Une expérience extraordinaire (Marc 9.2-9)

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Avez-vous déjà vécu des moments forts dans votre foi, dans votre relation avec Dieu ? Avez-vous déjà par exemple senti une proximité avec Dieu ? Entendu sa voix à travers des circonstances, à travers une lecture biblique, à travers une prière ?

Avez-vous déjà vécu un temps fort où vous avez senti sa présence ? Lors d’un camp lorsque vous étiez enfant, lors d’un rassemblement, pendant un temps de louange.

Dans la vie chrétienne, il y a des moments particuliers où Dieu nous accorde de vivre des expériences marquantes. Un culte qui nous bouleverse. Une lecture biblique qui éclaire soudain toute une situation. Une conviction que Dieu est présent et à l’oeuvre.

Ces moments sont précieux. Ils fortifient notre foi. Ils nous encouragent. Pourtant, une question demeure : que faire après ces moments forts ? Que faire lorsque nous revenons à la routine quotidienne.

Pendant plusieurs années j’étais impliqué dans la commission jeunesse de notre union d’Églises. Nous organisions le rassemblement Union Jeunes, au niveau national, sur 4 jours.

Pendant ces séjours, beaucoup de jeunes vivent un moment fort avec Dieu. Certains rencontrent Jésus et commencent leur chemin de foi. Nous avions conscience que le grand défi, c’est le retour à la maison.

Après l’expérience, après l’enthousiasme de la découverte, le retour à la maison est un moment sensible, parce que l’expérience et l’émotion ne sont qu’éphémères.

Mais peut-être que vous n’avez jamais vécu de temps fort dans votre foi, et vous vous demandez si c’est normal.

Le texte que nous abordons aujourd’hui soulève ces questions. Il s’agit du texte de la transfiguration de Jésus, dans l’Évangile selon Marc, au chapitre 9. Si vous vous demandez ce que signifie la transfiguration, nous en parlerons dans quelques instants.

Avant de lire le texte, voici le contexte.

Quelques jours auparavant, Jésus a annoncé sa passion, c’est-à-dire sa souffrance, sa mort et sa résurrection à venir. Les disciples sont bouleversés. Pierre refuse même l’idée d’un messie souffrant. Dans leur esprit, la gloire et la souffrance sont incompatibles.

Alors Jésus emmène Pierre, Jacques et Jean sur une montagne. Là, pendant quelques instants, il y a comme un voile qui est levé. Les disciples voient ce que Jésus est réellement : le Fils de Dieu dans toute sa gloire.

Nous lisons le texte en Marc 9, versets 2 à 9.

2 Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il les conduisit seuls à l’écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux;
3 ses vêtements devinrent resplendissants et d’une telle blancheur que personne sur la terre ne peut blanchir ainsi.
4 Élie et Moïse leur apparurent; ils s’entretenaient avec Jésus. 5 Pierre prit la parole et dit à Jésus: «Maître, il est bon que nous soyons ici. Faisons trois abris: un pour toi, un pour Moïse et un pour Élie.»

6 Il ne savait que dire, car ils étaient effrayés. 7 Une nuée vint les couvrir, et de la nuée sortit une voix: «Celui-ci est mon Fils bien-aimé: écoutez-le!»
8 Aussitôt les disciples regardèrent tout autour et ils ne virent plus que Jésus seul avec eux.
9 Comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur recommanda de ne dire ce qu’ils avaient vu à personne jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité.

Le premier point que j’aimerais soulever, c’est que :

[1. Dieu nous révèle la gloire de Jésus pour fortifier notre foi]

Nous lisons au verset 2 : « Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il les conduisit seuls à l’écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux. »

Jésus devient rayonnant, lumineux, glorieux. Cette gloire est resplendissante, au point que le narrateur nous dit au verset 3 : « ses vêtements devinrent resplendissants et d’une telle blancheur que personne sur la terre ne peut blanchir ainsi. »

La transfiguration de Jésus est le moment où Jésus révèle sa gloire. Il n’est pas devenu quelqu’un d’autre, mais il montre pleinement sa gloire, celle qui est en lui depuis toujours. Une gloire qui n’était pas encore dévoilée jusqu’à maintenant.

Voici ce que l’apôtre Paul dira plus tard à propos de Jésus, dans sa lettre aux Philippiens :

6 lui qui est de condition divine, il n’a pas regardé son égalité avec Dieu comme un butin à préserver, 7 mais il s’est dépouillé lui-même en prenant une condition de serviteur, en devenant semblable aux êtres humains.

Ces versets expliquent que Dieu le Fils existait déjà, qu’il était de condition divine, avec toute la gloire divine. Mais au lieu de rester là-haut dans le ciel avec toute sa gloire, il a choisi de venir sur terre en prenant la nature humaine.

Il a mis de côté sa gloire divine pour venir sur terre et pour se faire serviteur de tous.

Dieu s’est incarné en être humain dans la personne de Jésus.

La transfiguration, c’est le moment où il a montré un aperçu de sa nature divine à quelques disciples. Cette gloire divine qui a été mise de côté pour venir sur terre, pour nous servir.

Sur la montagne, la gloire resplendissante venait de Jésus, ses vêtements étaient rayonnants.

Dans la Bible, la lumière est souvent associée à la présence de Dieu.

Dans le livre de l’Exode, Dieu donne ses commandements à Moïse, sur le mont Sinaï, et le visage de Moïse se met à rayonner après ses entretiens avec Dieu.

Exode 34.29 : Moïse descendit du mont Sinaï, les deux tables du témoignage à la main. Il ne savait pas que la peau de son visage rayonnait parce qu’il avait parlé avec l’Éternel.

L’épisode de la transfiguration de Jésus sur la montagne rappelle fortement la rencontre entre Moïse et Dieu sur la montagne.

La différence, c’est que Moïse ne faisait que refléter la gloire de Dieu, alors que Jésus rayonne directement la gloire de Dieu.

Depuis des mois, les disciples voyaient en Jésus un homme qui marche, qui mange, dort, enseigne, voyage avec eux. Ils savaient qu’il était extraordinaire, mais ils n’avaient pas encore pleinement compris qui il était.

Sur cette montagne, Dieu leur montre que celui qu’ils suivent est plus qu’un prophète. Il est Dieu, le Fils de Dieu.

Voir Jésus transfiguré, dans toute sa gloire, était une grâce pour ces disciples !

Quelques semaines plus tard, ils verront ce même Jésus arrêté, humilié, frappé, rejeté et crucifié. Dieu leur donne une révélation avant l’épreuve.

Et Dieu agit parfois ainsi. Il peut accorder des encouragements particuliers avant des temps difficiles.

Il nous rappelle sa fidélité pour que nous puissions tenir ferme lors des épreuves.

Lorsque nous regardons notre vie, nous pouvons parfois être découragés, nous voyons nos limites, nous voyons nos échecs. Nous voyons un monde qui souffre, un monde loin de Dieu.

Mais Marc 9 nous rappelle que Jésus est bien plus grand que ce que nos yeux perçoivent.

Lorsque tout semble perdu, Jésus demeure glorieux.

Lorsque nous traversons des moments difficiles, Jésus demeure glorieux.

Le disciple mature n’est pas celui qui ne connaît jamais le doute ou la difficulté. C’est celui qui apprend à regarder au-delà de ce qu’il voit, avec le regard de Dieu.

Les disciples avaient besoin de comprendre que la croix ne serait pas une défaite, alors Jésus a montré un aperçu de sa gloire avant la croix.

Et nous, nous avons besoin de comprendre que les difficultés de la vie ne signifient pas l’absence de Dieu.

Notre espérance chrétienne ne repose pas sur nos émotions, ni sur des expériences, elle repose sur la personne de Christ, sur la gloire de Jésus.

Cela dit, lorsque nous vivons une expérience forte, nous aimerions bien qu’elle dure longtemps, nous aimerions bien la reproduire, c’est ce que Pierre semble désirer. Mais Jésus nous invite à autre chose, il nous invite à l’écouter, plutôt qu’à prolonger ou rechercher l’expérience.

 C’est mon deuxième point.

[2. Dieu nous appelle à écouter Jésus plus qu’à rechercher les expériences]

Devant la transfiguration et l’apparition d’Élie et de Moïse, Pierre prend la parole au verset 4 :

« Maître, il est bon que nous soyons ici. Faisons trois abris: un pour toi, un pour Moïse et un pour Élie. »

Pourquoi Pierre a-t-il tout à coup cette idée de monter des tentes ?

Probablement parce qu’il veut que Moïse et Élie restent avec eux. Il veut les garder, il veut prolonger l’expérience.

À l’époque, si Pierre avait eu un téléphone portable, il aurait filmé la scène pour capturer l’instant présent.

Un jour, j’ai lu un article d’un philosophe qui parle d’un phénomène très actuel, il s’agit de la saturation du présent.

On est dans l’incapacité de retourner dans les bons moments du passé, et on a peur de l’avenir, donc on veut capturer le présent. Il parlait de saturation du présent. On prend des centaines photos et on filme l’instant présent, et on a l’impression de le posséder à jamais.

Sauf que c’est une illusion.

Lorsque Dieu nous permet de vivre quelque chose d’exceptionnel, lorsque Dieu agit puissamment, nous sommes tentés de vouloir figer le présent, ou de vouloir retrouver l’expérience passée.

Mais la vie ne se résume pas aux moments extraordinaires. La vie est faite de moments ordinaires.

Alors à quoi servent les moments extraordinaires que nous vivons avec Dieu ? Ils servent à nourrir notre foi justement pour les moments ordinaires.

Et même si nous ne vivons pas de moments extraordinaires, ce n’est pas cela qui compte.

Lorsque Pierre propose de monter des tentes pour figer l’instant, l’auteur, Marc, ajoute au verset 6 : « Il ne savait que dire ».

Pierre parle et propose quelque chose, mais il ne comprend pas grand-chose.

Il veut capturer l’instant exceptionnel, l’instant glorieux, alors que Jésus veut redescendre et se diriger vers la croix, vers la souffrance, pour offrir sa vie à l’humanité, pour mourir à notre place.

À ce moment-là, une nuée vient les couvrir. La nuée, cela rappelle encore Moïse, qui a été conduit par une colonne de nuée (Exode 13.21-22). C’était Dieu qui guidait le peuple.

De cette nuée, une voix se fait entendre. Verset 7 : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! »

Cette voix de Dieu n’a pas dit : « admirez-le », ni « construisez une tente », ni « restez sur la montagne ».

Cette voix a dit : écoutez-le !

La révélation doit conduire à l’obéissance. L’expérience doit produire la transformation.

Nous vivons à une époque où les émotions sont importantes et c’est une bonne chose. Mais comme toutes choses, il y a le risque de tomber dans l’excès.

Aujourd’hui, l’émotion est devenue un argument. Mon émotion est même parfois ce qui compte le plus.

On cherche le ressenti, on cherche l’expérience spirituelle.

Mais Dieu, lui, cherche avant tout des disciples qui écoutent son Fils.

Il est possible d’être impressionné par Jésus sans lui obéir.

Il est possible d’être émerveillé par certaines vérités bibliques sans les mettre en pratique.

Il est possible de vivre des moments spirituels forts tout en refusant de se remettre en question devant Dieu.

Or, Dieu nous dit aujourd’hui : « Écoutez-le. »

Que signifie écouter Jésus ? Que nous dit Jésus dans son enseignement, dans son exemple de vie ?

Il nous dit : pardonne, aime ton prochain, cherche d’abord le royaume de Dieu, fais des disciples, reste fidèle à moi.

La maturité chrétienne ne se mesure pas à l’intensité de nos émotions, ni à la quantité d’expériences, mais à la profondeur de notre obéissance.

Parfois nous demandons : « Seigneur, montre-moi quelque chose de nouveau. »

Mais la parole de Dieu, aujourd’hui, nous pose la question : « As-tu obéi à ce que je t’ai déjà montré ? »

Le disciple n’est pas appelé à vivre en permanence perché sur une montagne, il est appelé à écouter Jésus dans les moments ordinaires et même sur le chemin de l’épreuve.

C’est ainsi que la foi devient solide et persévérante.

Jusque maintenant, nous avons surtout parlé de Jésus, mais la présence d’Élie et de Moïse a également quelque à nous apprendre. J’en viens à mon troisième point :

[3. Dieu nous montre que Jésus est au centre de la révélation biblique]

Nous lisons au verset 4 :

« Élie et Moïse leur apparurent ; ils s’entretenaient avec Jésus. »

Pourquoi Élie et Moïse ?

Dans la pensée juive, ces deux hommes représentaient toute la révélation de l’Ancien Testament.

Moïse représente la Loi. C’est par lui que Dieu a donné la Torah à Israël.

Élie représente les prophètes. Il est devenu, dans la tradition juive, la figure du prophète fidèle à Dieu.

Autrement dit, sur cette montagne, nous voyons réunis : la loi, les prophètes, et Jésus.

C’est comme si toute l’histoire biblique était réunie sur cette montagne.

  • Depuis la Genèse, Dieu prépare la venue d’un sauveur.
  • Lorsque Dieu promet une descendance à Abraham, il prépare la venue de Jésus.
  • Lorsque Dieu donne la Loi à Moïse, il prépare la venue de Jésus.
  • Lorsque les prophètes annoncent le salut à venir, ils préparent la venue de Jésus.

Toute l’histoire biblique oriente dans sa direction.

D’ailleurs, c’est ce que Jésus expliquera plus tard aux disciples, après sa résurrection, sur le chemin d’Emmaüs :

Luc 24.27 : « En commençant par les écrits de Moïse et continuant par ceux de tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait. »

L’Ancien Testament n’est pas une histoire différente du Nouveau Testament, c’est la même histoire.

C’est l’histoire d’un Dieu qui sauve, d’un Dieu qui prépare la venue de son Fils.

Il y a un détail très intéressant dans notre texte. Après la voix de Dieu qui dit : « écoutez-le », l’auteur précise :

« Aussitôt les disciples regardèrent tout autour et ils ne virent plus que Jésus seul avec eux. »

Moïse et Élie disparaissent, il ne reste que Jésus.

Cela ne signifie pas que Moïse et Élie deviennent inutiles. Cela signifie que leur mission est accomplie.

Ils étaient comme des panneaux indicateurs et Jésus est la destination.

C’est exactement ce que dira l’auteur de la lettre aux Hébreux dans ses tous premiers versets :

1 Après avoir autrefois, à de nombreuses reprises et de bien des manières, parlé à nos ancêtres par les prophètes,
2 Dieu, dans ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils.

Le centre de la foi chrétienne n’est pas une expérience.

Le centre de la foi chrétienne n’est pas une tradition.

Le centre de la foi chrétienne n’est même pas une série de règles éthiques.

Le centre de la foi chrétienne est une personne : Jésus.

Sur la montagne, Dieu rappelle à ses disciples l’essentiel.

Quand tout disparaît, il reste Jésus.

Finalement, c’est la question que ce texte nous pose :

Lorsque tout le reste nous est enlevé, que reste-t-il au centre de notre foi ?

Lorsque les émotions disparaissent, lorsque les circonstances deviennent difficiles, lorsque nos idéaux ne sont pas atteints, lorsque les certitudes humaines sont fragilisées, est-ce que Jésus nous suffit encore ?

La foi chrétienne n’est pas d’abord l’adhésion à un système religieux, c’est l’attachement à une personne.

Dieu nous dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le. »

[Conclusion]

Pour résumer et pour conclure, sur cette montagne, les 3 disciples ont reçu une révélation qui allait les accompagner toute leur vie.

Ils ont découvert que Jésus était bien plus qu’un enseignant, plus qu’un faiseur de miracles ou qu’un prophète.

Ils ont eu un aperçu de sa gloire divine, ils ont entendu la voix du Père déclarer : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le. »

Et ils ont appris que toute l’histoire biblique s’accomplit en lui.

Cette expérience extraordinaire ne les conduit pas à rester sur la montagne. Jésus les fait redescendre.

La révélation est donnée pour la route, la gloire est montrée pour fortifier la foi.

Dieu ne nous donne pas des expériences spirituelles pour que nous vivions dans la nostalgie de ce que nous avons vécu dans le passé.

Il nous les donne pour que nous avancions aujourd’hui.

Peut-être que certains d’entre nous traversent actuellement une période difficile. Peut-être que vous avez l’impression que Dieu est silencieux. Peut-être que votre foi est mise à l’épreuve.

Alors, regardons ce Jésus glorieux. La gloire de Jésus était déjà là alors qu’il se dirigeait vers la croix.

Les disciples ne comprenaient pas tout, mais Dieu accomplissait tout son plan.

Et si vous n’avez jamais vécu d’expérience forte, ce n’est pas grave. La question principale  n’est pas : « Ai-je vécu une expérience spirituelle forte ? »

La question la plus importante est la suivante : « Qui est Jésus pour moi ? »

Tout le récit de la transfiguration conduit à ce constat : Jésus n’est pas seulement un homme sage de l’histoire, il est le Fils de Dieu, celui que le Seigneur nous demande d’écouter.

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