Réflexions sur « Minuit, chrétiens… »

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Ce matin je ne vais pas vraiment prêcher sur un texte de la Bible, ce ne sera pas vraiment une prédication. Je vais plutôt vous faire part de quelques réflexions autour d’un texte qui n’est pas de la Bible.

Non seulement il s’agit d’un texte qui ne vient pas de la Bible, mais en plus, il a été écrit par un auteur qui se disait ouvertement anticlérical, un homme qui ne croyait pas que l’humanité avait besoin d’être sauvé du péché.

Ce texte, écrit par un Français, est connu dans le monde entier. Il a été mis en musique en 1847 et il est chanté chaque Noël partout dans le monde. Il s’agit du chant « Minuit chrétiens ».

Ce cantique traditionnel a une histoire très intéressante qui peut nous faire réfléchir sur le vrai sens de Noël.

Cette semaine j’ai fait quelques recherches sur ce chant et je suis tombé sur plusieurs articles, dont un qui s’intitule : « « Minuit chrétiens » est-il vraiment chrétien ? »

Effectivement, comment se fait-il qu’un auteur anticlérical, non chrétien, ait pu écrire un texte si apprécié dans le monde chrétien, avec des paroles qui reflètent quand même le message biblique ?

Je vous propose une réflexion en plusieurs étapes.

Nous allons d’abord parler de l’auteur, des circonstances de rédaction du texte, du contexte politique  et enfin, en conclusion, nous allons parler de nous, que peut-on apprendre de l’histoire de ce chant ?

Notre réflexion se fera à l’aide de la Bible.

Je vous ai dit que je ne prêcherai pas sur un texte en particulier, mais ma réflexion sera tout de même biblique et nous verrons comment cela nous aide à saisir le sens profond de Noël.

Commençons par l’auteur.

[1. L’auteur de « Minuit chrétiens »]

Il s’appelle Placide Cappeau, il est né en 1808 à Roquemaure, dans le Gard, pas loin de Nîmes.

Son père était tonnelier, c’est-à-dire qu’il fabriquait des tonneaux pour la fermentation et le stockage du vin. Normalement, il aurait dû reprendre l’activité de son père, mais il a eu un accident dans sa jeunesse, il a perdu l’usage de sa main droite.

Il est donc devenu négociant en vin et il écrivait aussi des poèmes. C’était un ami de Lamartine, le célèbre poète et romancier qui deviendra aussi un homme politique connu, car il a été le premier chef du gouvernement sous la deuxième République française.

Je parle un peu de politique, car Placide Cappeau était républicain, socialiste et ouvertement anticlérical.

Il ne croyait pas que Jésus est venu sauver l’humanité de ses péchés.

En apprenant ce genre d’information, comment réagissons-nous ?

Sommes-nous troublés ?

En fait, ce genre de situation n’est pas rare dans le milieu chrétien.

Il y a une vingtaine d’années, un livre de témoignage chrétien a eu un succès mondial. L’auteur racontait à quel point il vivait des choses extraordinaires avec Dieu. Cet homme a été invité à des conférences. Des milliers de personnes sont allés l’écouter. Beaucoup de jeunes se sont convertis suite à la lecture de son livre.

Quelques années plus tard, cela a été le choc. Quelqu’un a eu l’idée de vérifier si son témoignage était véridique. Il se trouve qu’il racontait beaucoup de mensonges. En fait, ça a commencé par de l’exagération, et c’est devenu des mensonges.

Je ne sais pas comment ont réagi les personnes qui se sont converties suite à son faux témoignage, mais cela a dû en troubler beaucoup.

Plus récemment, un grand prédicateur et orateur célèbre dans le milieu évangélique a fait l’objet d’un scandale.

Cet homme a formé des milliers d’étudiants à défendre la foi chrétienne, j’ai moi-même suivi l’une de ses formations en ligne. Il a créé une dynamique mondiale et il a aidé beaucoup de chrétiens à témoigner de leur foi. Il semblerait même que beaucoup de personnes se sont converties suite à ses conférences.

Le drame, c’est qu’après sa mort, on a découvert qu’il avait une vie cachée, avec une morale à l’opposé de ce qu’il prêchait.

Que peut-on apprendre de tous ces contre-exemples ?

Que ce n’est pas à l’homme qu’il faut regarder, mais à Christ.

À l’époque romaine, il y avait le culte de l’empereur, aujourd’hui nous avons le culte des célébrités, et même des célébrités « chrétiennes ».

Cela me rappelle une parole de l’apôtre Paul dans sa première lettre aux Corinthiens, chapitre 3, versets 4 à 7 :

4 Quand l’un dit: «Moi, je me rattache à Paul» et un autre: «Moi, à Apollos», n’êtes-vous pas animés par votre nature?
5 Qui est donc Apollos et qui est Paul? Ce sont des serviteurs par le moyen desquels vous avez cru, conformément à ce que le Seigneur a accordé à chacun.
6 J’ai planté, Apollos a arrosé, mais c’est Dieu qui a fait grandir.
7 Ainsi, ce n’est pas celui qui plante ni celui qui arrose qui compte, mais Dieu, qui donne la croissance.

Dans l’Église de Corinthe, il y avait des disputes. Les uns étaient plus attachés à Paul, les autres à Apollos.

Ici Paul et Apollos sont des serviteurs fidèles à Dieu, mais ils sont mis en concurrence, et ils font l’objet d’une vénération excessive.

L’apôtre rappelle bien que ce n’est pas celui qui plante ni celui qui arrose qui compte, mais Dieu.

Les prédicateurs et les pasteurs sont juste des serviteurs au même titre que tous les autres chrétiens. Et si un jour vous me voyez commettre une erreur, ne soyez pas étonnés, je suis autant humain que vous.

Lorsque j’ai quitté mon poste pastoral dans le sud pour venir ici à Gaubert, l’Église que je quittais n’avait pas encore trouvé de pasteur pour prendre la suite.

Certaines personnes étaient très inquiètes, elles s’inquiétaient que si des nouvelles personnes arrivaient dans l’Église et qu’il n’y a pas de pasteur, elles ne resteraient pas dans l’Église.

Cela m’a interpellé à plusieurs niveaux.

Si les gens viennent régulièrement dans une Église, est-ce dû à l’attachement à un être humain ?

Est-ce que le pasteur est un intermédiaire indispensable entre l’humanité et Dieu ?

Pour rassurer les membres de cette Église, j’ai rappelé à plusieurs reprises que la personne centrale dans une Église ne devrait pas être un pasteur ou une personnalité.

La personne centrale dans une Église, c’est le Christ. Et tant que le Christ est présent, proclamé, célébré, loué et adoré, alors l’essentiel est là. Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas besoin de pasteur, mais il y a besoin surtout de chrétiens qui célèbrent le Christ en esprit et en vérité.

En tant que protestants, nous sommes d’autant plus sensibles à cela, car l’un des slogans de la Réforme est le Solus Chritus : le Christ seul. Les réformateurs ont proclamé que le seul intermédiaire entre Dieu et l’humanité, c’est Jésus seul, il n’y a pas d’autre intermédiaire.

Revenons à Placide Cappeau, l’auteur de Minuit chrétiens.

Quelles que soient ses convictions religieuses, qu’il soit chrétien ou pas, ce n’est pas lui qui compte, c’est le Christ. Et si le texte qu’il a écrit nous invite à célébrer fidèlement le Christ, l’essential est là. Le reste est secondaire.

J’aimerais maintenant parler du contexte d’écriture de ce texte.

[2. Le contexte d’écriture de Minuit chrétiens]

Selon des spécialistes, il y aurait deux versions concernant l’origine de la rédaction.

Selon la première version, le texte du chant aurait été écrit en 1843. Une chanteuse nommée Émilie Laurey aurait demandé à Placide Cappeau de lui écrire un chant sur le thème de Noël. Elle l’enverrait ensuite à son maître Adolphe Adam, pour qu’il le mette en musique. Mais cette chanteuse a été empêchée de chanter ce chant avant 1847, car elle avait mis au monde un enfant et son médecin lui aurait déconseillé de faire des longs trajets.

Selon la deuxième version de l’histoire, celle que je trouve la plus probable, Placide Cappeau aurait écrit ce texte à la demande d’un curé, qui voulait un chant de Noël. Il aurait écrit ce texte dans la précipitation, dans une diligence en direction de Paris.

Adolphe Adam a lui aussi composé la mélodie dans la précipitation avant Noël. Le résultat n’a pas plus à Placide Cappeau. Par manque de temps, le compositeur n’a pas mis en mélodie tout le texte, il a même amputé une strophe et arrangé quelques paroles pour qu’elles collent avec la mélodie.

Le chant que nous connaissons aujourd’hui est en trois strophes alors qu’il y en avait quatre au départ.

Avant même que les auteurs du chant aient pu modifier leur première version, le cantique s’était répandu comme une trainée de poudre. Ce qui a rendu impossible une mise à jour postérieure.

En plus de la frustration de voir son texte amputé et légèrement modifié, Placide Cappeau a écrit quelques années plus tard qu’il ne croyait pas  en un péché originel à effacer.

Je vous lis un extrait de ce qu’il a écrit :

« Nous avons cru devoir modifier ce qui nous avait échappé au premier moment sur le péché originel, auquel nous ne croyons pas… Nous admettons Jésus comme rédempteur, mais rédempteur des inégalités, des injustices, de l’esclavage et des oppressions de toutes sortes qui pesaient sur l’ancienne société, non d’un péché impossible qui répugne au plus simple bon sens. »

Si l’auteur n’y croyait pas, pourquoi l’a-t-il donc écrit dans son texte ?

C’est dans le premier paragraphe :

Minuit chrétiens, c’est l’heure solennelle
Où l’homme Dieu descendit jusqu’à nous
Pour effacer la tache originelle
Et de son Père arrêter le courroux

Ces premières lignes parlent bien d’une tâche originelle.

Selon la Bible, Adam et Ève ont désobéit à Dieu dans le jardin d’Eden, ils ont mangé du fruit de l’arbre défendu.

Par cet acte, ils ont manifesté leur désir d’être indépendant de Dieu. Dieu leur a ensuite donné ce qu’ils voulaient, il les a chassés en dehors du jardin d’Eden.

La conséquence, c’est que tous les humains qui sont nés après eux naissent en dehors d’une relation intime avec Dieu. C’est pour cela que la Bible dit que nous naissons pécheurs, c’est parce que nous naissons dans une humanité qui s’est coupée de sa relation avec Dieu.

C’est aussi pour cela que Dieu est descendu sur terre, pour rétablir la relation et nous offrir sa présence.

Par son œuvre sur la croix, il efface aussi la tache originelle, ce péché d’Adam et Ève que nous reproduisons et dont nous subissons les conséquences.

Ce salut est révélé dès le début de l’Évangile selon Matthieu, chapitre 1 verset 21 : « Elle mettra au monde un fils et tu lui donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés ».

Placide Cappeau ne croyait pas en cela. Pourquoi donc l’a-t-il mis par écrit dans son chant, dès le premier paragraphe ?

Certains pensent qu’il voulait se moquer des chrétiens, il ferait de l’ironie en présentant un Dieu en colère, qui aurait un péché originel imaginaire à effacer.

D’autres pensent qu’il aurait écrit ce texte en étant ivre, et donc il n’était pas vraiment conscient de la portée de son texte.

Cette dernière version coïnciderait avec les déclarations de plusieurs prêtres et hommes religieux de son temps, qui interdisaient à leurs fidèles de chanter ce chant, car il aurait été écrit par un anticlérical sous l’effet de l’alcool.

Cette situation me rappelle celle de Jésus, condamné par les autorités religieuses et les autorités romaines pour cause de blasphème. Jésus a dit qu’il était le fils de Dieu et l’héritier du trône de David, roi d’Israël.

On l’a condamné pour cela, on s’est même moqué de lui à cause de l’inscription que Pilate, le gouverneur romain, avait fait placer sur la croix.

Évangile selon Jean, chapitre 19 verset 19 : « Pilate rédigea aussi un écriteau qu’il plaça sur la croix; il y était écrit: «Jésus de Nazareth, le roi des Juifs.»

Cette inscription signalait la raison pour laquelle on mettait à mort les condamnés.

On s’est moqué de Jésus parce qu’il a dit être le roi des Juifs, on disait de lui que c’était un menteur. On l’a condamné pour cela, et pourtant il l’était vraiment.

Concernant le texte de Placide Cappeau, Dieu est vraiment venu effacer la tache originelle, la conséquence du péché d’Adam et Ève. Dieu a vraiment un courroux, c’est-à-dire un sujet de colère envers l’humanité, à cause du mal présent dans le cœur humain. Mais il est venu dans le monde et il a ravalé sa propre colère, il l’a lui-même subit sur la croix.

L’auteur de Minuit chrétiens n’y croyait certainement pas, mais Dieu utilise ce texte pour nous rappeler son amour, sa venue et son œuvre pour nous.

[3. Le contexte politique de Minuit chrétiens]

J’aimerais maintenant m’arrêter sur le contexte politique, qui a participé au succès de ce chant.

Minuit chrétiens a été écrit et composé pour Noël 1847. C’est juste quelques semaines avant la révolution de 1848, une révolution qui a propulsé Lamartine chef du gouvernement. C’est aussi une révolution qui a mis fin à la monarchie et à l’esclavage.

Placide Cappeau était un socialiste militant pour l’abolition de l’esclavage, pour la suppression des inégalités, pour la fin de la monarchie et des puissants de ce monde.

Si l’on fait attention à la deuxième strophe, il est question des puissants du jour, fiers de leur grandeur. Ils sont appelés à remettre en question leur orgueil et à courber le front devant Dieu le rédempteur, c’est-à-dire celui qui sauve.

Dans la troisième strophe, il est question de l’esclavage, un sujet de débat brûlant à l’époque.

Le Rédempteur a brisé toute entrave
La terre est libre et le ciel est ouvert
Il voit un frère ou n’était qu’un esclave
L’amour unit ceux qu’enchaînaient le fer

Des historiens pensent que Placide Cappeau a voulu faire passer un message révolutionnaire avec ce chant anti esclavagiste et anti monarchique.

C’est ce que Placide a lui-même exprimé dans le texte que je vous ai lu tout à l’heure :

« Nous admettons Jésus comme rédempteur, mais rédempteur des inégalités, des injustices, de l’esclavage et des oppressions de toutes sortes qui pesaient sur l’ancienne société. »

L’ancienne société dont il parle c’est la société avant la révolution de 1848.

Pour certains commentateurs, lorsque Placide Cappeau parle de la lumière qui nous guide, il s’agirait du siècle des Lumières. Lorsqu’il est question du berceau de l’enfant, il s’agirait de la révolution naissante. Ces commentateurs vont peut-être un peu loin, mais ce n’est pas en contradiction avec les revendications de l’auteur.

Pour résumer, Minuit chrétiens a trouvé un écho favorable au sein du peuple, car celui-ci avait soif d’un Nouveau Monde, un monde meilleur, un monde sans inégalité, un monde sans esclavage et sans oppression. Pour l’auteur, le salut viendra de la révolution politique.

Une fois de plus, cela me rappelle le contexte où Jésus est né. Les Juifs étaient sous domination romaine. Ils attendaient un sauveur politique et militaire, un sauveur qui allait les libérer de l’oppression romaine.

Mais Jésus est venu leur apporter un salut encore plus grand, il est venu les sauver du mal, du péché, de la mort. Il est venu proclamer un royaume où la liberté et la justice règneront.

[Conclusion]

Pour conclure, que pouvons-nous retenir comme enseignement de l’histoire de ce chant Minuit chrétiens ?

Ce chant illustre parfaitement Noël à notre époque.

Placide Cappeau a écrit des paroles auxquelles il ne croyait pas, ou alors il en donnait un autre sens, un sens politique.

Aujourd’hui, le monde fête Noël, mais ne croit pas en Jésus.

Nous fêtons la même fête, mais nous n’en donnons pas la même signification.

Ce constat nous invite à faire ce que les premiers disciples de Jésus ont fait. Annoncer le vrai salut dans ce monde, annoncer que le Noël que nous vivons, ce n’est pas avant tout un Noël matérialiste ou un Noël magique, c’est un Noël qui annonce la réconciliation entre Dieu et l’humanité.

À l’époque de Jésus, la société attendait de Dieu un salut politique, à l’époque de Placide Cappeau, le peuple attendait aussi un salut politique.

Aujourd’hui, le monde attend un salut au niveau sanitaire, et à l’approche des présidentielles, il y a aussi une attente politique.

En tant que chrétiens, toutes ces questions nous touchent, car nous vivons dans ce monde. Mais n’oublions pas que la solution à nos problèmes ne viendra pas de la médecine ou de la politique. Le salut vient du Christ, venu nous offrir la réconciliation avec Dieu.

Continuons de nous impliquer dans la société, continuons de fêter Noël, continuons de chanter Minuit chrétiens, mais en proclamant et en portant la parole de vie.

Je termine avec une parole de l’apôtre Paul dans sa lettre aux Philippiens, chapitre 2, versets 14 et 15 :

14 Faites tout sans murmures ni contestations
15 afin d’être irréprochables et purs, des enfants de Dieu sans défaut au milieu d’une génération perverse et corrompue. C’est comme des flambeaux dans le monde que vous brillez parmi eux
16 en portant la parole de vie.

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