Une foi hors cadre ? (Luc 17)

Prédication audio ici

Il n’y a pas si longtemps que ça, le passage d’une année à l’autre était l’occasion de prendre des nouvelles résolutions. Faire plus de sport, manger mieux, mieux gérer son temps et son argent, etc.

Aujourd’hui, la tradition des nouvelles résolutions est en train de perdre en popularité, et c’est très caractéristique de notre époque.

Une époque désenchantée, car on sait que ce genre de nouvelles résolutions ne durent que quelques jours, et ensuite on culpabilise.

Une époque où l’on parle davantage de prendre soin de soi toute l’année, plutôt que d’être performant. Le bien-être passe avant tout, on veut moins de charge mentale, moins d’engagement, moins de devoir, moins d’injonctions culpabilisantes, moins de pression.

Une époque où l’on remet en question les traditions, les cadres et les codes.

Je trouve que notre époque, est, dans un certain sens, plus authentique, plus réaliste plus naturelle.

Et en même temps, une société a besoin d’un minimum de traditions, de cadre et de codes, car ce sont des repères utiles aux relations et au vivre ensemble.

Par exemple, en France, lorsque nous invitons quelqu’un à la maison à midi, c’est pour l’inviter à déjeuner et pas à prendre le goûter. Parce que selon nos codes et nos habitudes, le midi est l’heure du repas.

Et lors d’un repas, on propose généralement un dessert, cela fait partie des habitudes.

Je prends un autre exemple : généralement, quand on rencontre une connaissance, on se dit bonjour, c’est un code, qu’on le veuille ou non. Et quand on oublie de dire bonjour à une personne, elle peut mal le vivre, et se demander : est-ce qu’il me rejette ou est-ce qu’il est fâché après moi.

Ce n’est peut-être pas du tout le cas, mais le manquement à ce code relationnel suscite des réactions.

Je prends un dernier exemple qui concerne nos cultes. La louange chantée fait partie de nos traditions. Si pendant un culte, on ne propose aucun chant, je pense beaucoup se sentiraient frustrés, surtout pendant la première demi-heure de culte. En tout cas, la grande majorité des habitués attendraient le moment où le président de culte propose les chants.

Les traditions, les habitudes et les codes sont utiles pour avoir des repères dans nos rencontres et nos relations.

Mais ces cadres ne doivent pas prendre le dessus sur le naturel et l’authenticité.

La foi chrétienne ne se vit pas à travers des traditions, mais elle se vit dans une relation vivante avec Jésus.

C’est ce que je vous propose de voir à travers un texte où Jésus bouscule notre conception de la foi.

Avec Jésus, la foi ne commence pas par une résolution, ni par le respect d’un cadre, mais par une rencontre qui transforme jour après jour.

Je vous propose de lire le récit de Luc 17, versets 11 à 19.

11 Alors qu’il se rendait à Jérusalem, Jésus passa entre la Samarie et la Galilée. 12 Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils se tinrent à distance
13 et se mirent à lui dire: «Jésus, maître, aie pitié de nous!»
14 Lorsqu’il les vit, Jésus leur dit: «Allez vous montrer aux prêtres.» Pendant qu’ils y allaient, ils furent guéris.
15 L’un d’eux, se voyant guéri, revint sur ses pas en rendant gloire à Dieu à haute voix.
16 Il tomba le visage contre terre aux pieds de Jésus et le remercia. C’était un Samaritain.
17 Jésus prit la parole et dit: «Les dix n’ont-ils pas été guéris? Et les neuf autres, où sont-ils?
18 Ne s’est-il trouvé que cet étranger pour revenir et rendre gloire à Dieu?»
19 Puis il lui dit: «Lève-toi, vas-y, ta foi t’a sauvé.»

Ce récit ressemble à une parabole, mais ce n’en est pas une.

Une parabole est une histoire imaginaire, racontée pour illustrer un enseignement.

Ici, la guérison des 10 lépreux n’est pas présentée comme une parabole, mais comme un événement qui s’est réellement déroulé. Et comme souvent, Jésus saisi cette occasion pour apporter un enseignement.

Ce récit nous donne un enseignement sur la foi.

La foi du Samaritain est mise en avant, car il sort du lot, nous auront l’occasion d’en parler. Mais les autres lépreux ont aussi quelque chose à nous apprendre. Commençons par le début.

Premièrement :

[1. La foi est toujours mise en pratique]

À l’époque de Jésus, un lépreux désignait quelqu’un qui avait une maladie de la peau. Cela pouvait être la lèpre, mais aussi d’autres affections de la peau.

De manière générale, les maladies étaient considérées comme des malédictions, et comme la maladie des lépreux était particulièrement visible, ils étaient considérés comme maudits, voire même punis par Dieu.

On devait éviter d’entrer en contact avec des lépreux, et vice-versa, un lépreux devait se tenir à l’écart de la société. La lèpre était un signe d’impureté, une image du péché.

C’est pour cela que dans notre récit, les lépreux viennent à la rencontre de Jésus, mais il est précisé qu’ils se tiennent à distance.

Ils disent à Jésus : « Jésus, maître, ait pitié de nous » !

Autrement dit, ils lui demandent de les guérir.

Jésus leur ordonne alors d’aller se montrer au prêtre. Ce qui est assez surprenant.

Contrairement à d’autres récits de guérison, ici Jésus ne prononce pas de parole de guérison et il ne touche pas les malades.

Pourquoi leur demande-t-il d’aller se montrer au prêtre ? C’est parce que dans la loi de Moïse, lorsqu’un lépreux était guéri, il devait aller se montrer au prêtre pour que celui-ci confirme la guérison. Et une fois la guérison authentifiée, la personne guérie pouvait être déclarée pure, elle pouvait de nouveau être réintégrée dans la société, sans avoir à se mettre à l’écart.

Les 10 lépreux ne sont pas encore guéris, mais Jésus leur ordonne d’aller voir le prêtre comme s’ils étaient déjà guéris.

Jésus fait donc appel à leur foi. Par la foi, ils doivent aller voir le prêtre pour authentifier leur guérison, avant que la guérison ait lieu.

Dans un autre passage de la Bible, il est dit que la foi est la ferme assurance des choses que l’on espère.

Le texte raconte cette guérison de manière assez sobre au verset 14 : « Pendant qu’ils y allaient, ils furent guéris. »

Évidemment, on ne peut pas connaître leur état d’esprit. Est-ce qu’ils sont partis à la rencontre du prêtre avec la ferme assurance de leur guérison à venir ? Ou sont-ils partis avec un doute ?

Peut-être même que certains étaient convaincus et d’autres un peu moins, mais l’effet de groupe les a tous mis en mouvement.

Nous ne le savons pas, mais nous savons qu’ils sont tous partis, et ils ont été guéris en chemin. Il y a donc quand même eu un acte de foi.

Un acte de foi à la fois individuel et à la foi communautaire. Et le fait d’avoir été en marche ensemble a peut-être aidé certains qui doutaient.

Ils sont quand même partis voir le prêtre.

Par cette guérison un peu particulière, Jésus veut nous apprendre que la foi est toujours mise en pratique. Ici, la foi des lépreux s’est manifestée par leur mise en marche vers le prêtre.

La foi n’est pas une croyance théorique, ce n’est pas la croyance en Dieu en tant que concept. La foi n’est pas une simple adhésion à une confession de foi.

La foi est la confiance en Dieu qui se manifeste chaque jour. C’est croire que Jésus est avec nous, nous pouvons compter sur lui dans notre quotidien, nous pouvons ne pas nous inquiéter autre mesure pour l’avenir, puisqu’il fait concourir toutes choses au bien de ceux qui l’aiment, comme le dit l’apôtre Paul.

Il ne faut pas confondre le bien et le bien-être. Le bien dont il est question n’est pas forcément le bien-être ou l’absence d’épreuve, mais c’est le bien pour notre foi, le bien pour notre relation avec lui, le bien pour notre sanctification.

Les 10 lépreux ont traduit leur foi en action.

Comment mettons-nous notre foi en pratique jour après jour ? C’est une question que je veux laisser largement ouverte, et en même temps, il y a un exemple bien concret avec l’un des 10 lépreux.

C’est mon deuxième point :

[2. La foi est reconnaissante]

Je relis les versets 15 et 16 :

15 L’un d’eux, se voyant guéri, revint sur ses pas en rendant gloire à Dieu à haute voix.
16 Il tomba le visage contre terre aux pieds de Jésus et le remercia. C’était un Samaritain.

Le texte nous décrit à quel point il manifeste sa reconnaissance.

Il revient sur ses pas, il rend gloire à Dieu à haute voix, il se prosterne devant Jésus et il le remercie.

La joie de cet homme guéri le pousse à exprimer sa reconnaissance de manière spontanée. Ce n’est pas réfléchi, c’est naturel et sincère. Et Jésus félicite ce Samaritain qui est revenu pour dire merci à Dieu.

Avons-nous une foi et une joie qui nous pousse à exprimer notre reconnaissance de manière spontanée, naturelle et sincère ?

Sommes-nous conscients de tout ce que Dieu nous offre tous les jours ? Sa grâce, son amour, son pardon, son Esprit, sa présence dans notre vie. Sans compter tous les autres biens qu’il nous offre ?

Ce monde souffre et nous ne sommes pas épargnés par les épreuves ou la maladie. Mais nous croyons que Jésus change notre vie pour la rendre meilleure, nous croyons qu’il prend soin de nous, que le salut n’est pas juste une théorie, mais qu’il est bien réel.

Nous avons déjà des bénédictions présentes, et il y a aussi les bénédictions à venir. Nous sommes appelés à déjà nous réjouir par avance de la nouvelle terre même si nous ne la voyons pas encore, tout comme les lépreux étaient appelés à prendre le chemin pour se montrer au prêtre avant la guérison.

Notre nature humaine a tendance à considérer comme acquises, comme normales, comme banales, les bénédictions de Dieu. Et nous nous focalisons souvent sur ce que nous n’avons pas ou ce qui ne va pas.

Malheureusement la reconnaissance n’est pas naturelle. Nous passons nos journées à apprendre aux enfants à dire merci, et je pense que nous, adultes, avons encore beaucoup à apprendre également.

Et même lorsque nous savons dire merci, notre reconnaissance a tendance à être éphémère et à devenir timide.

Nous sommes reconnaissants surtout au début, lors de la découverte, découverte de Jésus, découverte de l’Église, découverte de la Bible. Et une fois la découverte passée, nous avons plus de mal à être émerveillés.

Et je pense que c’est la même chose dans nos relations, ainsi que dans la vie d’Église. C’est une grâce de pouvoir vivre notre foi ensemble, dans la liberté, avec la possibilité de s’encourager, de s’édifier.

Normalement, l’Église est aussi un lieu où l’on a le droit de faire des erreurs sans être jugé, un lieu où l’on peut apprendre de nos erreurs, et ensuite faire mieux.

Ensemble, nous apprenons la patience, nous apprenons à dépasser les différences, à nous comprendre, à nous pardonner, à nous écouter.

Je ne dis pas que nous savons bien le faire, je dis que c’est un apprentissage quotidien, c’est entre autres pour cela que nous sommes appelés à former l’Église. C’est un sujet de grâce et de reconnaissance.

L’exemple de ce lépreux Samaritain, et l’éloge que Jésus lui fait nous invitent à dire davantage merci à Dieu. Pas seulement à le dire, mais à le penser et à nous réjouir sincèrement des miracles quotidiens.

Enfin, le Samaritain guéri a encore autre chose à nous apprendre à propos de la foi.

[3. La foi est une relation vivante]

Jésus fait l’éloge de la foi de ce Samaritain, et pourtant, sa démarche est dérangeante.

Je vous propose de nous mettre à la place de ce groupe de lépreux. Ils sont 10, Jésus leur demande d’aller voir le prêtre.

En tant que bons croyants, si nous avons foi en Jésus, et si nous voulons respecter l’instruction de Jésus, alors naturellement, nous obéissons.

Nous voilà donc en route, mais sur la route, l’un de nos compagnons, voyant qu’il est guéri, s’arrête et retourne en arrière.

N’est-ce pas de l’irrespect vis-à-vis de l’ordre de Jésus ? Jésus a dit d’aller voir le prêtre, et celui-là, sous prétexte qu’il est guéri, s’arrête en chemin et prend une autre direction.

On pourra toujours dire qu’il est retourné remercier Jésus, avec l’intention d’aller voir le prêtre plus tard, c’est très possible.

Mais à ce moment-là, le Samaritain a interrompu l’acte rituel, il est sorti du cadre prescrit par la loi de Moïse. Pour un croyant habitué à respecter un maître juif, cela ne se fait pas.

Et pourtant, Jésus prend cet homme comme exemple de foi.

Pour un bon croyant juif, il a pu paraître irrespectueux et désobéissant. Mais pour Jésus, il est un exemple, parce que sa relation à Dieu n’est pas une simple relation rituelle, c’est une relation vivante.

En voyant l’homme revenir, Jésus aurait pu lui faire un reproche, il aurait pu lui demander : « pourquoi es-tu revenu en arrière ? Je t’ai dit d’aller voir le prêtre. »

Mais Jésus a perçu en lui une foi vivante et sincère, et c’est cela qui compte avant tout.

Une foi spontanée, vivante et authentique, c’est cela que Dieu attend de nous, c’est cela qui plaît à Dieu avant tout, avant les rites, les codes, les traditions et même les cadres.

Comme je l’ai dit en introduction, les traditions et les cadres sont des repères utiles. Dieu a donné des guides pour notre vie chrétienne. Mais ce n’est pas cela qu’il regarde avant tout.

« La foi vivante que le Christ attend de nous n’est pas un attachement à un rite ou une doctrine, mais un attachement à sa personne. Mieux vaut une foi spontanée et vivante, quitte à sortir un peu du cadre prévu, qu’une foi réduite à une stricte observance de rites et de croyances. » (Vincent Miéville)

J’ai parfois l’impression qu’en tant que protestants évangéliques, attachés à la bonne doctrine, la bonne confession de foi, la bonne éthique biblique, nous avons un peu de mal à accepter qu’une belle relation avec Jésus puisse se vivre parfois un peu hors cadre.

Nous avons parfois du mal à accepter des personnes qui ne prient pas comme nous, qui ne chantent pas comme nous, qui n’ont pas les mêmes codes que nous. Nous avons du mal à reconnaître que malgré des différences doctrinales, des personnes puissent avoir un vrai attachement à Jésus et même une foi plus vivante que la nôtre.

Dans notre texte, Jésus insiste bien sur le fait que le lépreux reconnaissant soit un étranger, un païen, un non juif.

Au verset 17 :

17 Jésus prit la parole et dit: «Les dix n’ont-ils pas été guéris? Et les neuf autres, où sont-ils?
18 Ne s’est-il trouvé que cet étranger pour revenir et rendre gloire à Dieu?»
19 Puis il lui dit: «Lève-toi, vas-y, ta foi t’a sauvé.»

C’est probablement parce que cet étranger était moins familier avec les rites qu’il a pu faire un petit écart. Il se sentait peut-être même moins légitime pour bénéficier d’un miracle, ce qui explique sa grande reconnaissance.

Si nous considérons que tout nous est dû, alors nous serons plus malheureux que reconnaissants.

Mais si nous estimons que tout est grâce, alors tout est sujet de reconnaissance et de joie.

[Conclusion]

Pour conclure, à travers ce récit, Jésus, nous invite à entretenir une vraie relation avec lui.

Que notre foi soit toujours concrète, avec une mise en pratique de notre confiance en Jésus. Que notre foi soit toujours reconnaissante et toujours vivante.

Sachons remercier Dieu pour ce qu’il nous offre, et sachons aussi remercier nos frères et sœurs pour ce qu’ils sont et ce qu’ils nous apportent.

Soyons attachés à Dieu et à la communauté dans laquelle il nous place, plus qu’aux codes, aux rites et aux apparences.

Christian

Merci à Vincent Miéville (pasteur) dont je me suis inspiré.
Voici le lien de sa prédication

https://predicationsdevincent.blogspot.com/2013/10/la-lecon-de-foi-du-dixieme-lepreux.html

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