Répétition générale ! (Marc 10.32-45)

Y a-t-il une bonne méthode pour apprendre par cœur un texte ou un poème ?
Y a-t-il une bonne méthode pour apprendre un instrument de musique ?

Une méthode qui fonctionne très bien avec moi, c’est la répétition. Il me semble que pédagogiquement, la répétition est une méthode qui s’avère être efficace. C’est peut-être une méthode à l’ancienne qui ne correspond pas à tout le monde, mais elle peut valoir le coup.

Quand on parle d’apprentissage ou d’entrainement, on utilise souvent le verbe répéter : on répète une pièce de théâtre, un répète un poème, on répète un morceau de musique.

Et quand on regarde les manuels scolaires ou les manuels d’apprentissage d’instrument, on nous fait répéter, et au fur et à mesure, on ajoute des nouveautés par petites touches. C’est ainsi que l’on peut progresser.

Jésus faisait la même chose, et les auteurs des livres bibliques l’ont compris.

Dans la Bible, plusieurs textes se ressemblent. Et souvent, ces textes sont dans le même livre.

Certains « spécialistes sceptiques » pensent que les personnes qui ont rédigé les livres bibliques ont bricolé une sorte de patchwork de textes retrouvés ici et là. Et quand certains textes se ressemblent, c’est juste une même histoire, mais racontée de manière un peu différente. Pour ces personnes sceptiques, cela montrerait que la Bible n’est qu’un amas de textes réunis ensemble, contenant des mythes et légendes glanées au fil des siècles.

Mais ces spécialistes ne prennent pas en compte que dans chaque livre biblique, il y a un plan littéraire bien précis, une cohérence, une réflexion sur la progression du livre, un objectif pédagogique.

Depuis plusieurs semaines, je propose une série de prédications sur l’Évangile selon Marc. Dans les chapitres 8 à 10, des scènes similaires se répètent.

Jésus annonce 3 fois sa mort et sa résurrection, il reprend 3 fois les disciples sur la question : qui est le plus grand ? Et il enseigne à ce sujet. Il prend également deux fois les enfants en exemple.

Aujourd’hui nous arrivons au chapitre 10 versets 32 à 45, où Jésus aborde une fois de plus la notion de grandeur et d’honneur, une fois de plus il annonce sa mort et sa résurrection, et une fois de plus les disciples sont à côté de la plaque.

Maintenant que j’ai dit cela, qu’y a-t-il à dire en plus ?

C’est un défi, pour le prédicateur, de prêcher de manière innovante et de manière pertinente à la fois. Bien que la Bible contienne un seul message principal que nous avons besoin d’entendre et de réentendre : nous avons besoin de répétition pour mieux saisir, parce que nous sommes semblables aux disciples de Jésus.

Nous allons voir ensemble comment tirer des leçons d’un texte qui semble redire la même chose qu’au chapitre précédent.

Nous verrons que Jésus utilise la pédagogie de la répétition, mais pas n’importe quelle répétition. Je vous propose de lire le texte en Marc 10.32-45.

Marc 10.32-45

32 Ils étaient en chemin pour monter à Jérusalem et Jésus allait devant eux. Les disciples étaient effrayés et ceux qui le suivaient étaient dans la crainte. Jésus prit de nouveau les douze avec lui et commença à leur dire ce qui devait lui arriver:
33 «Nous montons à Jérusalem et le Fils de l’homme sera livré aux chefs des prêtres et aux spécialistes de la loi. Ils le condamneront à mort et le livreront aux non-juifs.
34 Ils se moqueront de lui, cracheront sur lui, le fouetteront et le feront mourir, et trois jours après il ressuscitera.»

35 Jacques et Jean, les fils de Zébédée, s’approchèrent de Jésus et lui dirent: «Maître, nous voudrions que tu fasses pour nous ce que nous te demanderons.»
36 Il leur dit: «Que voulez-vous que je fasse pour vous?» 37 «Accorde-nous, lui dirent-ils, d’être assis l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, quand tu seras dans ta gloire.» 38 Jésus leur répondit: «Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ou être baptisés du baptême dont je vais être baptisé?» «Nous le pouvons», dirent-ils.

39 Jésus leur répondit: «Vous boirez en effet la coupe que je vais boire et vous serez baptisés du baptême dont je vais être baptisé. 40, Mais quant à être assis à ma droite ou à ma gauche, cela ne dépend pas de moi et ne sera donné qu’à ceux pour qui cela est préparé.»

41 Après avoir entendu cela, les dix autres commencèrent à s’indigner contre Jacques et Jean. 42 Jésus les appela et leur dit: «Vous savez que ceux que l’on considère comme les chefs des nations dominent sur elles et que leurs grands les tiennent sous leur pouvoir.
43 Ce n’est pas le cas au milieu de vous, mais si quelqu’un veut être grand parmi vous, il sera votre serviteur; 44 et si quelqu’un veut être le premier parmi vous, qu’il soit l’esclave de tous. 45 En effet, le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup.»

Le premier point que j’aimerais aborder, c’est la réaction des disciples, qui semble inappropriée, voire désinvolte.

[1. Les disciples : une réaction désinvolte ?]

Pour la troisième fois, Jésus annonce qu’il va mourir. Mais ce qui change ici, c’est qu’il donne plus de détails.

Pour s’en rendre compte, je vous lis les deux premières annonces, au chapitre 8 verset 31 et au chapitre 9 verset 31. Lorsque Jésus parle du Fils de l’homme, il parle de lui, nous verrons plus tard à quoi il fait référence.

31 Alors il commença à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, par les chefs des prêtres et par les spécialistes de la loi, qu’il soit mis à mort et qu’il ressuscite trois jours après.

31 (…) il enseignait ses disciples et il leur disait: «Le Fils de l’homme sera livré entre les mains des hommes; ils le feront mourir et, trois jours après avoir été mis à mort, il ressuscitera.»

Maintenant, relisons l’annonce dans notre chapitre 10 versets 33 et 34 :

33 «Nous montons à Jérusalem et le Fils de l’homme sera livré aux chefs des prêtres et aux spécialistes de la loi. Ils le condamneront à mort et le livreront aux non-juifs.
34 Ils se moqueront de lui, cracheront sur lui, le fouetteront et le feront mourir, et trois jours après il ressuscitera.»

Comme je l’ai dit en introduction, Jésus se répète, mais il ne dit pas exactement la même chose, il ajoute des précisions.

Par rapport aux deux autres annonces de sa mort et sa résurrection, il précise que les non-juifs seront aussi concernés. Les chefs des prêtres juifs et les spécialistes de la loi juifs condamneront Jésus à mort et le livreront aux non-juifs.

Jésus ajoute aussi des détails sur la manière dont ils vont le maltraiter : on se moquera de lui, on crachera sur lui, on le fouettera et on le fera mourir. Puis il ressuscitera trois jours après.

Si Jésus annonce au moins 3 fois sa souffrance, c’est que c’est un événement qui approche, et dont il redoute l’intensité.

Les disciples reçoivent cette information quand même douloureuse. Et comment réagissent deux d’entre eux au verset 37 (Jacques et Jean) ?

37 «Accorde-nous, lui dirent-ils, d’être assis l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, quand tu seras dans ta gloire.»

Leur réaction semble déconnectée de l’annonce de la souffrance et de l’humiliation à venir de Jésus.

Jacques et Jean demandent à Jésus des places d’honneur dans le royaume des cieux.

Jésus venait de leur expliquer au moins deux fois qu’ils ne sont pas là pour se disputer la première place, mais la dernière. Il venait de leur expliquer que si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier.

Et ici, Jacques et Jean continuent de viser les premières places.

Comment expliquer leur attitude ?

Tout d’abord, Jacques et Jean faisaient partie du cercle d’amis proches de Jésus. À vrai dire, normalement ils sont trois : Pierre, Jacques et Jean. On le sait notamment parce que ce sont ces trois disciples que Jésus a pris avec lui pour aller sur la montagne où sont apparus Moïse et Élie, deux anciens prophètes.

Jésus a montré sa gloire, il était transfiguré, il est devenu resplendissant. Jésus a même demandé à Pierre, Jacques et Jean de ne pas en parler aux autres jusqu’à ce qu’il soit ressuscité.

Comme Jacques et Jean étaient plus proches de Jésus, ils se sont sentis libres de lui demander des places d’honneur. Il manque tout de même Pierre, peut-être parce qu’il s’était déjà fait reprendre par Jésus à une autre occasion.

Maintenant, comment se fait-il que Jacques et Jean associent la mort et la résurrection de Jésus avec sa gloire à venir ?

À mon avis, ils ont fait le lien avec la gloire de Jésus lors de la transfiguration, mais surtout, il y a une prophétie de l’Ancien Testament qui parle du Fils de l’homme et de sa gloire.

C’est dans le livre du prophète Daniel, chapitre 7, versets 13 et 14 :

13 »Pendant que je regardais dans mes visions nocturnes, quelqu’un qui ressemblait à un fils de l’homme est venu avec les nuées du ciel. Il s’est avancé vers l’Ancien des jours et on l’a fait approcher de lui.
14 On lui a donné la domination, la gloire et le règne, et tous les peuples, les nations et les hommes de toute langue l’ont servi. Sa domination est une domination éternelle qui ne cessera pas et son royaume ne sera jamais détruit.

Donc lorsque Jésus parle du Fils de l’homme qui ressuscitera, Jacques et Jean ont probablement en tête la gloire et le règne imminent de Jésus.

Avec tous ces éléments, cela change un peu notre regard sur Jacques et Jean. Ont-ils été désinvoltes ? Je ne pense pas, je pense plutôt qu’ils n’ont compris qu’à moitié ce que Jésus leur racontait.

Je pense aussi que nous sommes comme les disciples de l’époque. Lorsque nous entendons le message de Jésus, nous en comprenons une partie, mais pas la totalité, sans compter les erreurs de compréhension. C’est pour cela que nous avons besoin d’entendre, de réentendre, d’échanger entre nous, de prier et de demander l’aide du Saint-Esprit.

Cela nous pousse également à l’humilité. Lorsque nous pensons avoir tout compris, c’est là qu’il faut faire attention.

Jacques et Jean se sont dit : « on est des amis proches de Jésus ». Et nous, nous pouvons être tentés de nous dire : « nous sommes les enfants de Dieu ».

Jacques et Jean se sont dit : « Jésus nous dit des choses à nous et pas aux autres ». Et nous, nous pouvons peut-être aussi nous dire : « grâce au Saint-Esprit, Dieu me permet de comprendre des choses que tout le monde ne comprend pas ».

Mais au final, ils n’ont pas tout compris.

Je ne dis pas qu’il faut remettre sans cesse en question l’Évangile. Ce que nous sommes appelés à faire, c’est surtout de ne pas tomber dans l’orgueil, le mépris des autres, ou le sentiment de supériorité.

Le deuxième point sur lequel j’aimerais m’arrêter concerne la réponse de Jésus, lorsqu’il parle de la coupe et du baptême.

[2. Les disciples : leur coupe et leur baptême]

En réponse à leur demande, Jésus leur répond qu’ils ne savent pas ce qu’ils demandent. Ils ne saisissent pas la portée de leur question, dans le sens où ils ne savent pas ce que cela implique.

Il leur pose la question au verset 38 : « Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ou être baptisés du baptême dont je vais être baptisé ? »

Dans la Bible, boire la coupe est une expression qui signifie : recevoir un destin douloureux. La coupe désigne aussi la colère et le jugement de Dieu.

Il y a d’ailleurs un roman de John Steinbeck qui s’intitule « Les raisins de la colère », en référence à la coupe de la colère, le destin douloureux des personnages de son livre.

Et le baptême fait référence à l’immersion. Immersion dans l’épreuve et la souffrance.

Ce sont des expressions fortes pour désigner ce que Jésus va subir. Il va subir le jugement de Dieu à la place de l’humanité, et pour ce faire il va être immergé dans la souffrance.

Jacques et Jean répondent encore sans trop savoir ce qu’ils disent. Ils disent qu’ils peuvent boire cette coupe et être baptisés de ce baptême. Et Jésus confirme qu’ils vont subir cela, car ils vont être persécutés également.

Quant à être assis à sa droite ou à gauche, Jésus répond que cela ne dépend pas de lui, cela ne sera donné qu’à ceux pour qui cela est préparé.

Cela ne dépend pas de Jésus, parce que c’est Dieu le père qui jugera le monde.

La différence entre Jésus et ses disciples, c’est que Jésus subit la coupe et le baptême à la place de l’humanité, et il est le seul légitime pour faire cela, parce que c’est le seul représentant de l’humanité qui n’a pas de dette envers Dieu, il n’a jamais péché.

C’est tout ce qu’il y a derrière les paroles de Jésus au verset 45 :

45 En effet, le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup.»

Jésus est le serviteur souffrant dont parle un autre prophète encore. Il s’agit du prophète Esaïe, dans son livre au chapitre 53.

Je vous lis quelques versets à commencer par les versets 3 et 4 :

3 Méprisé et délaissé par les hommes, homme de douleur, habitué à la souffrance, il était pareil à celui face auquel on détourne la tête: nous l’avons méprisé, nous n’avons fait aucun cas de lui.
4 Pourtant, *ce sont nos souffrances qu’il a portées, c’est de nos douleurs qu’il s’est chargé. Et nous, nous l’avons considéré comme puni, frappé par Dieu et humilié.

Et également le verset 11 :

11 Après tant de trouble, il verra la lumière et sera satisfait. Par sa connaissance, mon serviteur juste procurera la justice à beaucoup d’hommes; c’est lui qui portera leurs fautes.

Jésus se révèle comme étant le messie, le serviteur promis par Dieu depuis des siècles. Il est le Fils de l’homme qui recevra le règne et la gloire. Il est le serviteur souffrant ?

Il donne l’exemple de celui qui se met au service jusqu’au bout, jusqu’à donner sa vie pour l’humanité.

Et puisqu’il donne l’exemple, il peut se permettre d’exhorter ses disciples à servir aux aussi, au lieu de vouloir les premières places aux yeux du monde.

C’est par cette exhortation que je conclus.

Revenons à notre texte de Marc et relisons les versets 42 à 45 :

42 Jésus les appela et leur dit: «Vous savez que ceux que l’on considère comme les chefs des nations dominent sur elles et que leurs grands les tiennent sous leur pouvoir.
43 Ce n’est pas le cas au milieu de vous, mais si quelqu’un veut être grand parmi vous, il sera votre serviteur; 44 et si quelqu’un veut être le premier parmi vous, qu’il soit l’esclave de tous. 45 En effet, le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup.»

[Conclusion : des valeurs inversées par rapport à notre monde]

Jésus annonce que dans le monde, les grands de la société sont ceux qui dirigent et qui ont le pouvoir.

Mais dans le royaume de Dieu, c’est l’inverse, car aux yeux de Dieu, le plus grand est le plus petit.

Il l’a déjà dit plusieurs fois, mais la nouveauté ici, c’est qu’il utilise le terme grec doulos, qui signifie esclave.

Il avait déjà invité ses disciples à être serviteurs. Mais là il va encore plus loin, il les appelle à être esclaves de tous.

L’esclave est celui qui sert par obéissance et qui n’attend aucun intérêt personnel en contrepartie, même pas la reconnaissance. Pire encore, l’esclave est même parfois exposé à l’indifférence.

Cette conclusion de Jésus est choquante, personnellement j’ai du mal avec ça. Cela signifie que je dois encore méditer ce texte et laisser Dieu me travailler.

Nous sommes appelés à adopter des valeurs complètement inversées. Dans ce monde beaucoup de gens cherchent le pouvoir, la gloire, l’admiration et la reconnaissance. Ce que le disciple de Jésus doit chercher avant tout, c’est d’être comme Jésus.

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