Pourquoi ? (Luc 9.28-36)

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J’en ai tellement souffert que j’aurais préféré ne rien voir, enfin je ne sais pas. C’était difficile de garder le secret, de ne rien pouvoir dire pendant des semaines.

Quand nous sommes redescendus de la montagne ce soir-là, les autres nous attendaient, mais nous avions reçu l’ordre de ne pas en parler. Nous avions l’impression de trahir les autres. Voir ce qu’on a vu, et ne pas leur dire. C’était très embarrassant.

Matthieu m’a posé la question : « Alors, Jean, qu’avez-vous fait là-haut ? Qu’avez-vous vu ? ».

J’ai regardé le maître, et dans son regard plein de douceur, j’ai compris qu’il me disait : « chaque chose en son temps mon cher Jean, tu pourras tout leur dire, en temps voulu ».

C’était gênant, Matthieu aussi était un apôtre, ainsi que les autres.

Pourtant, nous n’étions que 3 à avoir été amenés sur la montagne ce soir-là : Pierre, Jacques et moi. Le maître voulait nous avoir avec lui.

Je me souviens très bien, nous étions accablés de fatigue. Nous avions passé des jours et des jours à proclamer le royaume de Dieu dans les villages. Jésus nous avait donné le pouvoir de guérir des malades et de chasser des démons. Les foules n’arrêtaient pas de nous amener des gens. Nous n’avions pas une minute à nous.

Nous avons parlé du royaume de Dieu dans tous les villages, comme le maître nous l’a enseigné. À la fin, il nous tardait de retrouver le calme.

Mais la foule nous suivait toujours. Lorsque nous nous sommes enfin mis à l’écart pour nous reposer, la foule nous a retrouvés et Jésus les a accueillis par milliers pour les enseigner, leur parler de Dieu et les aider. Nous avons même  distribué de la nourriture pour 5000 hommes, sans compter les femmes, les vieillards et les enfants.

La semaine qui a suivi, j’avais mal au dos, je n’arrivais pas à dormir la nuit, je pensais toujours à cette foule, à ces malades, à leur misère, à l’accueil que Jésus leur accordait. Où puisait-il sa force ?

Je dois vous avouer une chose : cette semaine-là, je n’étais pas toujours concentré lorsque le  maître nous enseignait. Il m’arrivait même de m’assoupir lors des temps de prière.

Ce fameux soir sur la montagne, ce que j’ai vu m’a marqué à vie.

Le maître est venu vers moi, et il m’a demandé de le suivre jusqu’en haut de la montagne. Pierre et Jacques étaient aussi avec nous.

J’avais encore mal au dos, je manquais de sommeil, j’aurais voulu me reposer et essayer de dormir, mais je voulais obéir, ça avait l’air d’être important pour lui.

Arrivés en haut, nous nous sommes assis et nous avons attendu. Le maître n’a rien dit, c’est comme s’il attendait quelqu’un. Aucun de nous n’a osé poser de question.

Après un long moment dans le silence, il nous a invités à prier avec lui.

Et c’est là que nous avons vu toutes ces choses si étranges.

Je ne sais plus exactement depuis combien de temps nous étions au sommet de la montagne. Aucun de nous n’a un souvenir très exact de la manière dont c’est arrivé.

Je ne sais plus si je m’étais endormi ou si j’avais eu un moment d’absence.

L’intensité de cette lumière nous a surpris, elle était si forte que l’on ne voyait plus grand-chose. J’avais l’impression d’avoir été transporté au-dessus des nuages et de me réveiller en plein après-midi, sous un soleil écrasant.

Je ne savais plus où l’on était, ni quelle heure il était, ni avec qui je me trouvais.

Après une ou deux minutes, nous avons reconnu la voix du maître, juste devant nous. Il discutait.

Nous avons regardé dans sa direction et nous l’avons vu comme jamais nous ne l’avions vu. Son visage était éclatant, nous avions du mal à supporter cette lumière qui venait de lui.

Il y avait aussi deux autres hommes, j’en ai eu des frissons. Leur présence était impossible puisqu’ils ne sont plus de ce monde, mais ils étaient bien là.

Moïse, celui à qui Dieu a donné la loi. Et Élie, le représentant de tous les prophètes.

Ils étaient bien en face de nous. Jésus leur parlait de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem. À ce moment-là nous ne comprenions rien.

J’ai alors proposé quelque chose au maître. Je ne sais pas ce qui m’est passé par la tête, j’étais complètement déboussolé, à la fois paniqué et heureux d’être là.

J’ai proposé de monter trois tentes : une pour Jésus, une pour Moïse et une pour Élie.

C’est alors que se produisit un phénomène terrifiant. Une nuée nous enveloppa. Je ne voyais plus rien. C’était comme si je me retrouvais dans les nuages, je ne voyais plus mes pieds, plus le sol, plus personne.

Je me suis tout à coup senti seul au milieu de l’univers. Il n’y avait rien d’autre qu’une brume blanche autour de moi.

Une voix est sortie de cette nuée et j’ai entendu Dieu parler :

« Celui-ci est mon fils bien-aimé, écoutez-le ! »

Après cela, la nuée se dissipa et j’ai pu retrouver Pierre, Jacques ainsi que le maître. Ils étaient juste à côté de moi.

Moïse et Élie n’étaient plus là. Je n’avais plus sommeil, je n’avais plus mal au dos, j’étais perdu. Que vient-il de se passer ?

Était-ce une vision ? Un rêve ? Est-ce que je dormais ?

Pierre et Jacques étaient aussi perdus que moi. À leur regard, j’ai su qu’ils avaient vu et entendu la même chose. Nous sommes restés un long moment sans rien dire, puis nous nous sommes rassurés, nous avons discuté. Oui, nous avions bien vu la même chose : Jésus a rayonné de la gloire de Dieu !

Lorsque Moïse a vu Dieu, les écrits nous rapportent que son visage a reflété la gloire de Dieu, probablement comme lorsqu’un miroir reflète la lumière.

Mais Jésus n’a pas reflété la gloire de Dieu, il était lui-même la gloire de Dieu. Une gloire éclatante, à la fois effrayante et chaleureuse.

Ce soir-là j’ai compris, une fois de plus, que Jésus n’était pas qu’un simple homme, il est la manifestation même de Dieu. Il est le messie, l’envoyé promis par la loi et les prophètes. Il est le nouveau Moïse, le nouveau Élie. Celui qui sauvera son peuple.

Jésus nous prit dans ses bras, il savait que nous avions peur. Il nous a dit : « n’ayez pas peur mes amis ».

Cette parole m’a apaisé. Je suis l’ami de Dieu, moi qui ne suis qu’un homme imparfait, je suis l’ami de Dieu et je peux me tenir en sa présence sans aucune crainte.

Le maître nous a invités à descendre rejoindre les autres, en nous donnant cette consigne : « Ne parlez à personne de ce que vous avez vu jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité. »

Nous sommes descendus en silence, la tête remplie de question dont celle-ci : pourquoi ?

Pourquoi nous a-t-il amenés là-haut pour voir sa gloire ? Pourquoi ne pouvons-nous pas le dire à qui que ce soit ?

J’avais envie d’aller proclamer à tout le peuple que le Messie tant attendu était là ! Le peuple s’en doutait bien. Avec ses miracles et sa sagesse, nous savions bien que Jésus était plus qu’un homme, plus qu’un prophète.

Ce soir-là a changé le cours de mon existence. Jésus, notre maître, est bien le messie. La promesse est en train de s’accomplir : Dieu prend soin de nous, le royaume de Dieu va bientôt être établi, les Romains et tous nos ennemis seront vaincus. Notre peuple connaîtra la libération !

J’avais hâte de voir tout cela s’accomplir, ce n’était qu’une question de temps. Je voyais déjà le maître sur son trône à Jérusalem, régnant sur Israël, dans un palais somptueux. Je voyais déjà notre peuple libéré de l’oppression romaine et Israël réuni en une seule nation. J’étais dans la joie de pouvoir assister à l’installation du royaume de Dieu.

Mais nous ne pouvions pas en parler, et nous sommes restés avec cette question : pourquoi nous avoir montré sa gloire ? Pourquoi nous avoir révélé qu’il était Dieu à nous uniquement ? Pourquoi pas les autres ?

J’ai commencé à comprendre quelques mois plus tard.

C’était aussi un soir, un soir tragique. Notre maître s’est fait arrêter par les Romains, trahi par Judas, en collaboration avec nos autorités religieuses.

Jésus fut emmené auprès de Pilate, le gouverneur romain. Il était accusé de blasphème, car il disait être le fils de Dieu. Je savais que c’était vrai, Jésus ne blasphémait pas. J’avais envie de le dire à la foule, mais elle était incontrôlable.

Pilate a consulté la foule pour savoir s’il devait libérer le maître ou un autre prisonnier.
La foule s’est mise à hurler : crucifie-le ! Crucifie-le !

Ces cris m’ont déchiré le cœur. Jésus était bien le fils de Dieu, le roi des juifs. Je le savais, j’ai vu sa gloire. Mais la foule l’a accusé de menteur. Comment peut-on être aussi aveuglé ?

Comment peut-on maltraiter le fils de Dieu en rejetant sa divinité ? Si seulement cette foule savait à qui ils avaient à faire. J’étais à la fois accablé par le péché de cette foule, et terrifié en pensant à la conséquence de leur rejet. Rejeter Dieu, c’est rejeter le royaume de Dieu.

Je me demandais quand Jésus allait montrer sa gloire. Quand est-ce qu’il allait montrer son visage éclatant comme ce soir-là sur la montagne ?

Mais le drame arriva. Il expira son dernier souffle et il mourut sur cette croix.

Je ne comprenais plus rien. Comment Dieu peut-il mourir ? Pourquoi ne s’est-il pas défendu ? Pourquoi n’a-t-il pas montré à tous ces gens qui il était ?

Nous nous sommes retrouvés avec les autres apôtres et nous ne savions plus que faire sans le maître. Nous ne savions pas alors que la gloire de Dieu allait resplendir de nouveau trois jours après, car c’est bien ce qui arriva.

Tout s’est éclairé lorsqu’il s’est présenté à nous, bien vivant, en chair et en os. Il a mangé avec nous, nous avons pu le toucher. Sa gloire était encore plus grande, car le maître a vaincu la mort, il est sorti du tombeau, il est Seigneur. J’ai alors compris que nous devions être ses témoins dans le monde entier et jusqu’à son retour.

Il m’a montré sa gloire pour que je puisse comprendre l’étendue de sa grandeur. Il a été accusé et condamné, lui le juste, pour subir la punition à la place des injustes, des gens comme moi.

Il m’a montré sa gloire pour que je puisse écrire ce témoignage qui perdurera de génération en génération jusqu’au dernier jour :

« La Parole [de Dieu] s’est faite homme, elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité, et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme celle du Fils unique venu du Père. » (Jean 1.14)

Écoutez-le, car il est le fils de Dieu, envoyé pour vous donner la vie, il est sorti du tombeau, il a vaincu la mort.

Christian Huy

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