Annoncer la Parole de Dieu, c’est… (Marc 6.7-33)

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En ce moment, c’est les vacances scolaires. Pour les enfants, c’est un rythme différent, et donc pour les parents également. Les vacances font partie des périodes où les parents essaient de passer un peu plus de temps avec les enfants, lorsque c’est possible.

Les moments en famille peuvent également donner lieu à des situations de tensions. Surtout lorsqu’il faut sans cesse répéter les mêmes choses : « range tes chaussures », « mets ton linge sale retourné sans le bon sens dans le sac à linge sale », « sort ton cahier de devoirs ».

Il faut souvent répéter, parce qu’en ne disant qu’une seule fois les choses, ça ne marche pas toujours. Cela n’a l’air de rien, mais cette répétition peut devenir lassante et même très désagréable pour les parents.

Ce qui est exaspérant, c’est lorsque l’on parle et que l’on a l’impression de ne pas être écouté. Lorsque l’on donne une consigne, et qu’il n’y a aucune réaction en face. Ou pire, lorsque la réaction, c’est le refus.

Pourtant, nous apprenons à nos enfants que l’écoute et le respect des consignes des parents sont importants.

Je vois un parallèle avec le témoignage et l’annonce de la Parole de Dieu.

Témoigner de Jésus peut donner un sentiment similaire : lorsque l’on est ignoré, lorsque la personne refuse d’écouter, ou manifeste de l’indifférence, voire du mépris. Ce n’est pas toujours le cas, mais c’est possible.

Cependant, il ne faut pas trop vite jeter la pierre aux enfants ou à ceux qui refusent d’écouter la Parole de Dieu. Il faut aussi dire que nous-mêmes, lorsque Dieu veut nous dire quelque chose, nous ne sommes pas toujours exemplaires. Souvent, nous savons ce qu’il attend de nous et nous avons du mal à écouter ou à mettre en pratique également.

Je vous propose de continuer notre lecture de l’Évangile selon Marc et d’aborder un texte qui nous parle justement de l’annonce de la Parole de Dieu, et de ce que cela implique.

Nous sommes appelés à écouter Dieu, et à témoigner de sa Parole pour répondre à la mission que nous confie le Christ.

Nous lisons dans l’Évangile selon Marc, chapitre 6, versets 7 à 33.

7 Alors il appela les douze et commença à les envoyer deux à deux, et il leur donna autorité sur les esprits impurs.
8 Il leur recommanda de ne rien prendre pour le voyage, sauf un bâton, de n’avoir ni pain, ni sac, ni argent dans la ceinture,
9 de chausser des sandales et de ne pas mettre deux chemises.

10 Puis il leur dit: «Si quelque part vous entrez dans une maison, restez-y jusqu’à votre départ. 11 Et si, dans une ville, les gens ne vous accueillent pas et ne vous écoutent pas, retirez-vous de là et secouez la poussière de vos pieds en témoignage contre eux.
12 Ils partirent et prêchèrent en appelant chacun à changer d’attitude.
13 Ils chassaient beaucoup de démons, appliquaient de l’huile à beaucoup de malades et les guérissaient.

14 Le roi Hérode entendit parler de Jésus, car son nom était devenu célèbre. Il disait: «Jean-Baptiste est ressuscité, et c’est pour cela qu’il a le pouvoir de faire des miracles.»
15 D’autres disaient: «C’est Élie.» Et d’autres disaient: «C’est un prophète comme l’un de nos prophètes.»
16 Mais Hérode, en apprenant cela, disait: «Ce Jean que j’ai fait décapiter, c’est lui, il est ressuscité.»

17 En effet, Hérode lui-même avait fait arrêter Jean et l’avait fait enchaîner en prison à cause d’Hérodiade, la femme de son frère Philippe, qu’il avait épousée,
18 car Jean lui disait: «Il ne t’est pas permis d’avoir pour femme l’épouse de ton frère.»
19 Furieuse contre Jean, Hérodiade voulait le faire mourir, mais elle ne le pouvait pas, 20 car Hérode redoutait Jean, sachant que c’était un homme juste et saint, et il le protégeait. Après l’avoir entendu, il était souvent perplexe, et c’était avec plaisir qu’il l’écoutait.

21 Cependant, un jour propice arriva lorsque Hérode, pour son anniversaire, donna un festin à ses grands, aux chefs militaires et aux personnalités de la Galilée.
22 La fille d’Hérodiade entra dans la salle, elle dansa et plut à Hérode et à ses invités. Le roi dit à la jeune fille: «Demande-moi ce que tu veux, et je te le donnerai.»
23 Il ajouta avec serment: «Ce que tu me demanderas, je te le donnerai, même si c’était la moitié de mon royaume.» 24 Elle sortit et dit à sa mère: «Que demanderai-je?» Sa mère répondit: «La tête de Jean-Baptiste.»

25 Elle s’empressa aussitôt de rentrer vers le roi et lui fit cette demande: «Je veux que tu me donnes à l’instant, sur un plat, la tête de Jean-Baptiste.» 26 Le roi fut attristé, mais, à cause de ses serments et des invités, il ne voulut pas refuser. 27 Il envoya sur-le-champ un garde, avec ordre d’apporter la tête de Jean-Baptiste. Le garde alla décapiter Jean dans la prison 28 et apporta la tête sur un plat. Il la donna à la jeune fille et la jeune fille la donna à sa mère. 29 Quand les disciples de Jean apprirent cette nouvelle, ils vinrent prendre son corps et le mirent dans un tombeau.

30 Les apôtres se rassemblèrent autour de Jésus et lui racontèrent tout ce qu’ils avaient fait et tout ce qu’ils avaient enseigné. 31 Jésus leur dit: «Venez à l’écart dans un endroit désert et reposez-vous un peu.» En effet, il y avait beaucoup de monde qui allait et venait, et ils n’avaient même pas le temps de manger.
32 Ils partirent donc dans une barque pour aller à l’écart dans un endroit désert.
33 Beaucoup de gens les virent s’en aller et le reconnurent, et de toutes les villes on accourut à pied et on les devança à l’endroit où ils se rendaient.

Ce texte est un peu long, si vous n’avez pas tout retenu, ce n’est pas grave, je vais revenir sur les points importants.

Avez-vous remarqué la manière dont ce texte est écrit ? C’est assez étrange, parce que Marc, l’auteur, commence par nous raconter comment Jésus envoie ses 12 apôtres en mission. Et en plein milieu de ce récit, il insère un autre récit, concernant Hérode, le gouverneur de Galilée. Celui-ci qui fait décapiter Jean le baptiste.

Si nous enlevons ce récit sur Hérode et Jean-Baptiste, le texte nous semblerait plus fluide. Les disciples partent en mission, des versets 7 à 13. Puis ils reviennent de mission et ils racontent à Jésus ce qu’ils ont vécu, des versets 30 à 33. Ce serait une manière plus naturelle de raconter les choses.

Mais l’auteur insère la mort de Jean-Baptiste en plein milieu du récit sur la mission des apôtres.

Dans la littérature de l’époque, c’est une manière d’attirer notre attention et de faire passer un message. Il veut que nous regardions ces textes ensemble.

À première vue, ils n’ont pas grand-chose en commun, mais en réalité, ces textes sont complémentaires.

Dans les deux récits, il est question d’annoncer la Parole de Dieu. Les apôtres sont envoyés pour annoncer la Parole de Dieu. Et Jean-Baptiste s’est fait emprisonner parce qu’il a annoncé la Parole de Dieu. Il a rappelé à Hérode que la Bible lui interdisait d’épouser la femme de son frère, et au final, il s’est fait décapité.

L’auteur, Marc, veut nous faire comprendre qu’annoncer la Parole de Dieu comporte des risques. Annoncer la parole, c’est s’exposer à l’épreuve.

C’est mon premier point.

[1. Annoncer la Parole de Dieu, c’est s’exposer à l’épreuve]

Reprenons depuis le début. Des versets 7 à 9, Jésus réuni ses 12 apôtres pour leur donner autorité sur les esprits impurs. Il leur donne des consignes puis les disciples partent en mission.

C’est une mission d’apprentissage, une formation.

Jusque maintenant, ils ont suivi Jésus et ils l’ont écouté.

Ici, c’est à leur tour d’agir, d’enseigner, de guérir et chasser les démons.

Ils y vont deux par deux, et manifestement, tout se passe bien. Nous le lisons dans les versets 12 et 13 :

12 Ils partirent et prêchèrent en appelant chacun à changer d’attitude.
13 Ils chassaient beaucoup de démons, appliquaient de l’huile à beaucoup de malades et les guérissaient.

Et tout à coup, l’auteur nous parle de l’histoire entre Hérode et Jean-Baptiste.

On peut faire un premier lien entre les apôtres et Jean-Baptiste.

Nous venons de lire, dans le verset 12, que les apôtres prêchent en appelant chacun à changer d’attitude.

Ce verbe changer d’attitude, en grec, c’est le verbe metanoein, il peut être traduit par se convertir. C’est une invitation à se repentir et à changer de vie.

Plus précisément, c’est un verbe qui invite à changer de manière de penser, et qui conduit à un changement de vie.

Cette proclamation, c’est exactement celle de Jean-Baptiste au tout début de l’Évangile.

Je vous lis Marc 1 verset 4 : « Jean parut; il baptisait dans le désert et prêchait le baptême de conversion pour le pardon des péchés. »

Le mot conversion ici, c’est le mot metanoia, c’est également la conversion-repentance, c’est le changement de vie.

Et juste après, dans les versets 14 et 15, Jésus prêche la même chose. Je vous lis Marc 1.14-15 :

14 Après que Jean eut été arrêté, Jésus alla en Galilée. Il proclamait la bonne nouvelle du royaume de Dieu 15 et disait: «Le moment est arrivé et le royaume de Dieu est proche. Changez d’attitude et croyez à la bonne nouvelle!»

Le verbe changer d’attitude, c’est encore le verbe se convertir, metanoeo.

Si je résume, Jean-Baptiste prêche le baptême de conversion, ensuite, Jésus prêche la conversion, le changement de vie. Et au chapitre 6, Jésus envoie ses apôtres prêcher la même chose : la conversion, le changement de vie.

Le point commun entre Jésus, les apôtres et Jean-Baptiste se précise.

Tous prêchent la Parole de Dieu, tous prêchent le changement de vie, la conversion.

Ce que l’auteur veut montrer, c’est que la prédication qui invite à changer de vie expose à l’épreuve, parce que beaucoup de gens ne veulent pas changer de vie. C’était le cas du gouverneur Hérode.

Non seulement ils ne veulent pas changer de vie, mais en plus, ils vont rejeter ou persécuter ceux qui prêchent cette Parole de Dieu.

Prêcher la Parole de Dieu implique de prendre un risque, celui de rencontrer de l’opposition, et parfois une violente opposition.

Jean-Baptiste a été emprisonné puis décapité. Jésus a également été arrêté puis crucifié. Et par la suite, plusieurs apôtres seront également arrêtés et persécutés, voire mis à mort.

On peut alors se poser la question : pourquoi prêcher la Parole de Dieu si c’est pour risquer la persécution ?

Parce que l’on est convaincu que c’est notre rôle. En tout cas, Jean, Jésus et les apôtres étaient convaincus de la vérité à annoncer. C’est mon deuxième point :

[2. Annoncer la Parole de Dieu, c’est agir selon une conviction]

Jean et les apôtres n’ont fait qu’obéir à Dieu, à Jésus et agir selon leurs convictions.

Assez souvent, on raconte l’Évangile en présentant Jésus comme celui qui pardonne nos péchés et qui offre la vie éternelle. Et nous invitons à croire, parce que la vie éternelle avec Jésus c’est une belle promesse et une belle espérance.

Tout cela est vrai, mais je continue de penser que la foi ne naît pas seulement suite à un argumentaire convaincant. La foi naît surtout d’une rencontre, une rencontre avec la vérité, une rencontre avec Jésus qui est la vérité.

Et quand on rencontre la vérité dans la personne du Christ, on ne veut plus rien d’autre, on ne veut plus du mensonge.

La rencontre avec le Christ nous donne une conviction, celle de vouloir vivre en suivant Jésus et en témoignant de la Parole de Dieu.

C’est pour cela que Jean et les apôtres ont proclamé la Parole de Dieu, parce qu’ils en avaient la conviction. Ils étaient convaincus que leur place était auprès de Jésus et que leur appel était d’annoncer la Parole de Dieu.

Cette conviction a poussé Jean à reprendre Hérode.

En effet, dans notre texte, des versets 17 à 20, Marc nous explique que Jean était allé voir Hérode pour lui rappeler la loi de la Torah. Selon la loi de Moïse, il est interdit de prendre la femme de son frère.

Ce qui s’était passé, c’est que Hérode a répudié sa femme pour épouser Hérodiade, la femme de son frère Philippe, alors que ce dernier était encore en vie.

Hérodiade, de son côté, avait également quitté son mari Philippe, pour épouser le frère, Hérode. Les deux amants ont quitté leur conjoint respectif pour se marier. Cela est assimilé à de l’inceste.

Voici la loi que Jean a dû rappeler à Hérode :

Lévitique 18.16 : « Tu ne dévoileras pas la nudité de la femme de ton frère: c’est la nudité de ton frère. »

Cette mise en garde de Jean n’a pas plu à Hérodiade, donc elle a demandé à Hérode de l’emprisonner.

Marc nous précise que Hérode appréciait Jean, il appréciait même ses prédications !

J’ai l’impression qu’Hérode était intéressé par la Parole de Dieu, et qu’il enviait la foi de Jean-Baptiste. Mais il a préféré rester dans son péché plutôt que de se mettre en règle.

Nous avons dans ce récit, deux figures opposées, le bon exemple et le mauvais exemple.

D’une part, nous avons Jean-Baptiste, convaincu de devoir exposer la vérité. Il a pris le risque de reprendre le gouverneur Hérode. Il s’est exposé à l’épreuve par conviction.

D’autre part, nous avons Hérode. Il pressentait que Jean prêchait la vérité. Il avait une attirance et un intérêt pour la prédication de Jean. Mais il n’avait pas de conviction claire. Son attirance pour le péché était plus fort que son attirance pour la vérité.

Nous sommes évidemment appelés à prendre exemple sur Jean et à agir selon la conviction que la Parole de Dieu nous demande de changer de vie.

C’est cette conviction qui nous anime pour témoigner de la Parole de Dieu, même si cela nous expose à l’épreuve et même si nous nous sentons parfois décalés par rapport au monde.

C’est mon troisième point :

[3. Annoncer la Parole de Dieu, c’est être décalé]

Dans notre texte, nous voyons un décalage flagrant entre la simplicité des disciples et le luxe dans lequel vit le gouverneur Hérode.

C’est une autre comparaison à laquelle Marc nous invite.

Jésus demande à ses disciples de partir sans rien, sans provision. Ils doivent juste partir deux par deux. C’est une manière de s’entraider et de pouvoir être témoin ensemble de l’œuvre de Dieu.

Les disciples partent sans rien, ils doivent apprendre à compter sur Dieu seul, le Dieu qui met sur leur chemin des personnes hospitalières.

Leur attention doit être fixée sur leur mission d’annoncer la Parole et la confiance que Dieu s’occupe de tout le reste.

À l’inverse, Hérode vit dans le luxe. Il organise un festin avec plein d’invités de haut rang. La fille d’Hérodiade danse devant lui et il est tellement sous le charme qu’il lui promet de lui donner ce qu’elle veut.

La fille demande conseil à sa mère, et celle-ci souhaite faire décapiter Jean.

Hérode aurait pu refuser, mais il ne veut pas perdre la face. Les invités ont entendu sa promesse, et il ne veut pas perdre la face devant ses invités. Le regard des autres est plus important que tout, alors il fait décapiter Jean-Baptiste.

Nous vivons malheureusement dans un tel monde où les apparences comptent trop. On veut tellement être bien vus, que l’approbation des autres est plus attirante que l’approbation de Dieu.

Les richesses et le luxe sont plus attirants que la simplicité à laquelle Jésus nous appelle.

En plus d’être exposé à l’épreuve, à cause de ses convictions, le disciple de Jésus est décalé par rapport au monde.

Mais nous sommes invités à assumer ce décalage, et à poursuivre le témoignage de la Parole de Dieu, parce que nous avons la conviction que le monde en a besoin. Et nous savons aussi que Dieu se révèle à travers ce témoignage.

Il y a de la joie à annoncer la Parole de Dieu, c’est ma conclusion.

[Conclusion : annoncer la Parole de Dieu, c’est une joie]

Nous savons que le monde a du mal à recevoir la Parole de Dieu. Lorsque les personnes sont trop attachées à leurs mensonges, leur apparence ou leur péché, comme Hérode, ils préfèrent rester comme ils sont au lieu de changer de vie.

Mais parmi les personnes qui entendent la Parole de Dieu, il y a aussi ceux qui l’accueillent, parce qu’ils rencontrent Jésus, parce qu’ils trouvent enfin la vérité en lui.

Dans ce monde de corruption et d’apparence, il y a aussi ceux qui aspirent à une autre vie.

À la fin de notre récit, les apôtres reviennent de mission et racontent à Jésus tout ce qu’ils ont vécu. Nous n’avons pas les détails, mais nous pouvons imaginer qu’ils étaient joyeux, même s’ils étaient fatigués.

Ils étaient joyeux de voir la puissance de Dieu s’accomplir dans la vie des personnes qui ont accueilli la Parole. Joyeux d’avoir été logés et nourri par les personnes que Dieu a mises sur leur route. Joyeux d’apprendre à s’abandonner à Dieu et de voir le Seigneur à l’œuvre.

C’est cette joie qui doit nous animer.

Annoncer la Parole expose à l’épreuve, mais nous le faisons non pas pour des récompenses, nous le faisons par conviction.

Nous sommes décalés, mais nous l’assumons, parce que les valeurs du Royaume de Dieu ne sont pas les mêmes que ceux du monde.

Témoignons de la Parole de Dieu, pas seulement par nos paroles, mais aussi par notre vie de disciples, parce que le Seigneur agit, il se révèle, il guérit, il appelle, il soutient, il pardonne, il fait grâce.

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