La meilleure des idées ! (Marc 9.33-42)

Un jour, alors que les disciples de Jésus marchaient ensemble, ils se posaient la question entre eux : qui est le plus grand parmi nous ?

Et quand Jésus leur demande : de quoi parlez-vous ?

Ils n’osent pas répondre. Ils ne répondent pas, parce qu’ils ont honte de débattre à ce sujet, à savoir : qui est le plus grand ?

Ne trouvez-vous pas cette question prétentieuse et honteuse ?

Le Royaume de Dieu n’est pas une entreprise avec une hiérarchie. L’Église n’est pas un lieu où l’on devrait se demander qui est le plus grand !

Malgré cela, les disciples ont eu cette discussion.

Et nous, avons-nous ce genre de discussion entre nous ?

Vous pensez certainement que non, pas du tout, quelle idée !

Pourtant, cette question peut surgir différemment, d’une manière plus subtile dans nos conversations.

De nos jours, on ne débat pas de manière directe sur la question du plus grand, mais il nous arrive de débattre sur d’autres questions similaires, par exemple : quelle idée est la meilleure ?

La question de la supériorité reste sous-jacente, quand on pense que notre idée pour l’Église est la plus pertinente, la meilleure, la plus appropriée, la plus juste, la plus biblique. Et que les idées des autres sont moins bonnes.

Quelqu’un qui est venu à la foi en Jésus grâce à une vidéo YouTube va par exemple militer pour que son Église crée une chaîne YouTube, son idée est forcément une bonne idée, et il va peut-être être critique envers les Églises qui ne sont pas présentes sur Internet.

Quelqu’un qui a été touché par une main tendue quand il était en difficulté, va par exemple dire que l’Église ne joue pas son rôle si elle ne fait pas essentiellement du social.

Quelqu’un qui a été touché pendant un spectacle de Pâques va dire que le point fort de l’année, c’est la fête de Pâques, et il faut en faire une priorité dans l’Église, il va penser que son idée est la plus pertinente et il ne comprendra pas pourquoi les autres ne pensent pas pareil.

Quelqu’un qui a beaucoup progressé grâce à des études va dire qu’il faut absolument une Église avec un accent fort sur l’enseignement et cet aspect est supérieur à tout autre projet.

Quelqu’un qui a une vie de prière très développée va dire que le plus important dans l’Église, c’est la vie de prière, et il pourrait être très alarmiste en disant qu’une Église sans réunion de prière est une Église en danger. Son idée de faire de la prière une priorité est forcément la meilleure des idées.

Je pourrai continuer la liste encore longtemps.

Certains voudraient que l’on mette un accent sur le témoignage, ou l’évangélisation, ou les projets artistiques, les visites mutuelles, les enfants, les personnes âgées, la louange, etc.

Chacun a probablement une idée de tout ce qui serait mieux pour l’Église. Mais si nous pensons que nos idées sont prioritaires par rapport à celles des autres, nous risquons de dénigrer ce que font les autres.

Sans forcément nous en rendre compte, nous risquons de tomber dans le même débat que les disciples, à savoir : qui est le plus grand ? Qui a la meilleure vision pour le Royaume de Dieu ?

Comment Jésus traite-t-il la question que les disciples n’osent pas exprimer ?

Je vous invite à regarder le texte dans l’Évangile selon Marc. Nous continuons simplement notre série de prédications sur l’Évangile selon Marc.

Nous lisons le chapitre 9, les versets 33 à 42.

33 Ils arrivèrent à Capernaüm. Lorsqu’il fut dans la maison, Jésus leur demanda: «De quoi discutiez-vous en chemin?»
34 Mais ils gardèrent le silence, car en chemin ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand.
35 Alors il s’assit, appela les douze et leur dit: «Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous.» 36 Il prit un petit enfant, le plaça au milieu d’eux et, après l’avoir pris dans ses bras, il leur dit: 37 «Celui qui accueille en mon nom un de ces petits enfants, c’est moi-même qu’il accueille, et celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais celui qui m’a envoyé.»
38 Jean lui dit: «Maître, nous avons vu quelqu’un chasser des démons en ton nom, et nous l’en avons empêché parce qu’il ne nous suit pas.»
39 «Ne l’en empêchez pas, répondit Jésus, car personne ne peut faire un miracle en mon nom et aussitôt après dire du mal de moi. 40 En effet, qui n’est pas contre nous est pour nous.
41 Et celui qui vous donnera à boire un verre d’eau en mon nom, parce que vous appartenez à Christ, je vous le dis en vérité, il ne perdra pas sa récompense. 42 Mais si quelqu’un fait trébucher un seul de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on attache à son cou une grosse meule de moulin et qu’on le jette à la mer.

À la question : « qui est le plus grand ? », Jésus répond de manière claire au verset 35.

« Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. »

Mais qu’est-ce que cela signifie exactement ?

Alors que les disciples se posent la question de leur propre place dans le Royaume de Dieu, Jésus pose la question de la place que nous accordons aux autres.

Pour illustrer sa réponse, Jésus parle des enfants. C’est mon premier point :

[1. Accueillir un enfant]

 Quel est le lien entre le débat sur le premier, et l’accueil des enfants ?

Reprenons la réponse de Jésus au verset 35 :

« Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. »

Jésus ne reproche pas aux disciples de vouloir la première place. Il leur donne même la clé pour réussir à être le premier, mais le premier selon les valeurs du Royaume de Dieu.

Pour être le premier, il faut être le dernier de tous et le serviteur de tous.

Le mot « tous » est important.

Être serviteur de tous, c’est être serviteur de tout le monde, y compris les personnes les plus insignifiantes de la société. À l’époque, les enfants étaient perçus comme des personnes dépendantes et inutiles économiquement parlant.

Aujourd’hui, l’enfant a une tout autre place. J’ai entendu à la radio que nous ne sommes plus à l’ère de l’enfant roi, mais de l’enfant rare. La natalité baisse fortement et les couples veulent moins d’enfants, voire pas du tout.

Cela a deux conséquences opposées. Premièrement, chez les familles, l’enfant est rare, donc il est roi.  Deuxièmement, aux yeux de la société, l’enfant est rare, le public n’est plus habitué à la présence des enfants, donc l’enfant dérange. Il y a maintenant des restaurants, des hôtels et même des wagons de train interdits aux enfants.

À l’époque de Jésus, l’enfant était vu comme insignifiant. Quand Jésus dit qu’il faut être serviteur de tous, il prend l’exemple de l’enfant, celui qui dépend des parents et qui n’est pas productif.

De nos jours, une autre catégorie de personnes risque d’être vue comme dépendante et non productive, il s’agit des personnes âgées.

À une certaine époque, les anciens étaient des sages. Aujourd’hui, ils ne sont malheureusement plus considérés de la même manière.

Quoi qu’il en soit, Jésus prend une personne insignifiante et il la place au centre. C’est intéressant que le texte nous le décrive de cette manière. Jésus fait une place à cet enfant, il lui donne même la place centrale, la première place.    

L’auteur l’exprime ainsi au verset 36 : « Il prit un petit enfant, le plaça au milieu d’eux ».

Ensuite, il dit ceci: « Celui qui accueille en mon nom un de ces petits enfants, c’est moi-même qu’il accueille, et celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais celui qui m’a envoyé. »

Jésus précise que l’accueil dont il est question se fait en son nom. Il parle bien à des disciples, et il les invite à avoir un comportement de disciple : accueillir au nom de Jésus.

Les disciples veulent savoir comment être grand. Jésus répond que la grandeur consiste à discerner le Christ dans celui qui est insignifiant. Être au service de tous, c’est être au service des autres, au nom de Jésus.

Servir Jésus, c’est servir les plus petits de la société.

Ensuite, l’auteur nous présente une autre situation en guise de réponse à la question des disciples.

Les disciples sont gênés, parce qu’ils ont rencontré quelqu’un qui chasse les démons, mais il ne fait pas partie de leur groupe. C’est un disciple qui dérange. C’est mon deuxième point.

[2. Reconnaître un disciple hors groupe]

Avec cette deuxième scène, l’auteur nous illustre encore la réponse de Jésus.

Reprenons encore ses paroles au verset 35 : « Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. »

Par cette phrase, Jésus demande aux disciples de renoncer au prestige et à la grandeur aux yeux du monde.

Au verset 38, ils disent à Jésus qu’ils ont rencontré quelqu’un qui chasse les démons, mais cela les gêne, ils l’en ont même empêché.

Je trouve qu’ils ont une attitude assez paradoxale, car au verset 18, juste au paragraphe précédent, eux-mêmes n’arrivent pas à chasser un démon. Et maintenant qu’ils trouvent un disciple qui chasse les démons, ils veulent l’en empêcher.

Qu’est-ce qui les gêne ?

Regardons le verset 38 : « Maître, nous avons vu quelqu’un chasser des démons en ton nom, et nous l’en avons empêché parce qu’il ne nous suit pas. »

La raison avancée, c’est qu’ « il ne nous suit pas ».

Autrement dit : il ne fait pas partie de notre groupe.

Le problème n’est pas doctrinal, il est identitaire. Les disciples n’ont pas dit qu’il enseignait autre chose, ils disent même qu’il chasse au nom de Jésus. La seule raison, c’est qu’il ne fait pas partie de leur groupe.

Comme Jésus faisait partie de leur groupe, les disciples pensaient qu’ils étaient le seul groupe valable et valide devant Dieu. Et pour cette raison, ils se sont permis de contrôler qui pouvait servir Dieu.

Mais Jésus leur rappelle que ce n’est pas lui qui nous appartient. C’est nous qui lui appartenons.

L’œuvre de Dieu, ainsi que le Royaume de Dieu, appartient à Dieu et non pas à un groupe, une dénomination ou une confession.

L’enseignement de ces versets est exactement le même qu’avec l’enfant.

Au lieu de chercher la première place, Jésus nous invite à faire de la place pour les plus insignifiants, comme les enfants et pour celui qui est différent, comme cet autre disciple qui chasse les démons.

Cela a des implications très concrètes pour nous. Revenons aux exemples que j’ai évoqués en introduction.

Qui a la meilleure vision pour l’Église ?

Et s’il n’y avait pas qu’une seule idée valable ?

Chacun pourrait être tenté de croire que son idée, sa vision, est la plus pertinente.

Les disciples ont cru que leur groupe était le seul groupe agréé par Jésus.

De même, nous pouvons être tentés de croire que notre cercle, notre projet, notre vision de l’Église, est le meilleur ou le plus agréé par Dieu.

Mais Jésus nous répond que ce n’est pas ainsi qu’il faut voir les choses. Au lieu de voir les autres idées comme des idées moins bonnes ou comme des idées concurrentes, réjouissons-nous et faisons-leur de la place.

Que ce soit avec l’enfant ou avec ce disciple hors groupe, Jésus nous fait comprendre que notre critère de grandeur ne devrait pas être notre statut, notre efficacité ou notre productivité.

La véritable grandeur consiste à être serviteur de tous, à faire de la place aux petits, aux faibles et à ceux qui ne sont pas de notre cercle, mais qui agissent aussi au nom de Jésus.

Nous arrivons maintenant aux deux derniers versets de notre passage, versets 41 et 42, où il s’agit de protéger les plus petits. C’est mon 3e et dernier point.

[3. Protéger les petits]

À première vue, on pourrait avoir l’impression que Jésus change complètement de sujet. Il parle d’un verre d’eau, puis d’une meule autour du cou. Pourtant, il poursuit exactement le même enseignement.

Reprenons encore une fois la phrase centrale du verset 35 :

« Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. »

Depuis le début de ce passage, Jésus répond toujours à la même question : comment être grand dans le Royaume de Dieu ?

À chaque fois, il déplace le regard des disciples. Ils regardent leur propre importance. Jésus leur demande de regarder les autres.

D’abord l’enfant. Puis le disciple qui ne fait pas partie de leur groupe. Et maintenant, il parle encore des petits.

Au verset 41, Jésus dit : Et celui qui vous donnera à boire un verre d’eau en mon nom, parce que vous appartenez à Christ, je vous le dis en vérité, il ne perdra pas sa récompense.

Un verre d’eau, c’est un simple geste. Ce n’est pas une prédication, ce n’est pas un grand projet d’Église. C’est un geste basique, discret, mais Jésus dit qu’il compte.

Pourquoi ? Parce qu’il est accompli au nom de Christ.

Dans le Royaume de Dieu, ce ne sont pas seulement les grandes idées qui comptent. Les petits gestes comptent aussi.

En introduction, nous avons parlé de toutes les idées que chacun peut avoir pour l’Église. Certains pensent qu’il faut mettre l’accent sur la prière. D’autres sur la formation. D’autres sur l’évangélisation. Ou encore sur l’action sociale, etc. Toutes ces orientations sont utiles et importantes.

Mais Jésus rappelle ici que le Royaume de Dieu avance aussi grâce à des gestes tellement simples qu’on pourrait les oublier.

  • Donner un verre d’eau.
  • Encourager quelqu’un.
  • Écouter une personne.
  • Prendre quelques minutes pour un frère ou une sœur.

Puis Jésus va encore plus loin.

Au verset 42, il dit : « Si quelqu’un fait trébucher un seul de ces petits qui croient en moi… »

Cette fois, il ne parle plus seulement des petits enfants. Il parle des « petits » qui croient, les croyants fragilisés, les nouveaux dans la foi, les croyants éprouvés, etc.

Ce qui compte pour Jésus, ce n’est pas seulement que les petits soient accueillis, c’est aussi qu’ils puissent grandir.

On peut faire beaucoup de bien avec un simple verre d’eau. Mais on peut aussi faire beaucoup de mal avec une attitude de mépris.

En revenant au contexte du passage, on comprend encore mieux.

Depuis le début, les disciples cherchent à savoir qui est le plus grand.

Ils excluent un autre disciple.

Ils pensent que leur groupe est le plus légitime.

Mais si cette attitude de supériorité décourage les plus petits ? Si nos rivalités, nos critiques ou nos divisions éloignent quelqu’un de Jésus ?

Alors nous sommes en train de faire exactement ce que Jésus dénonce.

Finalement, toute cette scène répond à la question du début.

Qui est le plus grand ? Quelle est la meilleure idée pour l’Église ?

Les meilleures idées sont celles qui permettent à tous de trouver une place et de grandir.

Je conclus simplement en résumant tout ce que nous avons vu.

[Conclusion]

Finalement, la question importante n’est pas : qui est le plus grand, ni : quelle est la meilleure idée pour l’Église ?

La vraie question est plutôt : comment être au service de tous ?

Dans le Royaume de Dieu, il n’y a pas une seule bonne idée qui devrait écraser toutes les autres.
Il y a une multitude de dons, de services, de sensibilités et d’appels que Dieu utilise pour bâtir son Église.

Nous n’avons donc pas besoin de croire que tout dépend de nous, de notre idée ou de notre projet.

Nous sommes appelés à servir ensemble, avec humilité, en nous réjouissant de ce que Dieu accomplit aussi à travers les autres.

Finalement, la meilleure vision n’est pas la nôtre, c’est celle de Dieu.

Jésus n’a pas cherché la première place, mais il s’est fait serviteur de tous.

Alors, si nous voulons être grands dans son Royaume, ne cherchons pas à être au-dessus des autres ou à prouver qu’on fait mieux.

Cherchons plutôt à accueillir, à servir, à encourager et à protéger ceux que Jésus place au milieu de nous.

C’est peut-être moins spectaculaire, mais c’est ainsi que le Royaume de Dieu grandit.

La véritable grandeur, ce n’est pas chercher à avoir raison, ce n’est pas imposer sa vision, ce n’est pas défendre son groupe.

La véritable grandeur, c’est servir tous ceux que Jésus place sur notre chemin, sans distinction, afin que chacun puisse grandir dans la foi.

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