Jésus sans frontières (Marc 7.24-37)

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Je m’appelle Éléazar. Je vis dans une petite ville de Galilée. Là où je vis, il y a une chose plus importante que tout le reste : la pureté devant Dieu.

Mon père me l’a appris, comme son père avant lui. « Si tu veux rester fidèle à Dieu, ne touche rien qui soit impur devant Dieu, ne mange aucun aliment impur, pense à faire tous les rituels pour te purifier. »

Alors je fais attention.

Avant de manger, je me lave les mains. Pas seulement pour enlever la poussière du chemin, mais pour me purifier devant Dieu. Si je ne le fais pas, je sens comme un poids, une transgression. Comme si je m’éloignais de Dieu.

Dans le village, on sait aussi qu’il y a des règles à propos des gens à fréquenter ou pas. On ne vit pas tous de la même manière. Certains suivent la loi de Dieu, d’autres non. On les appelle souvent les païens. Ils vivent près de nous, parfois on les croise au marché, mais on ne partage pas vraiment la même vie.

Mon père dit que ce n’est pas par méchanceté. C’est pour rester fidèle à Dieu. Mais malgré tout, il y a une distance. Une sorte de frontière invisible.

Parfois, quand je rentre du marché, je m’arrête un instant avant d’entrer dans la maison. Je vérifie mes mains, mes habits. Je me demande : « Ai-je touché quelque chose qu’il ne fallait pas ? Quelque chose d’impur ? »

Ce n’est pas toujours facile. Il y a tant de règles. Mais on m’a appris que Dieu est saint, et que nous devons nous aussi être saints.

Alors je vis comme ça, avec prudence, en essayant de ne pas franchir les frontières.

Mais dernièrement, on parle d’un homme de notre peuple. Jésus.

On dit qu’il ne fait pas comme les autres. Il touche des gens que d’autres évitent. Il parle avec des personnes qu’on ne fréquente pas habituellement. Il va même manger chez des pécheurs.

Et je me demande… comment peut-on rester fidèle à Dieu si on commence à traverser les frontières de notre religion ?

Ce discours imaginaire nous donne une idée de la vie d’un juif à l’époque de Jésus.

Cela nous donne aussi une idée du choc, du tsunami, causé par l’enseignement de Jésus. Il ne respectait pas toutes les règles de pureté, il remettait en question les traditions qui avaient la même autorité que la loi de Moïse, il fréquentait des païens, des gens d’autres peuples, des gens qui mangent des animaux impurs.

Ce matin, nous continuons notre lecture de l’Évangile selon Marc, et nous arrivons au chapitre 7, où Jésus traverse des frontières. Il fréquente des païens, des non juifs, et il les traite comme des croyants.

Nous lisons dans Marc 7.24-37

24 Jésus partit de là et s’en alla dans le territoire de Tyr et de Sidon. Il entra dans une maison, désirant que personne ne le sache, mais il ne put rester caché,
25 car une femme dont la fillette avait un esprit impur entendit parler de lui et vint se jeter à ses pieds.
26 Cette femme était une non-juive d’origine syro-phénicienne. Elle le pria de chasser le démon hors de sa fille. Jésus lui dit:

27 «Laisse d’abord les enfants se rassasier, car il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens.» 28 «Oui, Seigneur, lui répondit-elle, mais les petits chiens, sous la table, mangent les miettes des enfants.» 29 Alors il lui dit: «À cause de cette parole, tu peux t’en aller: le démon est sorti de ta fille.»
30 Et quand elle rentra chez elle, elle trouva l’enfant couchée sur le lit: le démon était sorti.

31 Jésus quitta le territoire de Tyr et revint par Sidon vers le lac de Galilée en traversant la région de la Décapole.
32 On lui amena un sourd qui avait de la difficulté à parler et on le supplia de poser la main sur lui. 33 Il le prit à part loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles et lui toucha la langue avec sa propre salive.

34 Puis il leva les yeux au ciel, soupira et dit: «Ephphatha» – c’est-à-dire «Ouvre-toi». 35 Aussitôt ses oreilles s’ouvrirent, sa langue se délia et il se mit à parler correctement.
36 Jésus leur recommanda de n’en parler à personne, mais plus il le leur recommandait, plus ils le proclamaient. 37 Remplis d’étonnement, ils disaient: «Il fait tout à merveille; il fait même entendre les sourds et parler les muets.»

[1. Jésus ouvre les frontières, une grâce sans limites]

Les premiers mots de ce texte nous décrivent Jésus en train de franchir des frontières, et nous verrons même qu’il ouvre des frontières. C’est mon premier point.

Au début du verset 24, nous lisons : Jésus partit de là et s’en alla dans le territoire de Tyr et de Sidon.

D’où part-il ? Il part de la Galilée, où il vient d’avoir une discussion avec des pharisiens et des spécialistes de la loi.

Ces religieux étaient venus de Jérusalem, qui était le centre du judaïsme. Ces spécialistes étaient certainement une délégation officielle, envoyée par les autorités juives pour confronter Jésus.

Ils avaient reproché à Jésus de laisser ses disciples manger sans pratiquer au préalable le rituel de purification des mains.

Jésus leur répond que c’est la relation à Dieu qui compte, pas le rituel. Il ajoute au verset 15 :

« Il n’y a rien d’extérieur à l’homme qui puisse le rendre impur en pénétrant en lui, mais c’est ce qui sort de l’homme qui le rend impur. »

Et lorsque ses disciples lui demandent des précisions, il leur répond, des versets 20 à 23 :

20 « C’est ce qui sort de l’homme qui le rend impur. 21 En effet, c’est de l’intérieur, c’est du coeur des hommes que sortent les mauvaises pensées, les adultères, l’immoralité sexuelle, les meurtres, 22 les vols, la soif de posséder, les méchancetés, la fraude, la débauche, le regard envieux, la calomnie, l’orgueil, la folie.
23 Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans et rendent l’homme impur.»

Autrement dit, Jésus déclare que ce ne sont pas des aliments qui peuvent rendre l’homme impur. Ce ne sont pas non plus des personnes ou des objets.

Ce qui contamine l’être humain ne vient pas de l’extérieur, ce qui contamine l’être humain, ce sont les mauvaises pensées du cœur.

Donc fréquenter un païen, un non juif, ce n’est pas cela qui contamine le croyant.

Jésus tient ce discours en Galilée, en territoire juif.

Et que fait-il juste après ? Il part de là et il se rend à Tyr et Sidon, en territoire païen.

Il met aussitôt en pratique ce qu’il enseigne.

Le texte insiste bien sur le fait que Jésus va à la rencontre de gens différents, et même de personnes marginales, voire non fréquentables, pour un juif de l’époque.

Une femme s’approche de lui et demande à Jésus d’aider sa fille, qui est possédée par un démon.

Voici ce que nous lisons au verset 26 : « cette femme était une non-juive d’origine syro-phénicienne ».

C’était assez inhabituel pour un homme juif de discuter avec une femme seule.
Mais ici, ce n’est pas seulement une femme, c’est une femme non-juive, et il est précisé qu’elle est syro-phénicienne.

L’auteur nous décrit le genre de personne qu’un juif pieux pouvait éviter de fréquenter dans un tel contexte social.

Mais Jésus se laisse approcher et entre en dialogue avec elle, il franchit les frontières définies par les codes sociaux de l’époque.

Cette femme demande à Jésus de chasser le démon hors de sa fille. La réponse de Jésus au verset 27 peut sembler dure et méprisante. C’est une réponse qui ne fait pas preuve d’ouverture, c’est même une réponse qui choque :

« Laisse d’abord les enfants se rassasier, car il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. »

Jésus parle en parabole, en image.

Les enfants, ce sont les membres du peuple d’Israël, les juifs.

Le pain des enfants, c’est la nourriture spirituelle que Jésus offre. C’est aussi la grâce de Dieu, ainsi que ses bénédictions.

Et les petits chiens, ce sont les non-juifs, car les juifs appelaient les païens : les chiens.

Jésus est en train de dire à cette femme : je suis venu d’abord pour enseigner et aider les gens de mon peuple, les enfants de Dieu, les juifs.

La réponse de Jésus ressemble à un refus, comme s’il disait à cette femme : je ne m’occupe que des juifs.

Mais si nous faisons bien attention, Jésus n’est pas en train de fermer les frontières. Il dit qu’il est venu d’abord pour les juifs, dans le sens chronologique.

Il commence par enseigner et aider les juifs, mais il n’est pas venu seulement pour eux. À mon avis, il veut provoquer une réaction chez la femme.

D’ailleurs, au verset 28, elle répond avec humilité et sagesse : « Oui, Seigneur, lui répondit-elle, mais les petits chiens, sous la table, mangent les miettes des enfants. »

Cette femme a tout compris, sa réponse est remarquable.

Tout d’abord, on peut noter qu’elle ne se vexe pas, elle ne se décourage pas, elle ne se résigne pas.

Au contraire, elle se laisse interpeler, elle accepte la réponse de Jésus, et en même temps, elle persévère.

Si le pain, c’est la grâce de Dieu et les bénédictions qui en découlent, alors ce pain doit bien laisser des miettes, la grâce doit bien être abondante et sans limites, sans frontière.

Elle a compris ce que nous devrions comprendre nous aussi.

La grâce ne se mérite pas, on ne peut pas la réclamer. On ne peut pas dire : « Seigneur, je suis un bon chrétien, je suis en règle, alors je mérite ta grâce ».

La grâce de Dieu, on ne peut que la demander avec supplication, dans une attitude d’humilité, sans faire valoir nos soi-disant mérites.

C’est ainsi que nous pouvons recevoir la grâce de Dieu, non pas parce que nous la méritons, mais parce que Dieu veut bien nous l’offrir généreusement, et parce que cette grâce est abondante, elle est sans limites.

En entendant la déclaration de foi de cette femme, Jésus lui répond favorablement au verset 29 : « À cause de cette parole, tu peux t’en aller: le démon est sorti de ta fille ».

Cette scène est d’autant plus parlante lorsque nous la mettons dans le contexte de l’Évangile selon Marc.

Que se passe-t-il au chapitre juste avant, le chapitre 6 ? Jésus nourrit une foule de 5000 hommes avec seulement 5 pains et 2 poissons.

On cite souvent cet épisode en parlant de la multiplication des pains.

Dans ce chapitre 6, Jésus enseigne la foule, il la nourrit spirituellement et physiquement. Et après l’avoir nourri, il reste plusieurs paniers de pain. La grâce de Dieu est abondante, il en reste toujours pour les autres.

Toujours dans ce chapitre 6, le pain représente non seulement l’enseignement de Jésus, mais aussi sa grâce, et son corps qui sera donné à la croix.

En nourrissant la foule avec du pain, il leur dit qu’il se donne entièrement pour eux.

Revenons à notre femme syro-phénicienne.

Jésus parle encore de pain. Ce pain, qui est d’abord destiné aux enfants d’Israël profite à toutes les nations, car il y a des miettes.

Je reconnais que c’est assez péjoratif de dire que nous ne récupérons que les miettes, mais c’est une manière de parler, c’est une parabole.

Cette femme sait très bien qu’une miette de la grâce de Dieu, c’est plus qu’assez, parce que la grâce de Dieu est infinie. Une miette de l’infini, c’est l’infini.

Dans l’épisode de la multiplication des pains, il reste des pains.
Et dans notre épisode, il reste également du pain, même si c’est sous forme de miettes.

Jésus ouvre les frontières, parce qu’il n’est pas venu seulement pour les juifs. Il est allé en territoire étranger justement pour enseigner que même les étrangers peuvent bénéficier de la grâce, car la grâce est sans limites.

Dans le passage suivant, il est question de la guérison d’un sourd.

Nous verrons que Jésus le guérit d’une manière toute particulière, car il intervient de manière personnalisée. La grâce nous parvient de manière personnelle.

C’est mon 2e et dernier point :

[2. Jésus ouvre les oreilles, la grâce nous parvient personnellement]

Dans cette deuxième scène, il est de nouveau mentionné que Jésus traverse des territoires étrangers. Il part de Tyr pour revenir par Sidon, en passant par la décapole, un ensemble de villes gréco-romaines.

On lui amène un sourd, qui a également du mal à parler.

Généralement, les sourds ont du mal à parler. S’ils n’entendent pas les sons, ils ne peuvent pas apprendre à parler correctement.

Jésus décide de prendre cet homme à part, loin de la foule. Il procède d’une manière très étrange. Il met ses doigts dans ses oreilles et touche sa langue avec sa salive.

Pourquoi cette mise en scène ?

Peut-être parce que l’homme est sourd, il est comme enfermé dans une prison sensorielle. Jésus trouve un moyen de s’adresser à lui d’une autre manière que par la parole. Il s’adresse à lui par des gestes et par le toucher.

En tout cas, Jésus le rencontre de manière particulière et personnalisée. Contrairement à d’autres fois, il ne le guérit pas simplement en prononçant une parole à distance, comme c’était le cas pour la fille qui était possédée par un démon.

Ici, Jésus montre une proximité avec l’homme sourd. Il illustre à quel point sa venue sur terre vient rejoindre chacun de nous.

Jésus est venu sur terre, il est venu chez les siens, les juifs, mais pas seulement, il est venu pour tous, juifs et païens. Il est venu pour chacun de nous personnellement.

Dieu ne reste pas lointain et inaccessible. Il vient nous rejoindre qui que nous soyons, quel que soit notre état. Il n’a pas de limite, pas d’obstacle. Il ouvre les frontières, sa grâce est sans limites. Il ouvre les oreilles, sa grâce nous parvient personnellement.

Cette notion d’ouverture est d’autant plus présente, car Jésus prononce cette parole : « Ephphatha », qui signifie : « ouvre-toi », en araméen, la langue que Jésus parlait.

Ce mot ne concerne pas seulement des oreilles qui s’ouvrent, il concerne le messie et le salut.

L’ouverture des oreilles est un thème messianique. Cela signifie que dans l’Ancien Testament, les prophètes annonçaient la venue du messie en disant que les oreilles des sourds s’ouvriront.

La fin de notre passage se termine ainsi au verset 37 :

« Remplis d’étonnement, ils disaient: « Il fait tout à merveille; il fait même entendre les sourds et parler les muets. »»

Marc souligne ces paroles d’émerveillement de la foule pour faire un autre lien avec les prophéties.

Voici ce que nous dit le prophète Esaïe à propos de la venue du messie, le sauveur du peuple (Esaïe 35) :

5 Alors les yeux des aveugles seront ouverts et les oreilles des sourds seront débouchées.
6 Alors le boiteux sautera comme un cerf et la langue du muet lancera des cris joyeux.

Jésus accomplit les prophéties qui concernent le messie.

Toujours dans le livre du prophète Esaïe, nous pouvons également lire ceci à propos du sauveur que Dieu enverra. Chapitre 49 verset 6 :

« C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob et pour ramener les restes d’Israël: je t’établis pour être la lumière des nations, pour apporter mon salut jusqu’aux extrémités de la terre. »

Le messie viendra pour toutes les nations. Ici, le sourd habite en territoire païen. Nous l’avons dit, Jésus ouvre les frontières.

Pour conclure, nous pouvons retenir que Jésus ouvre les frontières et il ouvre les oreilles.

[Conclusion]

Jésus ne se laisse pas enfermer. Il franchit les limites religieuses, sociales et culturelles. Peut-être qu’il va là où on n’a pas envie d’aller.

Il parle à ceux qu’on évite. Il touche ceux qu’on met à distance. Il répond à une foi qui ne coche pas toutes les cases. Il ne demande pas d’abord un CV spirituel, il agit.

Et ça dérange.

Car, si on est honnête avec nous-mêmes, nous aussi nous avons nos frontières.

Des frontières dans nos jugements.
Des frontières dans nos relations.
Des frontières dans notre manière de classer les gens : il y a les gens de l’intérieur et ceux de l’extérieur.

Souvent, sans s’en rendre compte, on fait exactement le contraire de Jésus : on trie, on classe, on met à distance.

Mais dans ce texte, Jésus refuse de rester dans nos cadres. Il va chez les païens, les étrangers à la foi. Il guérit le marginal. Il se laisse approcher par celui qu’on aurait peut-être ignoré.

Enfin, il y a une autre frontière, celle de notre propre cœur.

Un cœur parfois fermé à Jésus.
Un cœur habitué à l’Évangile, et peut-être insensible à la Bonne Nouvelle.
Un cœur qui entend et qui connaît la Parole de Dieu, sans vraiment écouter.
Un cœur qui résiste à se laisser transformer par le Saint-Esprit.

C’est là que Jésus dit : “Ephphatha — ouvre-toi.”

Pas seulement pour un homme sourd, mais aussi pour nous.

Alors, prions pour que Dieu fasse tomber toutes nos frontières, par sa grâce sans limites.

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