Un roi qui dérange ! (Luc 19.28-40)

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Comment les célébrités se font-elles remarquer ? Souvent, elles portent des vêtements de grands couturiers, et mettent en scène leur déplacement.

Lors des événements officiels, il arrive que les personnes célèbres se déplacent en voiture avec chauffeur, et elles ont parfois des gardes du corps. Ces personnes connues sont souvent suivies par des journalistes people et des photographes.

Pour les personnalités politiques, la démarche est moins ostentatoire, mais la voiture avec chauffeur, et les gardes du corps sont également présents.

Lorsque je vais à Paris voir ma famille, je passe souvent par la rue Tolbiac dans le 13e arrondissement. À chaque fois que je passe dans cette rue, j’aperçois souvent une voiture de police stationnée au même endroit, en bas d’un immeuble, quel que soit le jour de la semaine. Ces policiers sont placés à cet endroit, non pas pour contrôler la circulation, mais pour protéger une personnalité politique qui doit habiter dans cette rue.

Il y a 2000 ans, une personne très importante est venue sur terre. Dieu lui-même. C’est ce que nous fêtons à Noël.

Dieu, le Tout-Puissant, le créateur, le maître de l’univers, est venu dans le monde.

Il n’avait pas de vêtement de grands couturiers, pas de voiture avec chauffeur, pas de garde du corps.

Il est juste venu en prenant la nature humaine, en naissant d’une femme, Marie. Jésus est né comme tout autre être humain. Il a été enfant, un bébé fragile, dépendant de ses parents pendant les premiers instants de sa vie.

La grandeur de Dieu ne s’est pas manifestée par des signes de richesse ou de célébrité. La grandeur de Dieu s’est manifestée par son humilité.

À part dans la Bible, il n’existe aucune vision du monde où un Dieu grand et puissant s’abaisse au point de devenir un bébé, un être humain. C’est là que se manifeste la grandeur de Dieu, la grandeur de son amour et de son humilité.

Après sa naissance, il y a un autre moment où Jésus manifeste sa grandeur avec humilité. Il s’agit de son entrée à Jérusalem sur un âne.

Sur son trajet, Jésus est acclamé par la foule comme un roi. Les gens posent leurs manteaux par terre pour dérouler une sorte de tapis.

Ce n’est pas un tapis rouge, mais dans le récit de Luc, la foule étend surtout ses manteaux sur le chemin ; d’autres évangiles, notamment Jean, mentionnent aussi des rameaux, des branches de palmier.

Dans nos Églises évangéliques, nous ne mettons pas un accent particulier sur le dimanche des Rameaux, qui commémore ce moment, mais aujourd’hui je me suis dit : pourquoi pas ?

Je vous propose donc de lire l’un des textes qui parlent de cette entrée de Jésus à Jérusalem, une entrée à la fois royale, et à la fois modeste. C’est assez contradictoire : royal et modeste. C’est ce qui fait la grandeur de Jésus.

28 Après avoir dit cela, Jésus marcha devant la foule pour monter à Jérusalem. 29 Lorsqu’il approcha de Bethphagé et de Béthanie, vers la colline appelée mont des Oliviers, Jésus envoya deux de ses disciples
30 en leur disant: «Allez au village qui est en face. Quand vous y serez entrés, vous trouverez un ânon attaché sur lequel personne n’est encore jamais monté. Détachez-le et amenez-le.
31 Si quelqu’un vous demande: ‘Pourquoi le détachez-vous?’ vous [lui] répondrez: ‘Le Seigneur en a besoin.’»

32 Ceux qui étaient envoyés partirent et trouvèrent tout comme Jésus le leur avait dit.
33 Comme ils détachaient l’ânon, ses maîtres leur dirent: «Pourquoi détachez-vous l’ânon?»
34 Ils répondirent: «Le Seigneur en a besoin» 35 et ils amenèrent l’ânon à Jésus. Après avoir jeté leurs manteaux sur son dos, ils firent monter Jésus.
36 À mesure qu’il avançait, les gens étendaient leurs vêtements sur le chemin.
37 Déjà il approchait de Jérusalem, vers la descente du mont des Oliviers. Alors toute la foule des disciples, remplis de joie, se mirent à adresser à haute voix des louanges à Dieu pour tous les miracles qu’ils avaient vus.

38 Ils disaient: «Béni soit le roi qui vient au nom du Seigneur! Paix dans le ciel et gloire dans les lieux très hauts!»
39 Du milieu de la foule, quelques pharisiens dirent à Jésus: «Maître, reprends tes disciples.»
40 Il répondit: «Je vous le dis, si eux se taisent, les pierres crieront!»

Le premier point que j’aimerais souligner, c’est que Jésus révèle sa royauté.

On pourrait même dire : Jésus révèle enfin publiquement sa royauté.

[1. Jésus révèle enfin publiquement sa royauté]

Pendant tout le temps où Jésus enseignait les Écritures et accomplissait des miracles, Jésus ne souhaitait pas être mis sur un piédestal et être traité comme un roi.

Il ne voulait pas être populaire pour ses miracles, il voulait surtout enseigner le peuple.

Souvent, lorsqu’il faisait des miracles, il demandait aux personnes guéries de ne pas répandre la nouvelle. Il ne cherchait pas la célébrité.

Surtout, il ne voulait pas être trop rapidement assimilé au messie.

À son époque, Israël était sous domination romaine. Les juifs attendaient un Messie, un roi politique, un chef de guerre, pour s’affranchir de Rome et rétablir la grandeur d’Israël.

Jésus n’était pas venu pour accomplir cette mission géopolitique. Il a dit que son royaume n’est pas de ce monde. Il est bien le roi de son peuple, mais un roi qui règne dans les cœurs, pas sur un territoire.

Son royaume est composé de tous les croyants, ce n’est pas un royaume avec des frontières.

Cette fois, il accepte d’être acclamé comme un roi.

Il accepte l’accueil majestueux, les applaudissements et les cris de joie. Il accepte qu’on déroule devant lui un tapis de manteaux et de rameaux, comme s’il était roi.

Pourquoi ce revirement de situation ?

Tout d’abord, il faut noter que ce n’est pas la foule qui a commencé. Ce n’est pas le peuple qui a commencé à traiter Jésus comme un roi. C’est Jésus qui a décidé du moment et du lieu où il allait se présenter publiquement comme roi.

La scène se déroule quelques jours avant Pâques. Jésus prend l’initiative de demander à deux de ses disciples d’aller chercher un âne.

Relisons les versets 30 et 31 :

«Allez au village qui est en face. Quand vous y serez entrés, vous trouverez un ânon attaché sur lequel personne n’est encore jamais monté. Détachez-le et amenez-le.
31 Si quelqu’un vous demande: ‘Pourquoi le détachez-vous?’ vous [lui] répondrez: ‘Le Seigneur en a besoin.’»

Jésus s’annonce comme étant le Seigneur. Les disciples font ce que Jésus demande et les choses se passent exactement comme il l’a décrit.

Ce n’est pas par hasard que ces détails nous sont racontés.

Le texte montre que Jésus maîtrise pleinement ce qui va se passer.

Souvent, on entend dire que Dieu sait tout parce qu’il voit dans le futur. Un peu comme quand on regarde un film. Dieu serait capable de mettre avance rapide et de regarder ce qui se passe, comme ça il peut annoncer l’avenir et savoir ce qui va se passer.

Mais cette manière de voir les choses réduit Dieu à un simple spectateur de ce qui se passe dans le monde. Comme s’il n’était pas souverain et qu’il pouvait juste consulter le cours de choses.

Dieu connaît l’avenir, non pas parce qu’il peut être spectateur du futur, mais parce qu’il est l’auteur du futur.

Dieu n’est pas spectateur, il est auteur, il est le scénariste.

Dans ce passage, il est juste question d’aller chercher un petit âne. Mais la manière dont Jésus annonce avec exactitude les détails nous montre qu’il maîtrise tout de A à Z. Depuis son entrée à Jérusalem jusqu’à sa mort sur la croix, puis sa résurrection.

Ces détails, qui ont l’air insignifiants, sont en réalité riches de sens.

Jésus est auteur de son avenir. Il choisit de monter sur un ânon pour entrer dans la ville. Il choisit de se laisser acclamer. Et plus tard, il choisit d’offrir sa vie pour l’humanité.

Alors que les rois montent sur des chevaux, symboles de gloire et de victoire militaire, Jésus choisit un âne, symbole d’humilité et de paix.

En choisissant de monter sur un ânon, Jésus n’improvise rien : il accomplit délibérément la prophétie de Zacharie 9.9 : « Voici, ton roi vient à toi… humble et monté sur un âne ». Il montre ainsi qu’il est bien le roi messianique attendu, mais un roi humble et pacifique.

Et lorsqu’il monte sur cet âne, il ne fait pas taire les foules qui l’accueillent comme un roi. Il accepte l’honneur qui lui est fait. Ce n’est pas de l’orgueil, il veut faire passer un message.

Il est bien le roi de son peuple, mais pas un roi militaire sur un cheval. C’est un roi sur un âne, qui vient apporter la paix entre Dieu et l’humanité.

J’en viens à mon deuxième point.

Jésus révèle enfin sa royauté, mais c’est une royauté renversante et dérangeante.

[2. Une royauté renversante et dérangeante]

Comme nous l’avons dit, le peuple attendait un roi qui vienne prendre possession de la ville de Jérusalem pour la rendre au peuple juif. Mais au lieu de cela, lorsqu’il entre dans Jérusalem, il se lamente, il pleure.

Voici les versets 41 à 44 :

41 Quand il approcha de la ville et qu’il la vit, Jésus pleura sur elle et dit:
42 «Si seulement tu avais toi aussi reconnu, aujourd’hui, ce qui peut te donner la paix! Mais maintenant, cela est caché à tes yeux.
43 Des jours viendront pour toi où tes ennemis t’entoureront d’ouvrages fortifiés, t’encercleront et te serreront de tous côtés.
44 Ils te détruiront, toi et tes enfants au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas reconnu le moment où tu as été visitée.»

Jésus n’est pas en train de prononcer une punition ou une malédiction. Il regrette que les autorités juives n’aient pas su reconnaître Jésus comme étant le messie, l’envoyé de Dieu.

Une partie du peuple l’accueille avec joie, mais les responsables religieux et beaucoup d’autres ne discernent encore la nature véritable de sa venue.

Il annonce que les Romains vont détruire la ville, ainsi que le temple. C’est ce qui arrivera notamment en l’an 70.

J’insiste pour dire que ce n’est pas une malédiction, mais une lamentation. Jésus pleure, car il connaît l’avenir de Jérusalem. Il pleure, car les spécialistes de la loi, ainsi que son peuple, vont le rejeter, lui le messie.

Ensuite, Jésus entre dans le temple, et il chasse les marchands.

Lisons les versets 45 à 48 :

45 Jésus entra dans le temple et se mit à en chasser les marchands.
46 Il leur dit: «Il est écrit: Mon temple sera une maison de prière, mais vous, vous en avez fait une caverne de voleurs.»
47 Il enseignait tous les jours dans le temple. Les chefs des prêtres, les spécialistes de la loi et les chefs du peuple cherchaient à le faire mourir;
48 mais ils ne savaient pas comment s’y prendre, car tout le peuple l’écoutait, suspendu à ses lèvres.

Jésus entre dans la ville, acclamé comme un roi, et la première chose qu’il fait, c’est de purifier le temple.

Le message que Jésus veut faire passer, c’est que le peuple s’est trompé dans sa manière de vivre sa foi. Le peuple s’est trompé sur Dieu. Les autorités religieuses mettaient l’accent sur les règles et les sacrifices, alors que l’accent doit être sur la relation à Dieu.

Le parvis du temple s’était transformé en un marché pour vendre des animaux pour les sacrifices. Initialement, le parvis devait être ouvert à toutes les nations, aux païens, pour être un lieu de prière.

Mais la religion était devenue un système, avec des règles, des rites. Ces traditions ont pris la place d’une vraie relation avec Dieu.

Jésus résume bien cela lorsqu’il dit : « Il est écrit : « Mon temple sera une maison de prière, mais vous, vous en avez fait une caverne de voleurs. » »

Le lieu de prière a été remplacé par un marché pour vendre des animaux de sacrifice. La relation à Dieu a été remplacée par les rites et les règles.

Si je résume, la foule acclame Jésus pour l’accueillir comme un roi. Mais Jésus entre dans Jérusalem en pleurant, parce que les autorités et le peuple n’ont pas compris ce que Dieu attendait d’eux. Ils n’ont pas compris que Jésus était un roi venu non pas pour conquérir, mais pour se donner.

La paix que Jésus offre, ce n’est pas une paix militaire, c’est la paix avec Dieu.

Il y a quand même quelque chose de troublant dans ce passage.

D’une part, la foule acclame Jésus comme un roi, ils voient donc en lui l’envoyé de Dieu. Et d’autre part, dès que Jésus entre dans Jérusalem, il se lamente, parce que son peuple n’a pas su le reconnaître comme étant le messie.

On peut légitimement se poser la question : le peuple croyait-il que Jésus était le messie ou pas ?

Le texte semble nous dire deux choses contradictoires.

C’est justement sur ce point que le texte nous interpelle.

Le peuple était prêt à accueillir Jésus comme un roi glorieux. Mais était-il prêt à accueillir Jésus comme celui qui révolutionne et casse notre conception de Dieu ?

Tant que Jésus faisait des miracles, il était acclamé. Mais lorsqu’il renverse les tables des marchands du temple, une partie du le peuple ne comprend plus rien.

Évidemment, le peuple est divisé en deux. Il y a ceux qui suivent Jésus avec foi, et ceux qui le rejettent.

Cela nous interpelle chacun personnellement.

En quel roi croyons-nous ? Un roi qui colle avec ma conception de Dieu ? Ou un roi que je laisse me déranger ?

Je conclus donc avec cette question :

[Conclusion : nous laissons-nous dérangés par ce roi ?]

Dans tout ce texte, Jésus remet en question l’idée que le peuple se faisait du messie. Et je pense qu’il remet également en question l’idée que nous nous faisons de Dieu.

L’enseignement de Jésus était révolutionnaire, parce qu’il enseignait non pas des règles, mais l’amour de Dieu. Il affirme toutefois la nécessité de changer d’attitude et de croire. Mais il s’agit de croire en un Dieu vivant, avec qui on peut avoir une relation.

L’un des grands combats de Jésus était le pharisianisme. Selon les pharisiens, plus on veut honorer Dieu, plus on doit respecter des rites et des règles. On doit montrer à quel point on est fervent en se privant, en se chargeant du fardeau de la loi, en étant obsédé par ce qu’il faut faire ou pas faire.

Pour beaucoup de pharisiens, le peuple juif devait vivre comme dans une bulle, protégé du monde païen, avec ses propres codes, son propre langage, son alimentation, ses fréquentations. Il ne fallait surtout pas se laisser contaminer par les non-croyants et les pécheurs.

Jésus est venu bousculer tout cela. Il a mangé avec des païens, il est allé chez des collecteurs d’impôts et des pécheurs, il a remis en question les règles du sabbat imposées à l’époque, il a défendu une femme accusée d’adultère, il a laissé une femme pécheresse lui verser du parfum et essuyer ses pieds avec ses cheveux, il a touché des lépreux considérés comme impurs, etc.

Quant à sa royauté, il a également cassé la conception du roi des juifs. Il est venu sur un âne, il n’avait pas d’arme, pas d’armée, pas de démonstration de force, pas de palais.

Lorsque la foule acclamait Jésus, savaient-ils quel genre de roi ils acclamaient vraiment ?

Et nous, lorsque nous acclamons Jésus, lorsque nous prions ou adorons le Seigneur, lorsque nous disons que nous croyons en Jésus et que nous le servons, savons-nous quel genre de roi nous adorons ?

Acceptons-nous de nous laisser visiter et purifier, tout comme Jésus a visité le temple et l’a purifié ?

Acceptons-nous que Jésus puisse chasser toutes les fausses idées qu’on a sur lui tout comme il a chassé les marchands du temple ?

C’est une invitation à toujours nous remettre en question, une invitation à l’humilité, tout comme Jésus était humble.

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