas, ce qui semble être la facilité.

Dans le texte que nous allons lire maintenant, Jésus nous rappelle ce qui est évident, ce qui de l’ordre du bon sens. Choisissons-nous la facilité ou acceptons-nous d’écouter ses conseils ?

Nous continuons notre série de prédication sur l’Évangile selon Luc en lisant le chapitre 6, les versets 43 à 49.

43 »Un bon arbre ne porte pas de mauvais fruits ni un mauvais arbre de bons fruits.
44 En effet, chaque arbre se reconnaît à son fruit. On ne cueille pas des figues sur des ronces et l’on ne vendange pas des raisins sur des ronces. 45 L’homme bon tire de bonnes choses du bon trésor de son coeur, et celui qui est mauvais tire de mauvaises choses du mauvais [trésor de son coeur]. En effet, sa bouche exprime ce dont son coeur est plein.
46 »Pourquoi m’appelez-vous ‘Seigneur, Seigneur!’ et ne faites-vous pas ce que je dis? 47 Je vais vous montrer à qui ressemble tout homme qui vient à moi, entend mes paroles et les met en pratique: 48 il ressemble à un homme qui, pour construire une maison, a creusé, creusé profondément et a posé les fondations sur le rocher. Une inondation est venue, le torrent s’est jeté contre cette maison sans pouvoir l’ébranler, parce qu’elle était fondée sur le rocher.
49, Mais celui qui entend et ne met pas en pratique est semblable à un homme qui a construit une maison sur la terre, sans fondations. Le torrent s’est jeté contre elle et aussitôt elle s’est écroulée; la ruine de cette maison a été grande.»

Ces paroles de Jésus concluent ce que nous appelons « Le sermon sur la montagne ». Ce sermon est généralement lu dans l’Évangile selon Matthieu, où il est plus développé, mais il est intéressant aussi de le lire du point de vue de Luc.

Le point culminant notre texte se trouve dans la parabole des deux maisons et leur fondation. Cette parabole est bien connue dans nos Églises, notamment grâce au chant pour enfant : le fou sur le sable a bâti sa maison.

Voici les paroles de cette chanson inspirées de la parabole telle qu’elle est présentée plutôt dans l’Évangile selon Matthieu.

Le fou sur le sable a bâti sa maison et la tempête arriva
Le vent souffla et la pluie tomba, et la maison s’écroula

Le sage sur le roc a bâti sa maison et la tempête arriva
Le vent souffla et la pluie tomba, et la maison résista

Enfant, sur Jésus viens bâtir ta maison et la tempête arrivera
Le vent soufflera et la pluie tombera, et la maison résistera !

Dans ce chant, on explique que bâtir sa maison sur le roc, c’est bâtir sa maison sur Jésus.  Autrement dit, bâtir sa vie sur Jésus, mettre sa confiance en Jésus. Et lorsqu’il est question de tempête, de vent et de pluie, la plupart du temps, on dit que ce sont les épreuves de la vie. Je l’ai encore lu dans des commentaires théologiques cette semaine. Toutes ces affirmations ne sont pas fausses, mais en regardant le texte de plus près on peut y trouver un enseignement encore plus riche, un enseignement qui va plus loin. J’aimerais traiter deux questions que je trouve essentielles dans ce passage. Premièrement, que représente l’homme qui bâtit sa maison sur les fondations solides ?

[1. Que représente l’homme qui bâti sur des fondations solides ?]

Relisons les versets 47 et 48 :

47 Je vais vous montrer à qui ressemble tout homme qui vient à moi, entend mes paroles et les met en pratique: 48 il ressemble à un homme qui, pour construire une maison, a creusé, creusé profondément et a posé les fondations sur le rocher. Une inondation est venue, le torrent s’est jeté contre cette maison sans pouvoir l’ébranler, parce qu’elle était fondée sur le rocher.

Le verset 47 est très clair : celui qui fonde sa maison sur le rocher, c’est celui qui vient à Jésus, qui entend ses paroles et les met en pratique.

Venir à Jésus, c’est s’approcher de lui, c’est solliciter son aide, sa grâce, sa bénédiction. Cette expression me fait penser à d’autres passages dans la Bible. Par exemple dans le livre du prophète Esaïe 55.1 : « Vous tous qui avez soif, venez vers l’eau, même celui qui n’a pas d’argent! Venez, achetez et mangez, venez, achetez du vin et du lait sans argent, sans rien payer ! »

Aussi dans Matthieu 11.28 : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et courbés sous un fardeau, et je vous donnerai du repos. »

Venir à Jésus, c’est le reconnaître comme celui qui peut nous combler de sa grâce et son amour et c’est aussi répondre à son appel.

C’est un acte de foi. Lorsque le chant pour enfant parle de bâtir sa maison sur Jésus, c’est vrai. Il s’agit de confier sa vie à Jésus, de lui faire confiance. Mais Jésus ne parle pas que de venir à lui, il s’agit aussi d’entendre SES paroles : « Je vais vous montrer à qui ressemble tout homme qui vient à moi, entend mes paroles et les met en pratique. »

Jésus ne dit pas : celui qui vient à moi et entend les paroles des hommes sages. Il ne dit pas : celui qui vient à moi et entend les paroles de maîtres spirituels. Il dit : celui qui vient à moi et entend MES paroles.

Jésus porte notre attention sur SON enseignement, et en particulier le sermon qu’il vient de donner sur la montagne. Ce sermon met un accent sur la mise en pratique et ici encore Jésus insiste sur ce point : « Je vais vous montrer à qui ressemble tout homme qui vient à moi, entend mes paroles et les met en pratique. »

Les trois aspects sont liés : venir, entendre et mettre en pratique.

Avoir une foi théorique ne sert à rien. Adhérer à l’enseignement de Jésus ne suffit pas. Jésus insiste sur la mise en pratique. Il dit au verset 46 : « Pourquoi m’appelez-vous ‘Seigneur, Seigneur!’ et ne faites-vous pas ce que je dis ? »

Et inversement, faire de bonnes œuvres sans avoir foi en Jésus ne suffit pas non plus.

Dans notre texte, Jésus insiste sur le lien qu’il y a entre notre cœur et nos actes. Il utilise l’image de l’arbre et de son fruit.

43 Un bon arbre ne porte pas de mauvais fruits ni un mauvais arbre de bons fruits.
44 En effet, chaque arbre se reconnaît à son fruit.

Je ne suis pas très doué en botanique. Parfois je vois un arbre et je ne sais pas du tout de quel arbre il s’agit. Je ne sais pas toujours reconnaître un arbre en observant juste l’écorce ou les feuilles. En revanche, si l’arbre porte des fruits, par exemple des poires, je pourrai vous dire à coup sûr que c’est un poirier, à moins que ce soit un arbre modifié artificiellement par les hommes.

Avec l’image de l’arbre et du fruit, je ne pense pas que l’intention première de Jésus soit de nous donner des indices pour reconnaître les « vrais » chrétiens, comme si nous devions faire un tri. Cela ne serait pas cohérent avec la parabole de la paille et de la poutre qu’il enseigne juste avant.

Il nous invite à ne pas juger, mais à nous examiner nous-mêmes en premier et non pas les autres. Par cette image de l’arbre et de son fruit, je pense que Jésus nous fait savoir que LUI sait reconnaître ses enfants. C’est une raison de plus pour nous examiner nous-mêmes et mettre en œuvre notre foi. Ce que nous avons entendu, nous sommes appelés à le mettre en pratique.

Dans le sermon sur la montagne, il s’agit de faire preuve envers notre prochain de la même bienveillance que Dieu envers nous, en considérant son prochain comme supérieur à soi-même, en pardonnant, en faisant preuve de compassion, en aimant même nos ennemis.

Ces paroles sont très belles et nous sommes tous d’accord de dire qu’il faut faire le bien autour de nous. Mais si nous mettons cela en pratique concrètement, cela signifie que la personne qui nous agace, la personne qui nous fait du mal, la personne avec qui nous n’avons pas d’affinité, la personne à qui on a beaucoup de reproches à faire, cette personne-là, nous sommes invités à l’aimer, à la pardonner, à la traiter avec bonté. La deuxième question que j’aimerais traiter est la suivante :

[2. Que représentent les intempéries qui frappent la maison ?]

La plupart du temps, lorsque l’on évoque la tempête dans notre vie, on pense souvent aux épreuves de la vie. Jésus veut-il nous enseigner qu’une vie basée sur lui nous permette de mieux tenir lors des épreuves ?

Je pense effectivement que le Seigneur est un appui dans les moments difficiles, mais je ne pense pas que Jésus parle de cela dans cette parabole.

Il me semble que les intempéries qui frappent les maisons symbolisent le jugement de Dieu à la fin des temps. Le sermon tout entier suggère cela, nous allons le voir dans quelques instants.

Si c’est bien de cela dont Jésus parle, alors ces propos peuvent paraître durs, sévères et même difficiles à entendre.

Le sermon sur la montagne est un discours où Jésus parle de manière ferme, sans filtre. Mais cette fermeté est bien une preuve de son amour, Jésus veut notre bien. Si ma femme me dit souvent de mettre la minuterie du four, ce n’est pas pour m’embêter, c’est pour me rendre service, pour que je ne rate pas mon pain.

Si Jésus nous avertit ouvertement, ce n’est pas pour nous menacer, mais pour que nous ne passions pas à côté de la vie.

Les vérités difficiles à dire et à entendre peuvent souvent être des paroles salutaires. La première fois que j’ai prêché et que j’ai demandé l’avis de mon formateur, il m’a dit tout ce qui n’allait pas. Ce n’était pas facile à entendre, mais c’était vrai et je suis très reconnaissant qu’il m’ait donné un retour honnête.

Revenons à notre texte. Qu’est-ce qui me fait dire que Jésus parle du jugement ? C’est le sermon dans son ensemble qui suggère cela. Tout au long de son discours, Jésus parle de notre destinée.

Depuis le début du discours, Jésus parle de notre destinée comme étant étroitement liée à l’état de notre vie présente.

Luc 6.20 à 23 :

20 Alors Jésus leva les yeux sur ses disciples et dit: «Heureux vous qui êtes pauvres, car le royaume de Dieu est à vous ! 21 Heureux vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés [futur] ! Heureux vous qui pleurez maintenant, car vous rirez [futur]! 22 Heureux serez-vous lorsque les hommes vous détesteront, lorsqu’ils vous chasseront, vous insulteront et vous rejetteront comme des êtres infâmes à cause du Fils de l’homme! 23 Réjouissez-vous, ce jour-là, et sautez de joie, parce que votre récompense sera grande dans le ciel [futur].

Jésus ne parle pas d’un futur qui se produira durant notre vie terrestre, mais bien d’un futur lorsque nous serons au ciel. Plus loin, lorsque Jésus nous demande d’aimer nos ennemis, de faire du bien, de prêter sans rien attendre en retour, il dit au verset 35 : « Votre récompense sera grande et vous serez fils du Très-Haut » Il dit cela en parlant du royaume des cieux.

Au verset 37, lorsqu’il dit : « ne jugez pas et vous ne serez pas jugés », il parle du jugement de Dieu.

Ainsi, lorsqu’il parle de la maison qui tient bon malgré les intempéries, il parle de la destinée de celui qui a mis sa foi en Jésus, qui met en pratique ses paroles, et qui n’a pas à craindre le jugement, car sa maison tiendra bon.

Lorsque nous lisons le sermon dans l’Évangile selon Matthieu au chapitre 7, c’est encore plus clair.

Dans le même passage, Jésus parle de deux portes et deux chemins, le chemin étroit mène à la vie, mais le chemin large mène à la perdition. Ensuite, il parle de l’arbre qui porte des bons fruits et celui qui ne parte pas de bons fruits. Jésus précise que ce dernier sera coupé et jeté au feu. Enfin, il parle des deux maisons, celle qui est fondée sur le roc tient bon, mais celle qui n’est pas fondée sur le roc tombera en ruines.

Dans l’Évangile selon Luc, l’auteur insiste sur le fait que l’homme sage s’efforce à creuser profondément, contrairement à l’homme insensé qui ne creuse pas. Luc insiste probablement sur l’action de celui qui écoute Jésus, il n’est pas passif, mais il agit.

Au contraire, celui qui ne met pas en pratique les paroles de Jésus choisit la facilité. Il construit sans fondement, il ne creuse pas, il ne fait pas d’effort ou alors il est trop confiant en ses propres capacités (comme moi lorsque je ne mets pas de minuteur).

Pour conclure, je nous invite à considérer ce passage, non pas comme un passage avec des paroles dures, mais comme une parole bienveillante de Jésus.

[Conclusion]

Jésus nous fait savoir qu’il y aura un jugement à la fin des temps, mais dans ses paroles, il ne condamne encore personne. Il parle en parabole, il parle d’arbres et de maisons. Ces paraboles sont racontées pour que nous choisissions la vie. Jésus désire que nous construisions notre maison sur les bonnes fondations.

Quand je dis à mon fils que s’il touche la plaque chauffante, il va se brûler, je ne le condamne pas, je l’avertis, parce que je ne veux pas qu’il se fasse mal. De même, si Jésus parle de manière si ferme, c’est parce qu’il ne veut pas que nous fassions les mauvais choix. C’est par amour pour nous que Jésus proclame le royaume de Dieu.

Voici ce que nous lisons en Jean 3.16 :

16 En effet, Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle.

Et le verset 17 qui est tout aussi important :

17 Dieu, en effet, n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.

L’intention première de Dieu, en envoyant Jésus, ce n’est pas de nous juger, mais de nous sauver. C’est pour cela qu’il nous enseigne. Construisons notre vie sur le fondement profond et solide, et lorsque le vent soufflera, lorsque la pluie tombera, lorsque la tempête arrivera, notre maison résistera.

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